Cette année marque le 5ᵉ anniversaire de sa disparition.
Nikita Mandryka, dessinateur de bande dessinée français d'origine russe né le 20 octobre 1940 à Bizerte (Tunisie) et mort le 13 juin 2021 à Genève, est le créateur du Concombre masqué (1965-2021) et cofondateur de la revue L'Écho des savanes en 1972.
Né à Bizerte, en Tunisie, dans une famille d'émigrés russes, Nikita Mandryka passe son enfance entre l'Afrique du Nord et le Jura, où ses parents s'installent après un passage au Maroc. Autodidacte, il commence par recopier les strips de ses artistes préférés dans Spirou et Vaillant avant de tenter une carrière au cinéma à l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) à Paris. Cet échec le conduit vers ses premières publications professionnelles : en décembre 1964, le strip Boff paraît dans le magazine Vaillant (n°1024), et dès le 4 avril 1965, le Concombre masqué y fait son apparition en strips solos. En parallèle, Mandryka rédige des scénarios pour le peintre espagnol Ramón Monzón dans Vaillant (1960-1962), signés du pseudonyme «Nik». À partir de 1967, sous la direction de René Goscinny et Jean-Michel Charlier, il publie régulièrement dans Pilote, développant des histoires absurdes nourries de références philosophiques et psychanalytiques.
En mai 1972, Mandryka, Marcel Gotlib et Claire Bretécher quittent Pilote pour fonder la revue L'Écho des savanes. Cette rupture fait notamment suite au refus de René Goscinny de publier le récit zen Le Jardin Zen dans Pilote. Pour les dix premiers numéros, parus irrégulièrement jusqu'en 1974 sous l'étiquette des Éditions du Fromage, les trois cofondateurs assurent la totalité de la production. Mandryka prend seul la direction de la revue mais la quitte en 1979, désapprouvant l'inclusion de bandes dessinées pornographiques à des fins commerciales, cédant ses droits pour un franc symbolique. Il occupe successivement les postes de rédacteur en chef de Charlie Mensuel (Dargaud, 1982) et directeur de la rédaction de Pilote (1983). En 1985, il rédige le scénario de l'album érotique Alice, illustré par Riverstone. Actif jusqu'à ses derniers mois, il publie son ultime album, La vie secrète du Concombre masqué, le 16 avril 2021 chez Alain Beaulet.
1940 : Naissance le 20 octobre à Bizerte (Tunisie)
1964 : Premier strip professionnel, Boff, dans Vaillant (n°1024, 27 décembre)
1965 : Première apparition solo du Concombre masqué (Vaillant, n°1038, 4 avril)
1967 : Intègre la rédaction de Pilote
1972 : Cofonde L'Écho des savanes avec Marcel Gotlib et Claire Bretécher (premier numéro, mai)
1979 : Quitte la direction de L'Écho des savanes
1982 : Rédacteur en chef de Charlie Mensuel (Dargaud)
1988 : Prix de la meilleure BD promotionnelle au Festival d'Angoulême, pour Pas de Sida pour Miss Poireau
1992 : Prix Yellow Kid du meilleur auteur étranger (Italie); s'installe à Genève
1994 : Grand Prix de la ville d'Angoulême
1998 : Lance le site leconcombre.com, parmi les premiers auteurs francophones de bande dessinée à publier régulièrement sur internet
2005 : Prix du patrimoine au Festival d'Angoulême
2006 : Nomination d'un astéroïde en son honneur (157747 Mandryka, 2 février)
2019 : Grand Prix Töpffer (Genève, 29 novembre)
2021 : Décès dans la nuit du 13 au 14 juin à son domicile de Genève (80 ans)
Nikita Mandryka est le fils de parents issus de la diaspora russe installée en Afrique du Nord, tous deux initialement étudiants en médecine à Lyon. Son grand-père, officier supérieur de la Marine russe, avait quitté Sébastopol en 1918 après la révolution bolchévique et obtenu l'asile en France, où il fut dirigé vers Bizerte. Après la Tunisie puis le Maroc, la famille s'installe à Lons-le-Saunier (Jura), où Nikita fait ses études secondaires. Monté à Paris pour intégrer l'IDHEC, il y échoue lors de son stage de fin d'études. Il rencontre la réalisatrice Alicja Kuhn à Genève au début des années 1990 et l'épouse.
Durant les années Pilote et L'Écho des savanes, Mandryka entretient des liens artistiques suivis avec Marcel Gotlib, Claire Bretécher, Jean-Pierre Dionnet et Jean Giraud. Nourri par la philosophie zen et la psychanalyse, il développe un univers absurde fondé sur les jeux de mots et la langue réinventée. Son travail de prévention sanitaire avec le scénariste Claude Moliterni, Pas de Sida pour Miss Poireau (Giphar, 1987 et 1994), témoigne d'un engagement public documenté. À partir de 1992 à Genève, il poursuit une création régulière sans interruption jusqu'à sa mort.
Nikita Mandryka décède dans la nuit du 13 au 14 juin 2021 à son domicile de Genève, à l'âge de 80 ans. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille. Son éditeur Alain Beaulet informe l'agence AFP dès le matin du 14 juin. Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Culture, publie un communiqué officiel saluant l'ensemble de son parcours. Les éditions Dargaud, premier éditeur du Concombre masqué, rendent elles aussi hommage. Mandryka était le dernier cofondateur de L'Écho des savanes encore en vie, après la disparition de Marcel Gotlib en 2016 et de Claire Bretécher en 2020.
Mandryka résidait à Genève depuis 1992. La Bibliothèque de Genève et l'École supérieure d'art et de design (HEAD) de Genève ont co-organisé une exposition rétrospective en son honneur en 2019-2020, à l'occasion du Grand Prix Töpffer. Aucun lieu d'inhumation ou de mémorial public n'a été documenté dans les sources disponibles.
1 - En 1969, Mandryka met fin aux aventures de son Concombre masqué dans Pif Gadget : le personnage est dévoré par le dieu Gaâg. Ce légume surréaliste, inspiré à l'origine du personnage de Jean-Claude Forest dans Le Copyright, est ressuscité deux ans plus tard dans Pilote.
2 - Mandryka quitte l'IDHEC, l'école de cinéma parisienne, après un échec en stage de fin d'études. Son dégoût des contraintes administratives du milieu le convainc de n'exercer que la bande dessinée, qu'il compare à un art permettant à chacun de «faire son propre cinéma».
3 - En 1992, le studio belge Neurones Cartoon produit une adaptation en images de synthèse du Concombre masqué. Le premier épisode reçoit le Prix du public au Festival International du Film Informatique de Montréal; une version anglaise, The Lone Cuke, est présentée à Chicago.
4 - En 1979, Mandryka cède ses droits sur L'Écho des savanes pour la somme symbolique d'un franc, refusant de cautionner l'orientation pornographique commerciale que prenait désormais la revue qu'il avait cofondée sept ans plus tôt.
5 - Entre 1965 et 1969, Mandryka signe ses strips de six pseudonymes distincts - Kalkus, Calgus, Karl Kruss, Caleq-usse, Kudsak, Kilkoz - tous dérivés du surnom d'un propriétaire d'atelier montparnassien. Il n'adopte son vrai nom qu'en 1969.
- Métier(s) : Dessinateur de bande dessinée, scénariste, rédacteur en chef
- Résidence principale : Genève (à partir de 1992)
- Relations de couple : Alicja Kuhn (réalisatrice)
- Enfants : non documentés
- Distinctions : Grand Prix de la ville d'Angoulême (1994), Grand Prix Töpffer (2019), Prix du patrimoine Festival d'Angoulême (2005), Prix Yellow Kid du meilleur auteur étranger, Italie (1992), Prix de la meilleure BD promotionnelle Festival d'Angoulême (1988), astéroïde 157747 Mandryka (2006)
Le Concombre est une BD thérapeutique, une analyse infinie.
— BDGest, biographie Nikita Mandryka, citée dans Actualitte.com, 14 juin 2021
Avec un papier, un crayon et un pinceau, on fait soi-même son cinéma.
— Dargaud, communiqué de presse, cité dans Le Temps et RTBF, 14 juin 2021
Je pense que c'est à partir de cet univers que j'ai inventé le mien, une façon de me sortir de la folie dans laquelle j'ai vécu mon enfance, de la maîtriser.
— BDGest, biographie Nikita Mandryka, citée dans Actualitte.com, 14 juin 2021