Michel-Ange demeure l'incarnation même du génie universel de la Renaissance, sculpteur avant tout, peintre par nécessité, architecte par vocation tardive et poète par inclination secrète. Ses créations monumentales , du David colossal à la voûte de la Sixtine, de la Pietà sublime au dôme de Saint-Pierre, ont redéfini les canons esthétiques de l'Occident et imposé une vision de l'homme qui transcende la matière pour toucher au divin.
Né à Caprese, petit bourg montagneux de Toscane où son père Lodovico di Leonardo Buonarroti Simoni exerce temporairement la fonction de podestat, Michelangelo Buonarroti grandit à Florence dans une famille de petite noblesse désargentée. Très jeune, il manifeste une inclination irrésistible pour le dessin, au grand dam de son père qui considère la pratique artistique comme indigne de leur rang. À treize ans, il entre malgré tout en apprentissage chez Domenico Ghirlandaio, maître réputé de la fresque florentine. Mais sa formation véritable s'accomplit dans les jardins de Saint-Marc, académie informelle créée par Laurent de Médicis où le jeune homme étudie les antiques sous la direction du sculpteur Bertoldo di Giovanni. Laurent le Magnifique remarque son talent exceptionnel et l'accueille dans son palais, lui offrant une éducation humaniste aux côtés de Politien, Pic de la Mirandole et Marsile Ficin. Cette immersion précoce dans la culture néoplatonicienne marque profondément sa conception de l'art comme révélation de l'idée divine enfermée dans la matière.
La mort de Laurent en 1492 et l'arrivée du prédicateur Savonarole bouleversent Florence. Michel-Ange fuit à Bologne puis à Rome où, à vingt-trois ans, il sculpte la Pietà du Vatican, chef-d'œuvre de grâce et de douleur contenue qui stupéfie ses contemporains. De retour à Florence en 1501, il reçoit la commande du David, statue colossale taillée dans un bloc de marbre réputé inutilisable. L'œuvre achevée en 1504 s'impose comme le manifeste de la dignité humaine et vaut à son auteur une célébrité immédiate. Le pape Jules II le rappelle à Rome en 1505 pour concevoir son tombeau monumental, projet titanesque qui tournera au cauchemar et ne sera jamais achevé selon les plans initiaux. Contraint par le pontife irascible à peindre la voûte de la chapelle Sixtine, tâche qu'il juge indigne d'un sculpteur, Michel-Ange réalise seul entre 1508 et 1512 l'une des plus vastes fresques de l'histoire, déployant sur plus de mille mètres carrés une vision cosmique de la Genèse, de la Chute et de l'attente du Salut. L'entreprise, menée dans des conditions physiques éprouvantes, sur un échafaudage inconfortable, le cou tordu vers la voûte, altère durablement sa santé mais consacre définitivement son génie.
De retour à Florence entre 1516 et 1534, il travaille pour les Médicis à la façade de San Lorenzo, projet abandonné, puis aux tombeaux de Julien et Laurent de Médicis dans la Nouvelle Sacristie, où les statues allégoriques du Jour, de la Nuit, de l'Aurore et du Crépuscule traduisent une méditation mélancolique sur le temps et la mort. Installé définitivement à Rome en 1534, il peint entre 1536 et 1541 Le Jugement dernier sur le mur de l'autel de la Sixtine, fresque apocalyptique d'une puissance dramatique sans égale qui suscite autant d'admiration que de controverses pour la nudité de ses figures. Ses dernières décennies sont consacrées à l'architecture : nommé architecte de la basilique Saint-Pierre en 1546, il conçoit le dôme majestueux qui domine encore aujourd'hui le skyline romain, synthèse parfaite de monumentalité et d'élévation spirituelle. Il poursuit parallèlement une œuvre sculptée de plus en plus introspective, les Pietà tardives, inachevées, martelées parfois de ses propres mains, et compose des poèmes d'inspiration néoplatonicienne où s'exprime une quête douloureuse de l'absolu.
La nudité des figures du Jugement dernier déclenche dès 1541 une polémique théologique et morale. Dans le climat rigoriste de la Contre-Réforme, plusieurs prélats dénoncent l'indécence de ces corps nus dans le lieu le plus sacré de la chrétienté. En 1559, le pape Paul IV envisage de détruire entièrement la fresque. Un compromis est trouvé : le Concile de Trente ordonne en 1563 de voiler les nudités jugées obscènes. Daniele da Volterra, élève de Michel-Ange, est chargé de peindre draperies et voiles sur les parties génitales, opération qui lui vaut le surnom moqueur de braghettone (« culottier »). D'autres interventions suivront au fil des siècles, masquant progressivement une quarantaine de figures. Ces repeints ne seront partiellement retirés qu'à l'occasion de la restauration controversée menée entre 1980 et 1994.
Issu d'une famille florentine de petite noblesse, Michel-Ange est le deuxième des cinq fils de Lodovico di Leonardo Buonarroti Simoni et de Francesca di Neri del Miniato di Siena, qui meurt alors qu'il n'a que six ans. Mis en nourrice chez la femme d'un tailleur de pierre de Settignano, il plaisantera plus tard en affirmant avoir absorbé l'amour du marbre avec le lait maternel. Jamais marié, il entretient des relations affectives intenses mais chastes, notamment avec le jeune aristocrate romain Tommaso dei Cavalieri, rencontré en 1532, à qui il adresse poèmes enflammés et dessins précieux, et avec la poétesse Vittoria Colonna, marquise de Pescara, qu'il rencontre vers 1536 et avec qui il partage une profonde complicité spirituelle jusqu'à la mort de celle-ci en 1547. Ces amitiés platoniques, nourries de néoplatonisme florentin, traduisent une conception de l'amour comme élévation vers le divin. Homme solitaire, irascible, obsédé par son œuvre jusqu'à l'ascétisme, Michel-Ange vit dans une austérité extrême malgré sa fortune considérable, dort habillé, mange peu, refuse tout confort. Il souffre de calculs rénaux récurrents et de douleurs articulaires liées aux postures prolongées de son travail. Profondément croyant, traversé de doutes mystiques, il exprime dans ses sonnets tardifs une angoisse du salut et une méditation sur la vanité de l'art face à la mort.
Michel-Ange entretient des liens étroits avec plusieurs papes successifs : Jules II qui le tyrannise et l'admire, Léon X et Clément VII Médicis qui le protègent, Paul III Farnèse qui lui confie Saint-Pierre, tout en maintenant une indépendance farouche. Fidèle à Florence malgré les vicissitudes politiques, il participe en 1529 à la défense de la république assiégée en fortifiant les remparts, avant de fuir puis de revenir, tiraillé entre ses convictions républicaines et ses attaches médicéennes. Généreux envers sa famille, il soutient financièrement ses frères, rachète des terres pour restaurer le prestige du nom Buonarroti et surveille de loin la gestion du patrimoine familial. Ami fidèle malgré un caractère ombrageux, il entretient une correspondance fournie avec des artistes, des intellectuels et des mécènes, témoignage précieux de sa pensée. Ses dernières années sont marquées par une charité discrète envers les pauvres et une dévotion accrue, influencée par les cercles réformateurs catholiques proches de Vittoria Colonna.
Michel-Ange meurt à Rome le 18 février 1564, à l'âge de quatre-vingt-huit ans, dans sa modeste maison de la via Macel de' Corvi, près du forum de Trajan. Quelques jours avant sa mort, il travaille encore debout sur la Pietà Rondanini, sculpture qu'il retaille et transforme dans un ultime effort spirituel. Il s'éteint assisté de son fidèle ami Tommaso dei Cavalieri, de son médecin Federigo Donati et de son serviteur Antonio del Francese. Ses funérailles solennelles sont célébrées à Rome dans l'église des Saints-Apôtres. Mais son neveu Lionardo Buonarroti, respectant la volonté du défunt d'être enterré à Florence, fait clandestinement transporter le corps dans sa ville natale, dissimulé dans une balle de marchandise pour éviter que les autorités romaines ne le retiennent. Florence lui organise des obsèques grandioses le 14 juillet 1564 à la basilique San Lorenzo, en présence de l'Académie des arts du dessin que Michel-Ange avait contribué à fonder. Giorgio Vasari et Benedetto Varchi prononcent les oraisons funèbres. Le duc Cosme Ier de Médicis finance le monument funéraire conçu par Vasari dans l'église Santa Croce, panthéon des gloires florentines.
Michel-Ange repose dans la basilique Santa Croce de Florence, dans un tombeau monumental surmonté de trois statues allégoriques représentant la Peinture, la Sculpture et l'Architecture pleurant sa disparition, œuvre de Battista Lorenzi, Giovanni Bandini et Valerio Cioli d'après les dessins de Giorgio Vasari. Le monument fait face au maître-autel, honneur insigne témoignant de la vénération que Florence porte à son génie. Bien que décédé à Rome, ville qui l'avait vu triompher durant quarante ans, l'artiste avait expressément souhaité reposer à Florence, patrie de sa formation et de sa jeunesse. Sa maison natale de Caprese, aujourd'hui rebaptisée Caprese Michelangelo, abrite un musée consacré à sa mémoire. À Rome, plusieurs de ses chefs-d'œuvre demeurent in situ : la Pietà dans la basilique Saint-Pierre, le Moïse et les statues inachevées du tombeau de Jules II à San Pietro in Vincoli, les fresques de la chapelle Sixtine au Vatican. À Florence, le David est conservé à la Galerie de l'Académie depuis 1873, tandis qu'une copie occupe son emplacement original devant le Palazzo Vecchio. La Nouvelle Sacristie de San Lorenzo et la bibliothèque Laurentienne témoignent de son génie architectural florentin.
Le soleil est l'ombre de Dieu.
Le sommeil de toute grandeur s'appelle : bonté.
La plus irréparable des pertes est celle du temps.
Dieu a donné une soeur au souvenir et il l'a appelée espérance.
L'amour, c'est l'aile que Dieu a donnée à l'homme pour monter jusqu'à lui.
J'ai vu un ange dans le marbre et j'ai seulement ciselé jusqu'à l'en libérer.
Seigneur, accordez-moi la grâce de toujours désirer plus que je ne peux accomplir.
Si les gens savaient à quel point j'ai travaillé pour développer ce talent, il ne s'étonneraient plus.
Le plus grand danger pour la plupart d'entre nous n'est pas que notre but soit trop élevé et que nous le manquions, mais qu'il soit trop bas et que nous l'atteignons.
Ce sont les esprits téméraires et grossiers qui réduisent à un effet sensuel la beauté, par laquelle toute saine intelligence se sent émue et transportée vers le ciel.
Le soleil est l'ombre de Dieu.
Le sommeil de toute grandeur s'appelle : bonté.
La plus irréparable des pertes est celle du temps.
Dieu a donné une soeur au souvenir et il l'a appelée espérance.
L'amour, c'est l'aile que Dieu a donnée à l'homme pour monter jusqu'à lui.
J'ai vu un ange dans le marbre et j'ai seulement ciselé jusqu'à l'en libérer.
Seigneur, accordez-moi la grâce de toujours désirer plus que je ne peux accomplir.
Si les gens savaient à quel point j'ai travaillé pour développer ce talent, il ne s'étonneraient plus.
Le plus grand danger pour la plupart d'entre nous n'est pas que notre but soit trop élevé et que nous le manquions, mais qu'il soit trop bas et que nous l'atteignons.
Ce sont les esprits téméraires et grossiers qui réduisent à un effet sensuel la beauté, par laquelle toute saine intelligence se sent émue et transportée vers le ciel.