Poète maudit à la sensibilité exacerbée, Paul Verlaine révolutionne la versification française par une musicalité inédite et une exploration mélancolique de l'âme humaine. Figure centrale du décadentisme, son œuvre oscille entre mysticisme religieux et tourments d'une vie de bohème scandaleuse.
Fils d'un capitaine de l'armée, Paul Verlaine reçoit une éducation bourgeoise à Paris avant d'intégrer l'administration de l'Hôtel de Ville. Dès 1866, il s'impose dans le paysage littéraire avec les Poèmes saturniens, recueil marqué par l'influence parnassienne mais révélant déjà une musique singulière. Son style se précise avec Fêtes galantes, où il réinvente l'imaginaire du XVIIIe siècle à travers une atmosphère vaporeuse et mélancolique. Cependant, sa vie bascule lors de sa rencontre avec le jeune Arthur Rimbaud en 1871. Cette relation passionnelle et destructrice le conduit à abandonner son foyer pour errer à travers l'Europe, entre Londres et Bruxelles. Cette période d'errance et de déchirements nourrit son génie poétique, donnant naissance à Romances sans paroles, œuvre majeure où la suggestion et l'impressionnisme linguistique atteignent leur apogée, redéfinissant les codes de la poésie moderne.
Après l'épisode violent de Bruxelles où il blesse Rimbaud d'un coup de revolver, Verlaine connaît la prison et une conversion mystique profonde. Il publie Sagesse en 1881, recueil de ferveur catholique qui marque son retour sur la scène littéraire parisienne. Malgré cette tentative de rédemption, il retombe dans la précarité et l'alcoolisme, menant une existence misérable entre hôpitaux et cafés du Quartier latin. Reconnu par ses pairs comme un maître absolu, il est élu Prince des poètes en 1894, succédant à Leconte de Lisle. Ses derniers recueils, tels que Jadis et Naguère ou Parallèlement, témoignent d'une dualité persistante entre aspiration spirituelle et pulsions charnelles. Il meurt dans le dénuement, laissant derrière lui une influence considérable sur le mouvement symboliste et une œuvre dont la fluidité rythmique a profondément marqué l'histoire de la langue française.
1844 : Naissance le 30 mars à Metz, dans une famille de la petite bourgeoisie
1866 : Publication de son premier recueil, Poèmes saturniens, chez l'éditeur Lemerre
1869 : Sortie de Fêtes galantes, inspiré par les peintures de Watteau
1870 : Mariage avec Mathilde Mauté de Fleurville et publication de La Bonne Chanson
1871 : Rencontre décisive avec Arthur Rimbaud qu'il invite à Paris
1872 : Début de sa vie errante avec Rimbaud en Belgique et en Angleterre
1873 : Tir du coup de revolver sur Rimbaud à Bruxelles le 10 juillet
1874 : Publication de Romances sans paroles pendant son incarcération à Mons
1881 : Publication du recueil religieux Sagesse après sa conversion
1884 : Publication de l'essai Les Poètes maudits qui consacre Rimbaud et Mallarmé
1894 : Élection au titre honorifique de Prince des poètes par ses confrères
1896 : Décès le 8 janvier à Paris, dans son logement de la rue Descartes
Paul Verlaine est le fils unique et tardif de Nicolas-Auguste Verlaine et d'Élisa Dehée, une mère surprotectrice dont il restera dépendant. Son mariage en 1870 avec Mathilde Mauté, alors âgée de seize ans, est marqué par la naissance de leur fils Georges en 1871. Toutefois, la violence du poète, exacerbée par l'absinthe, et sa liaison scandaleuse avec Arthur Rimbaud provoquent la rupture définitive du couple et une procédure de séparation de corps dès 1874. À la fin de sa vie, Verlaine partage son quotidien précaire avec des femmes de petite vertu, notamment Eugénie Krantz et Philomène Boudin, qui se disputent ses maigres droits d'auteur jusqu'à son dernier souffle.
Bien que peu porté sur l'engagement partisan structuré, Paul Verlaine participe brièvement aux événements de la Commune de Paris en 1871 au sein du bureau de presse, ce qui l'obligera à fuir l'administration. Il entretient des relations intellectuelles majeures avec Stéphane Mallarmé et les cercles symbolistes, devenant le mentor de la jeune génération de poètes du Chat Noir. Sa passion pour la musique et la peinture influence ses fréquentations, le rapprochant de compositeurs comme Gabriel Fauré qui mettront ses textes en musique. Ses engagements sont avant tout d'ordre esthétique, défendant une poésie de l'impair et de la nuance contre la rigueur parnassienne et les conventions sociales de son époque.
Paul Verlaine s'éteint le 8 janvier 1896 à l'âge de 51 ans. Il meurt dans son modeste logement situé au 39 rue Descartes à Paris, succombant à une congestion pulmonaire compliquée par une cirrhose et un diabète. Ses obsèques, célébrées à l'église Saint-Étienne-du-Mont, rassemblent une foule immense composée d'étudiants, d'admirateurs et de l'élite littéraire. Jean Moréas et François Coppée prononcent l'éloge funèbre, saluant la perte d'un génie absolu. Mallarmé exprime son émotion via un hommage écrit, qualifiant la disparition du poète de deuil national pour les lettres françaises. Malgré sa fin de vie misérable, son enterrement prend l'allure d'un événement public majeur.
Le corps de Paul Verlaine repose au cimetière des Batignolles, dans le 17e arrondissement de Paris, au sein du caveau familial (11e division). Sa tombe est régulièrement fleurie par des admirateurs du monde entier. Un monument orné de son buste, réalisé par le sculpteur Rodo, est érigé dans le Jardin du Luxembourg. Sa maison natale à Metz est devenue le musée Maison Verlaine, dédié à sa vie et à son œuvre.
1 - Le poète a accidentellement tiré deux coups de revolver sur Arthur Rimbaud lors d'une dispute à Bruxelles, le blessant légèrement au poignet, un acte qui lui a valu deux ans de prison.
2 - Pendant son incarcération en Belgique, il a appris l'anglais en lisant des œuvres de Shakespeare, ce qui a profondément influencé la rythmique anglo-saxonne de certains de ses vers ultérieurs.
3 - Il était surnommé le Lélian par lui-même, une anagramme de son prénom Paul qu'il utilisait régulièrement dans ses correspondances privées et certains poèmes autobiographiques.
4 - Lors de ses funérailles, une rumeur a circulé selon laquelle la main de la statue de la poésie, sur l'Opéra Garnier, serait tombée le jour exact de sa mort, signe de deuil artistique.
- Métier(s) : Poète, écrivain, essayiste
- Résidence principale : Paris, France
- Relations de couple : Mathilde Mauté (épouse), Arthur Rimbaud (liaison)
- Enfants : Georges Verlaine (1871-1926)
- Distinctions : Prince des poètes (1894)
De la musique avant toute chose.
Et tout le reste est littérature.
O ! Qui dira les torts de la rime.
On n'offense que Dieu qui seul pardonne.
Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
L'enfer, ce lieu
Ne me parlant plus de Dieu ?
Baiser ! Rose trémière au jardin des caresses !
Elle ne savait pas que l'Enfer, c'est l'absence.
Et surtout soyons-nous l'un à l'autre indulgents.
L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable.
L'art, mes enfants, c'est d'être absolument soi-même.
Fuis du plus loin la pointe assassineL'esprit cruel et le rire impur.
Fuis du plus loin la pointe assassine
L'esprit cruel et le rire impur.
Nous avons tous trop souffert, anges et hommes, de ce conflit entre le pire et le mieux.
Nous avons tous trop souffert, anges et hommes,
De ce conflit entre le Pire et le Mieux.
La vie humble aux travaux ennuyeux et facilesEst une oeuvre de choix qui veut beaucoup d'amour.
L'odeur de rose, faible, grâce au vent léger d'été qui passe, se mêle aux parfums qu'elle a mis.
La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles
Est une oeuvre de choix qui veut beaucoup d'amour.
La morale la meilleure, en ce monde où les plus fous sont les plus sages de tous, c'est encore d'oublier l'heure.
La morale la meilleure,
En ce monde où les plus fous
Sont les plus sages de tous,
C'est encore d'oublier l'heure.
Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations. Tenez, Judas, par exemple, il avait des amis irréprochables.
De la musique avant toute chose.
Et tout le reste est littérature.
O ! Qui dira les torts de la rime.
On n'offense que Dieu qui seul pardonne.
Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
L'enfer, ce lieu
Ne me parlant plus de Dieu ?
Baiser ! Rose trémière au jardin des caresses !
Elle ne savait pas que l'Enfer, c'est l'absence.
Et surtout soyons-nous l'un à l'autre indulgents.
L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable.
L'art, mes enfants, c'est d'être absolument soi-même.
Fuis du plus loin la pointe assassineL'esprit cruel et le rire impur.
Fuis du plus loin la pointe assassine
L'esprit cruel et le rire impur.
Nous avons tous trop souffert, anges et hommes, de ce conflit entre le pire et le mieux.
Nous avons tous trop souffert, anges et hommes,
De ce conflit entre le Pire et le Mieux.
La vie humble aux travaux ennuyeux et facilesEst une oeuvre de choix qui veut beaucoup d'amour.
L'odeur de rose, faible, grâce au vent léger d'été qui passe, se mêle aux parfums qu'elle a mis.
La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles
Est une oeuvre de choix qui veut beaucoup d'amour.
La morale la meilleure, en ce monde où les plus fous sont les plus sages de tous, c'est encore d'oublier l'heure.
La morale la meilleure,
En ce monde où les plus fous
Sont les plus sages de tous,
C'est encore d'oublier l'heure.
Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations. Tenez, Judas, par exemple, il avait des amis irréprochables.