Dick Fosbury a révolutionné le saut en hauteur en osant franchir la barre à l'envers. Avec son rouleau dorsal devenu universel, cet athlète américain a transformé un geste technique en héritage mondial, prouvant que l'innovation naît parfois d'une simple intuition.
Dick Fosbury grandit à Medford, dans l'Oregon, où il découvre l'athlétisme au lycée. Ses débuts en saut en hauteur restent modestes : il peine avec le rouleau ventral traditionnel et ne dépasse guère 1,50 mètre. C'est en 1963, à seize ans, qu'il commence à expérimenter une approche dorsale instinctive, franchissant la barre de dos plutôt que de face. Cette technique naissante, d'abord moquée par ses pairs et ses entraîneurs, lui permet d'améliorer progressivement ses performances. Il rejoint ensuite l'Université d'État de l'Oregon à Corvallis, où il perfectionne son style sous l'œil bienveillant de son coach Berny Wagner, qui accepte cette singularité.
En 1968, Fosbury remporte les championnats nationaux universitaires américains et se qualifie pour les Jeux olympiques de Mexico. Le 20 octobre 1968, devant un stade Azteca médusé, il franchit 2,24 mètres en rouleau dorsal et décroche la médaille d'or olympique. Les journalistes baptisent immédiatement sa technique le "Fosbury Flop". Cette victoire marque un tournant dans l'histoire de l'athlétisme : dès les Jeux de Munich en 1972, une majorité de sauteurs adoptent son style, et aujourd'hui la technique dorsale est devenue la norme universelle. Après Mexico, Fosbury participe encore aux championnats américains mais ne retrouve jamais le sommet olympique. Il se retire de la compétition au début des années 1970, conscient d'avoir laissé une empreinte indélébile.
Dick Fosbury a partagé sa vie avec Robin Tomasi, qu'il a épousée en 1978. Le couple élèvera leurs enfants mais les enfants : Erich Fosbury (fils biologique) et Stephanie Thomas-Phipps et Kristin Thompson (filles de Robin Tomasi d'une union précédente. Après sa carrière sportive, Fosbury s'installe dans l'Idaho où il devient ingénieur civil, travaillant notamment sur des projets de développement urbain. Grand amateur de montagne, il pratique régulièrement la randonnée et le ski dans les Rocheuses. Sa discrétion contraste avec la célébrité de son geste technique : il préfère une vie simple loin des projecteurs, tout en acceptant ponctuellement des conférences sur l'innovation sportive.
Fosbury s'engage auprès de la Leukemia; Lymphoma Society après avoir lui-même lutté contre un lymphome diagnostiqué dans les années 2010. Il participe à des campagnes de sensibilisation sur les cancers du sang et soutient financièrement des programmes de recherche. Il agit également comme mentor pour de jeunes athlètes universitaires, dispensant des conseils sur la persévérance et l'acceptation du regard des autres face à l'innovation.
Dick Fosbury est mort le 12 mars 2023 à Salt Lake City, dans l'Utah, des suites d'un lymphome. Il avait soixante-seize ans. Sa disparition a été annoncée par son agent Bob Beretta, qui a souligné le courage de l'athlète face à la maladie. De nombreux hommages lui ont été rendus dans le monde de l'athlétisme, notamment par World Athletics et le Comité olympique américain, qui ont salué sa contribution révolutionnaire. Une cérémonie privée a réuni sa famille et ses proches à Ketchum, dans l'Idaho, région où il avait élu domicile après sa carrière sportive.
Dick Fosbury repose dans l'Idaho, État qu'il avait choisi pour sa tranquillité et la proximité des montagnes. Il vivait à Ketchum, petite ville de montagne prisée des amateurs de plein air, située au cœur des Rocheuses. Ce lieu lui offrait l'équilibre entre nature sauvage et vie communautaire discrète. Originaire de Portland et ayant grandi à Medford dans l'Oregon, il a toujours conservé un lien profond avec le Nord-Ouest américain. Mexico demeure le lieu symbolique de sa légende, là où le stade Azteca l'a vu écrire l'histoire olympique un soir d'octobre 1968.