Richard III, né le 2 octobre 1452 au château de Fotheringhay dans le Northamptonshire et mort le 22 août 1485 à la bataille de Bosworth, est le dernier roi d'Angleterre de la maison d'York, dont le règne de deux ans (1483-1485) reste au coeur d'un débat historiographique persistant sur sa légende noire héritée de la propagande Tudor et de Shakespeare.
Quatrième et dernier fils de Richard, duc d'York (1411-1460), et de Cécile Neville (1415-1495), Richard Plantagenêt naît le 2 octobre 1452 au château de Fotheringhay dans le Northamptonshire. À la mort de son père en 1460, lors des premières phases de la guerre des Deux-Roses, il part en exil en Bourgogne avec son frère aîné, le futur Édouard IV. Rappelé en Angleterre après la victoire yorkiste, Richard, qui n'a pas encore dix ans, est créé duc de Gloucester en 1461, à la suite de l'accession au trône de son frère. Durant son adolescence, il séjourne plusieurs années au château de Middleham, dans le Yorkshire du Nord, sous la tutelle de son cousin Richard Neville, 16e comte de Warwick, surnommé "le Faiseur de rois". En 1472, il épouse Anne Neville (1456-1485), fille cadette de ce même comte, et veuve d'Édouard, prince de Galles, fils d'Henri VI d'Angleterre. Ce mariage lui assure le contrôle d'une part substantielle des biens des Neville dans le Nord. En juillet 1480, Richard, nommé gouverneur militaire du Yorkshire, mène plusieurs campagnes contre le roi Jacques III d'Écosse, allié du roi de France Louis XI, assurant la défense de la frontière nord au nom de son frère le roi.
À la mort d'Édouard IV le 9 avril 1483, Richard, désigné lord-protecteur du royaume au nom de son neveu mineur Édouard V, intercède avec Henri Stafford, deuxième duc de Buckingham, pour prendre le contrôle du jeune roi. Le 26 juin 1483, après avoir fait déclarer ses neveux Édouard V et Richard de Shrewsbury illégitimes par l'acte Titulus Regius, Richard accepte la couronne. Il est couronné le 6 juillet 1483 à l'abbaye de Westminster. Sous son règne, malgré sa brièveté, il introduit plusieurs réformes législatives notables : renforcement de l'aide juridictionnelle pour les personnes défavorisées, réglementation contre la fraude foncière, obligation de publicité dans les ventes de terres, traduction des lois du français vers l'anglais afin de les rendre accessibles au plus grand nombre. En 1484, il fonde par charte royale le Collège des hérauts d'armes (Royal College of Arms), institution toujours active, et interdit les "benevolences", ces prélèvements financiers forcés pratiqués sous son frère Édouard IV. Henri Tudor, prétendant lancastrien soutenu par la France, débarque au pays de Galles en août 1485 et affronte Richard à Bosworth. Trahi par une partie de ses troupes, Richard III est tué au combat le 22 août 1485, à 32 ans, dernier roi d'Angleterre à périr sur un champ de bataille.
La disparition des deux fils d'Édouard IV, Édouard V et Richard de Shrewsbury, emprisonnés à la Tour de Londres à l'été 1483, constitue l'accusation centrale pesant sur Richard III depuis sa mort. Les contemporains, dont le chroniqueur Philippe de Commines et l'humaniste Jean Molinet, imputent leur mort à Richard. Thomas More, dans son Histoire du roi Richard III rédigée vers 1513, nomme Miles Forest et John Dighton comme exécutants d'un ordre du roi, et détaille un meurtre par étouffement. Cette version, reprise et amplifiée par William Shakespeare dans sa pièce éponyme vers 1592-1594, forge durablement l'image d'un tyran régicide. Les historiens modernes, dont Aude Mairey et Michael Hicks, professeur émérite à l'université de Winchester et auteur de Richard III: The Self-Made King (Yale University Press, 2019), reconnaissent que les preuves contre Richard restent circonstancielles : aucun document contemporain n'établit formellement sa culpabilité, et Henri VII Tudor, qui profitait également de la disparition des princes, a pu être impliqué. La Richard III Society, fondée en 1924, milite pour une réévaluation de sa réputation. En 2014, la publication de l'ADN du chromosome Y de Richard III, coordonnée par la généticienne Turi King de l'université de Leicester, a mis en évidence au moins un cas de "fausse paternité" dans la ligne mâle de la maison d'York, sans toutefois résoudre la question des princes.
1452 : naissance le 2 octobre au château de Fotheringhay, Northamptonshire
1460 : mort de son père Richard, duc d'York, à la bataille de Wakefield ; exil en Bourgogne
1461 : création au rang de duc de Gloucester, à la suite de l'accession au trône d'Édouard IV
1461-1469 : formation militaire et politique au château de Middleham sous la tutelle de Richard Neville, comte de Warwick
1472 : mariage avec Anne Neville en juillet
1477 : arrestation et incarcération de son frère George, duc de Clarence, à la Tour de Londres
1480 : nommé gouverneur militaire du Yorkshire ; campagnes contre l'Écosse
1483 : mort d'Édouard IV le 9 avril ; Richard nommé lord-protecteur ; arrestation d'Édouard V et de son frère Richard de Shrewsbury ; acte Titulus Regius déclarant les princes illégitimes ; couronnement de Richard III le 6 juillet à l'abbaye de Westminster
1483 : disparition des princes de la Tour à l'été ; rébellion du duc de Buckingham, réprimée
1484 : fondation par charte royale du Royal College of Arms ; mort du fils unique, Édouard de Middleham, en mars ou avril
1485 : mort d'Anne Neville, reine d'Angleterre, le 16 mars
1485 : mort au combat à la bataille de Bosworth le 22 août ; Henri VII Tudor monte sur le trône
2012 : découverte du squelette de Richard III sous un parking municipal de Leicester en août-septembre, par une équipe archéologique de l'université de Leicester dirigée par Richard Buckley, à l'initiative de Philippa Langley de la Richard III Society
2014 : identification formelle confirmée en décembre par la généticienne Turi King dans la revue Nature Communications
2015 : réinhumation le 26 mars à la cathédrale de Leicester, en présence de l'archevêque de Canterbury Justin Welby et de Benedict Cumberbatch, qui lit un poème de la poétesse Carol Ann Duffy
Richard est issu de l'une des lignées aristocratiques les plus puissantes d'Angleterre. Son père Richard, duc d'York, est un prétendant à la couronne descendant d'Édouard III ; sa mère Cécile Neville, issue de la maison Neville, est l'une des grandes dames de la noblesse anglaise du XVe siècle. Richard est l'un des nombreux enfants du couple, parmi lesquels figurent Édouard, futur Édouard IV, et George, duc de Clarence. Il passe une grande partie de son adolescence au château de Middleham, dans le Wensleydale (Yorkshire), dont il fait ensuite sa résidence principale avec Anne Neville après leur mariage en 1472. De leur union naît un fils unique, Édouard de Middleham, vers 1473, mort en mars ou avril 1484. Richard n'a pas d'autres enfants légitimes ; plusieurs enfants illégitimes lui sont attribués par les chroniques, dont John de Gloucester.
Richard développe tôt des liens étroits avec les populations du Nord de l'Angleterre, dont il acquiert la confiance par un gouvernement réputé équitable. Il entretient une correspondance documentée avec les bourgeois d'York, qui lui manifestent une fidélité persistante. Il est aussi mécène : il soutient des institutions religieuses et architecturales, et sa devise personnelle "Loyaulte me lie" ("La loyauté me lie") est attestée dès 1483 sur des documents d'archives conservés à la British Library. Parmi ses proches collaborateurs, Henri Stafford, deuxième duc de Buckingham, joue un rôle central au moment de la prise de pouvoir de 1483 avant de se retourner contre lui lors de la rébellion de l'automne 1483, réprimée et suivie de l'exécution de Buckingham. Thomas Langton, évêque de Saint-David, témoigne dans sa correspondance des 1483-1484 que Richard a remédié à de nombreuses injustices subies par des gens de condition modeste.
Richard III est tué le 22 août 1485 à la bataille de Bosworth Field, dans le Leicestershire, à environ 19 kilomètres à l'ouest de Leicester. Il meurt au combat, lors d'une charge de cavalerie désespérée contre la garde personnelle d'Henri Tudor. Trahi par les troupes de Thomas Stanley et de son frère William Stanley, qui basculent du côté Tudor, Richard est désarçonné et tué à pied, sans casque. Les analyses ostéologiques menées en 2014 sur son squelette révèlent onze blessures de combat, dont plusieurs coups portés à la tête post mortem. Sa dépouille est exhibée à Leicester avant d'être inhumée sans cérémonie dans l'église des Greyfriars. La cérémonie de réinhumation solennelle du 26 mars 2015 à la cathédrale de Leicester est présidée par l'archevêque de Canterbury Justin Welby. L'acteur Benedict Cumberbatch, cousin éloigné de Richard III par Cécile Neville selon les recherches du généalogiste Kevin Schürer, y lit un poème de Carol Ann Duffy, poétesse lauréate de Grande-Bretagne.
Richard III est réinhumé le 26 mars 2015 à la cathédrale de Leicester, dans un tombeau en pierre de Swaledale, sculpteur Graciela Ainsworth. La cathédrale abrite également une exposition permanente consacrée à la redécouverte de ses restes. À Leicester, le Richard III Visitor Centre, ouvert en 2014 sur le site des fouilles originelles, présente le squelette et les conclusions des analyses scientifiques. Le château de Middleham, dans le Yorkshire du Nord, résidence de sa vie de duc, est ouvert au public.
1 - Lors de la fouille de 2012 à Leicester, des analyses parasitologiques dirigées par Piers Mitchell de l'université de Cambridge ont révélé la présence d'oeufs d'ascaris (Ascaris lumbricoides) dans le bassin de Richard III, attestant d'une infection intestinale au moment de sa mort, malgré son statut royal.
2 - Les recherches ADN publiées en 2014 dans Nature Communications ont établi qu'aucun des cinq hommes testés dans la lignée mâle de Richard III ne partageait son chromosome Y, ce qui implique au moins un cas de "fausse paternité" dans la généalogie royale des Plantagenêt, un résultat inattendu que la généticienne Turi King a qualifié de découverte annexe de l'identification.
3 - La devise personnelle de Richard III, "Loyaulte me lie" ("La loyauté me lie"), est attestée pour la première fois en 1483 sur un document d'archives de la British Library (MS Cotton Vesp. F xiii, f. 123), sur lequel figurent également les signatures d'Édouard V et d'Henri Stafford, duc de Buckingham.
4 - Selon les reconstitutions informatiques publiées dans The Lancet en 2014, la scoliose de Richard III, d'un angle de Cobb estimé entre 70 et 90 degrés, s'est vraisemblablement développée vers l'âge de 10 ans ; contrairement à la description shakespearienne de "crapaud bossu", cette courbure latérale n'affectait pas sa capacité pulmonaire ni n'entraînait de boiterie, et pouvait être dissimulée sous une armure.
5 - L'acteur Benedict Cumberbatch, identifié par le généalogiste Kevin Schürer de l'université de Leicester comme cousin à la seizième génération de Richard III via la ligne de Cécile Neville, portait le costume du roi shakespearien lorsqu'il reçut par e-mail la confirmation de ce lien de parenté en 2015, alors qu'il tournait The Hollow Crown pour la BBC.
- Métier(s) : roi d'Angleterre (1483-1485), duc de Gloucester, lord-protecteur
- Résidence principale : château de Middleham, Yorkshire du Nord (comme duc) ; Londres (comme roi)
- Relations de couple : Anne Neville (1472-1485, décédée)
- Enfants : Édouard de Middleham (vers 1473-1484, légitime) ; enfants illégitimes dont John de Gloucester
- Distinctions : chevalier de l'Ordre de la Jarretière (1461) ; connétable d'Angleterre ; lord High Admiral
« La loyauté me lie. »
— Devise personnelle de Richard III, "Loyaulte me lie", attestée dès 1483 sur un document de la British Library (MS Cotton Vesp. F xiii, f. 123) (traduit du moyen anglais)
« Tout homme qui souffre d'un tort et qui souhaitera se plaindre recevra un remède rapide. »
— Proclamation générale de Richard III à son accession en 1483, rapportée par des administrateurs civils contemporains, citée dans History Today (traduit de l'anglais)
« Bien des pauvres qui ont subi des injustices pendant de longues années ont été soulagés et aidés. »
— Thomas Langton, évêque de Saint-David, dans une correspondance privée de 1483-1484, citée dans History Today (traduit de l'anglais)