Personnage de marionnette lyonnaise associé au théâtre de Guignol, Gnafron incarne le savetier bon vivant et franc-parleur qui relie l’imaginaire populaire de Lyon à la culture du Beaujolais, dans un univers comique transmis depuis le début du XIXe siècle.
Gnafron naît au début du XIXe siècle, vers 1804, sous la main du marionnettiste lyonnais Laurent Mourguet. Conçu comme l’un de ses premiers personnages à gaine, il s’inscrit dans le contexte des spectacles ambulants qui mêlent divertissement, chronique sociale et attraction foraine. Le nom vient du terme lyonnais « gnafre », qui désigne un savetier ou cordonnier, et renvoie à son métier fictif. Inspiré en partie par l’associé de Mourguet, le Père Thomas, Gnafron est d’abord imaginé comme un compagnon de scène ancré dans le quotidien populaire, avant de rejoindre durablement l’univers de Guignol.
Gnafron est représenté comme un savetier lyonnais, marionnette à gaine en bois, à la barbe de plusieurs jours, au nez et aux pommettes rouges, avec une bouche presque édentée. Il porte un chapeau ou une casquette, un foulard noué comme cravate ou nœud papillon à carreaux ou à pois, ainsi qu’un tablier de cuir de cordonnier. Bon vivant et amateur de beaujolais, il se distingue par un franc-parler constant et une sagesse pragmatique. Dans les pièces, il tempère souvent l’ardeur de Guignol, tout en partageant avec lui les moments de fête, de résistance verbale et de débrouillardise.
Début du XIXe siècle (vers 1804) : création de Gnafron par Laurent Mourguet à Lyon, comme première grande marionnette de savetier.
Vers 1808 : apparition de Guignol ; le duo Guignol–Gnafron s’impose dans les spectacles lyonnais improvisés.
Première moitié du XIXe siècle : diffusion des représentations de Gnafron sur les places publiques et dans les théâtres de marionnettes itinérants.
Fin du XIXe siècle : intégration de Gnafron dans le répertoire classique du théâtre de Guignol, aux côtés de Madelon.
14 juillet 1931 : inauguration d’un monument à Gnafron à Beaujeu, capitale historique du Beaujolais, le représentant sur un tonneau.
1949 : les marionnettes historiques de Gnafron, Guignol et Madelon entrent au Musée des arts de la marionnette (musées Gadagne) à Lyon.
1985 : remplacement de la statue d’origine de Gnafron à Beaujeu par une nouvelle sculpture de Miguel Fernandez.
XXe–XXIe siècles : maintien du personnage dans les troupes de Guignol (Lyon, Bordeaux, autres villes) et dans les festivals de marionnettes en France et à l’étranger.
Dans les premiers spectacles, Gnafron apparaît comme un savetier du peuple, compagnon de travail et de boisson de Guignol, avec lequel il commente l’actualité lyonnaise et la condition des petites gens. Au fil du XIXe siècle, il devient un personnage récurrent du répertoire, parfois présenté comme le père de Madelon, ce qui renforce son ancrage familial et son rôle de figure adulte référente. Son évolution physique reste relativement stable, mais son ton s’adapte aux époques et aux publics : tantôt plus satirique, tantôt plus bon enfant. Dans la trame principale, il sert de contrepoint à Guignol, freine ses excès, tout en participant aux ruses et stratagèmes qui structurent les intrigues.
Gnafron est d’abord un personnage de théâtre de marionnettes à gaine, présent dans les castelets lyonnais puis dans diverses compagnies, notamment au Théâtre du Guignol de Lyon et au Guignol Guérin de Bordeaux. Il apparaît dans des captations filmées de spectacles, des émissions télévisées consacrées à Guignol, des documentaires sur le patrimoine lyonnais et des productions pédagogiques autour de la marionnette. Son costume, son accent et son goût pour le beaujolais sont globalement conservés, même lorsque le langage se modernise ou que les scénarios abordent des thématiques contemporaines. Dans l’espace urbain, des représentations sculptées ou mécaniques (horloges à automates, statues) prolongent son image au-delà de la scène.
Gnafron représente le peuple artisan lyonnais, en particulier le monde des savetiers et des travailleurs modestes liés à l’économie locale. Pour Laurent Mourguet, il incarne un compagnon de scène ancré dans la réalité sociale, capable de commenter sans détour les injustices et les travers du quotidien. Pour son époque, il est l’une des voix populaires qui s’expriment à travers le théâtre de Guignol. Pour les spectateurs et les amateurs de marionnettes, il symbolise le lien entre Lyon et le Beaujolais, la convivialité et la parole directe, souvent associée à un verre de vin. Sa présence dans les musées, statues et horloges publiques en fait aujourd’hui un marqueur culturel et patrimonial de la région.
1- Dans certaines pièces du répertoire, Gnafron est présenté comme le père de Madelon, ce qui modifie les relations familiales au sein du trio Guignol–Madelon–Gnafron.
2- À Beaujeu, une statue inaugurée en 1931 le montre debout sur un tonneau, tasse de beaujolais à la main, rappelant son rôle d’« ambassadeur » du vignoble dans l’imaginaire populaire.
3- Sur l’horloge Charvet, dite « horloge aux Guignols » à Lyon, des automates de Guignol et Gnafron frappent les cloches, ce qui inscrit le personnage dans le paysage urbain lyonnais.
4- Le nom Gnafron est directement relié au mot lyonnais « gnafre », terme familier pour désigner un savetier ou cordonnier, ancrant le personnage dans le parler local.
5- La première marionnette connue de Gnafron est conservée au Musée des arts de la marionnette à Lyon, aux côtés des figures historiques de Guignol et de Madelon.
* Créateur : Laurent Mourguet
* Interprètes (si adaptations) : marionnettistes des théâtres de Guignol (dont Louis Josserand et diverses troupes lyonnaises et bordelaises, XIXe–XXIe siècles)
* Doublage de voix : marionnettistes-guignolistes, transmission orale des voix depuis le XIXe siècle
* Première apparition : spectacles de marionnettes de Laurent Mourguet à Lyon, début du XIXe siècle (vers 1804)
* Alias ou surnoms : Gnafron le savetier, compagnon de Guignol
* Genre ou espèce : marionnette à gaine représentant un humain, savetier lyonnais