Laurent Mourguet, canut lyonnais reconverti en marionnettiste forain, né le 3 mars 1769 à Lyon et mort le 30 décembre 1844 à Vienne, est le créateur de Guignol, personnage emblématique du théâtre de marionnettes français. Issu du monde ouvrier de la soie, presque illettré, il invente par nécessité un art populaire qui devient le porte-parole du petit peuple lyonnais et reste indissociable du patrimoine culturel de sa ville deux siècles après sa mort.
Fils d'une famille de tisseurs, Laurent Mourguet exerce d'abord le métier de canut dans un contexte économique précaire. La crise de l'industrie textile qui suit la Révolution française le contraint à se reconvertir. À partir de 1793, il devient marchand forain, vendant notamment des baumes et des remèdes. Pour attirer la clientèle lors des foires, il s'empare de marionnettes à gaine, s'inspirant du répertoire italien et du personnage de Polichinelle. L'arrachage de dents, pratique alors courante chez les marchands ambulants, lui sert d'attraction ultime : tambours et facéties des poupées couvrent les cris des patients. Installé place des Célestins à Lyon, il comprend rapidement que le public local veut des histoires ancrées dans son propre quotidien. Vers 1797, il commence à se produire régulièrement comme marionnettiste.
Vers 1804, Mourguet crée Gnafron, savetier amateur de beaujolais, dont le caractère s'inspire directement de son associé Louis Josserand, père de famille nombreuse comme lui, avec qui il forme son premier duo scénique. C'est Josserand, personnage haut en couleur du milieu forain lyonnais, qui donne au personnage son goût du vin et sa faconde populaire. Vers 1808, Mourguet fait apparaître Guignol, dont les traits et le costume de canut évoquent ses propres origines. Le personnage parle le jargon des canuts, ce parler lyonnais mêlé de termes techniques du tissage et d'expressions de la rue, qui donne à ses spectacles une saveur et une vérité que nul autre registre n'aurait pu produire. Le succès est immédiat. Guignol devient le porte-parole du petit peuple, utilisant l'humour et le franc-parler pour critiquer les autorités et les injustices sociales sous le Premier Empire puis sous la Restauration. Mourguet improvise constamment à partir de l'actualité locale, ce qui rend ses spectacles subversifs et vivants. Il transmet son savoir-faire à ses enfants, notamment à sa fille Rose-Pierrette et à son fils Étienne, qui deviennent ses premiers collaborateurs. La troupe familiale itinérante se fixe progressivement dans divers théâtres lyonnais.
Laurent Mourguet grandit dans le milieu ouvrier lyonnais de la soie. Marié en 1788 à Jeanne Esterle, il élève dix enfants dans une période d'instabilité politique et économique majeure. Sa famille constitue le coeur de sa troupe : Rose-Pierrette et Étienne apprennent à ses côtés la manipulation des marionnettes et l'art de l'improvisation. Cette structure familiale permet de transmettre et de conserver un répertoire entièrement oral, Mourguet étant presque illettré et n'ayant jamais couché ses pièces par écrit. Ce sont les sociétaires du Caveau lyonnais qui, bien après sa mort, transcrivent et fixent ce répertoire pour en éviter l'affadissement. Son associé Louis Josserand, compagnon des premières années foraines, joue un rôle déterminant dans la genèse de Gnafron et dans la mise en place du duo comique qui structure les spectacles.
Sans engagement politique formel, Mourguet manifeste par son art une défense constante des opprimés et une critique des puissants. À travers Guignol, il exprime les revendications de la classe ouvrière lyonnaise, particulièrement lors des périodes de troubles sociaux. Son engagement est celui d'un humaniste populaire, utilisant le rire comme outil de résistance contre la misère. Il rassemble autour de son castelet des spectateurs de toutes conditions, faisant du théâtre de marionnettes un espace de liberté d'expression rare sous des régimes peu enclins à la tolérer.
Laurent Mourguet meurt le 30 décembre 1844 à Vienne, dans l'Isère, à 75 ans, de causes naturelles. Il s'était retiré auprès d'une de ses filles après avoir quitté Lyon en 1835. Ses obsèques se déroulent dans la simplicité, à l'image de la vie modeste qu'il mène malgré sa notoriété locale. Il est d'abord inhumé au cimetière de Vienne. Ses restes sont ensuite transférés au cimetière de Loyasse à Lyon, le principal cimetière de la ville, marquant un retour symbolique dans sa cité natale. Un monument commémoratif orné de son buste, réalisé par le sculpteur Jean-Baptiste Larrivée, est érigé à Lyon dans le quartier Saint-Georges.
Laurent Mourguet naît et fait toute sa carrière à Lyon, où il s'installe durablement place des Célestins avant de se produire dans divers théâtres de la ville. Il se retire dans la Drôme en 1835, puis à Vienne dans l'Isère où il meurt. Ses restes reposent au cimetière de Loyasse à Lyon. Un monument commémoratif lui est dédié dans le quartier Saint-Georges, dans le quartier historique des canuts et des gens de la Saône.