Résumé biographique
Créateur de l'illustre personnage de Guignol, Laurent Mourguet est le père fondateur du théâtre de marionnettes lyonnais. Canut de profession devenu saltimbanque par nécessité, il a su transformer une pratique foraine en un art populaire indissociable du patrimoine culturel français et de l'identité de sa ville natale.
Parcours
Issu d'une famille d'ouvriers de la soie, Laurent Mourguet exerce d'abord le métier de canut dans un contexte économique précaire. Suite à la crise de l'industrie textile après la Révolution française, il se reconvertit comme marchand forain et arracheur de dents. Pour attirer et distraire sa clientèle lors des foires, il commence à utiliser des marionnettes à gaine, s'inspirant initialement du répertoire italien et du personnage de Polichinelle. Installé place des Célestins à Lyon, il comprend rapidement que le public local demande des histoires qui reflètent son propre quotidien et ses préoccupations sociales. C'est dans ce cadre qu'il crée, vers 1804, le personnage de Gnafron, un savetier amateur de beaujolais, qui sert de préambule à son œuvre la plus célèbre.
En 1808, il donne naissance à Guignol, dont les traits et le costume de canut rappellent les origines de Mourguet lui-même. Le succès est immédiat : la marionnette devient le porte-parole du petit peuple lyonnais, utilisant le franc-parler et l'humour pour critiquer les autorités et les injustices sociales. Mourguet développe un répertoire riche, improvisant souvent à partir de l'actualité locale, ce qui rend ses spectacles particulièrement vivants et subversifs. Malgré l'absence d'éducation formelle, il fait preuve d'un génie dramatique certain, transmettant son savoir-faire à ses enfants. Sa troupe devient une institution familiale itinérante avant de se fixer dans divers théâtres lyonnais, pérennisant ainsi une tradition artistique qui continue de rayonner bien au-delà des frontières de la ville de Lyon deux siècles plus tard.
Repères chronologiques
1769 : Naissance le 3 mars à Lyon, au sein d'une famille de tisseurs.
1788 : Mariage avec Jeanne Esterle, avec qui il aura dix enfants.
1793 : Quitte le métier de canut pour devenir marchand forain.
1797 : Début de ses activités de marionnettiste pour attirer les clients.
1804 : Création de la marionnette Gnafron, inspirée d'un de ses associés.
1808 : Apparition officielle de Guignol dans ses spectacles de rue.
1835 : Se retire de la scène lyonnaise pour s'installer dans la Drôme.
1844 : Décès le 30 décembre à Vienne, à l'âge de 75 ans.
Vie personnelle et engagements
Laurent Mourguet a vécu une vie marquée par la solidarité familiale et la proximité avec le monde ouvrier. Marié à Jeanne Esterle, il a dû subvenir aux besoins d'une famille nombreuse dans une période d'instabilité politique majeure. Ses enfants, notamment sa fille Rose-Pierrette et son fils Étienne, ont été ses premiers collaborateurs, apprenant la manipulation des marionnettes et l'art de l'improvisation à ses côtés. Cette structure familiale a permis de sauvegarder les textes et les techniques de jeu originaux, évitant que son œuvre ne disparaisse après sa mort et assurant la transition vers les générations futures de marionnettistes.
Bien que non engagé politiquement de manière officielle, Mourguet manifestait par son art une défense constante des opprimés et une critique acerbe des puissants. À travers Guignol, il exprimait les revendications de la classe ouvrière lyonnaise, notamment lors des périodes de troubles sociaux. Son engagement était celui d'un humaniste populaire, utilisant le rire comme arme de résistance contre la misère. Il était reconnu pour sa générosité et sa capacité à rassembler les gens de toutes conditions autour de son castelet, faisant du théâtre de marionnettes un espace de liberté d'expression unique sous le Premier Empire et la Restauration.
Contexte du décès
Laurent Mourguet s'est éteint à Vienne, dans l'Isère, où il s'était retiré auprès d'une de ses filles après avoir quitté Lyon quelques années auparavant. Il est décédé de causes naturelles à l'âge de 75 ans, loin de l'agitation des foires lyonnaises qui l'avaient rendu célèbre. Ses obsèques se sont déroulées dans la simplicité, à l'image de la vie modeste qu'il avait menée malgré sa grande notoriété locale.
Où se recueillir ?
Sa sépulture originale se trouvait au cimetière de Vienne, mais ses restes ont été transférés plus tard. Un monument commémoratif avec son buste, réalisé par le sculpteur Jean-Baptiste Larrivé, a été érigé à Lyon, dans le quartier de Saint-Georges. Ce site est devenu le lieu de rassemblement privilégié pour les marionnettistes et les admirateurs souhaitant rendre hommage à sa contribution majeure aux arts du spectacle.
Anecdotes
1 - Le visage de la marionnette Guignol serait, selon la tradition orale, un autoportrait stylisé de Laurent Mourguet lui-même, reprenant ses traits ronds et son expression malicieuse.
2 - Avant de se consacrer aux marionnettes, il attirait les passants en tant qu'arracheur de dents, utilisant le bruit des tambours et les facéties de ses poupées pour couvrir les cris des patients.
3 - Bien qu'il soit considéré comme un auteur majeur, Mourguet était presque illettré et n'a jamais couché ses pièces par écrit, laissant à ses successeurs le soin de transcrire son répertoire oral.
Points clés
- Métier(s) : Marionnettiste, Canut
- Résidence principale : Lyon (France)
- Relations : Jeanne Esterle (épouse), Louis Josserand (associé)
- Enfants : Rose-Pierrette, Étienne (et huit autres)
- Distinctions : Une statue à son effigie sur la place de la Trinité à Lyon