Les frères Dalton, quartet de bandits récurrents de l'univers de Lucky Luke, incarnent depuis 1951 l'archétype du gang incompétent et hiérarchisé : quatre frères classés par ordre de taille décroissante et d'intelligence inverse, condamnés à répéter sans succès leurs tentatives d'évasion et de vengeance contre le cow-boy solitaire.
Les frères Dalton sont créés par le dessinateur belge Morris (Maurice de Bevere) et apparaissent pour la première fois en 1951 dans l'album Hors-la-loi. Dans cette première version, les quatre frères - Bob, Averell, William et Jack - sont pendus à la fin du récit. Le succès du quatuor conduit Morris, avec l'aide du scénariste René Goscinny à partir de 1955, à introduire une nouvelle génération de Dalton dans l'album Jesse James en 1956 : Joe, William, Jack et Averell, cousins des originaux. Ce sont ces quatre-là qui deviennent les antagonistes récurrents de la série jusqu'à aujourd'hui. Leur mère, Ma Dalton, apparaît en 1971 dans l'album éponyme. Le gang est directement inspiré des vrais frères Dalton, hors-la-loi américains de la fin du XIXe siècle.
Les quatre frères se distinguent par une hiérarchie visuelle immédiatement lisible : classés de Joe (le plus petit) à Averell (le plus grand), leur taille est inversement proportionnelle à leur intelligence. Joe, le chef, est rageur, calculateur, obsédé par Lucky Luke et moteur de tous les plans d'évasion. William est colérique et exécutant. Jack, le troisième, est plus effacé. Averell, le plus grand et le plus benêt, est perpétuellement affamé et incapable de comprendre les situations dans lesquelles il se trouve. Leur tenue est identique : combinaison jaune de bagnard, chapeau noir, et chaussures à semelles cloutées. Leur dynamique repose sur un ressort comique immuable : la complexité des plans de Joe se heurte systématiquement à la bêtise d'Averell, rendant toute évasion vouée à l'échec. Ma Dalton, leur mère, est une vieille dame autoritaire et respectée qu'ils craignent davantage que la justice.
1951 : première apparition des frères Dalton dans Hors-la-loi, version originale pendue en fin d'album
1956 : introduction des Dalton "cousins" récurrents (Joe, William, Jack, Averell) dans Jesse James
1960 : album Dalton City, premier album centré exclusivement sur les Dalton
1971 : apparition de Ma Dalton dans l'album éponyme Ma Dalton
1978 : série animée Lucky Luke (Hanna-Barbera), les Dalton deviennent personnages récurrents à l'écran
1983 : série animée française Lucky Luke (Belvision/FR3), nouvelle version animée des Dalton
2004 : film Les Dalton de Philippe Haïm, premier film centré exclusivement sur le gang
2007 : série animée Les Dalton sur TF1, les quatre frères deviennent les héros de leur propre série
2009 : album La Ballade des Dalton, adaptation en long métrage d'animation sorti en 2013
Dans leur première version de 1951, les Dalton de Morris sont des criminels sans rédemption possible, éliminés à la fin de l'histoire. L'introduction en 1956 d'une nouvelle génération de cousins Dalton, imaginée pour permettre leur retour sans contredire le récit originel, marque un tournant structurel : ces nouveaux Dalton sont conçus dès l'origine comme antagonistes récurrents et comiques, non comme menaces réelles. Sous la plume de Goscinny, leur caractérisation s'affine : Joe devient le personnage central, moteur dramatique et comique à la fois. Après la mort de Goscinny en 1977, plusieurs scénaristes se succèdent (Bob de Groot, Xavier Fauche, Jean Léturgie, puis Achdé au dessin), sans modifier fondamentalement les codes du quartet. En 2007, la série animée Les Dalton inverse la perspective : les quatre frères deviennent protagonistes, sortent de prison dès le début de chaque épisode et leurs aventures structurent le récit, Lucky Luke n'apparaissant plus qu'en antagoniste secondaire. Cette série marque la première fois que les Dalton existent narrativement sans Lucky Luke comme centre de gravité.
Les frères Dalton incarnent dès leur création le principe comique de la hiérarchie absurde : le pouvoir de commandement (Joe) n'est pas corrélé à la compétence réelle, et l'incompétence (Averell) est structurellement indélogeable. Ce ressort, emprunté au vaudeville et aux cartoons américains de l'époque, fonctionne comme une satire des organisations criminelles mais aussi, plus largement, de toute structure d'autorité fondée sur l'affirmation plutôt que sur le résultat. La répétition cyclique de leurs échecs renvoie à la figure du mythe de Sisyphe appliqué au banditisme : condamnés à recommencer indéfiniment, jamais punis définitivement, jamais réformés.
Dans les analyses contemporaines de la bande dessinée franco-belge, les Dalton sont régulièrement cités comme l'un des quatuors fictifs les plus reconnaissables de la culture populaire européenne. La hiérarchie taille-intelligence est devenue une référence culturelle autonome, indépendante de Lucky Luke, utilisée dans le langage courant pour désigner des équipes mal assorties. La série animée de 2007 a déplacé leur symbolique vers celle de l'underdog sympathique : le gang incompétent devient attachant précisément parce qu'il échoue toujours, ce qui transforme le regard satirique originel en complicité affectueuse avec le public enfantin.
Les Dalton ont été adaptés dans de nombreux formats depuis leur création. Au cinéma, le film Lucky Luke de Terence Hill (1991) les met en scène, suivi du film américain Lucky Luke (1994) avec Terence Hill et du film Les Dalton de Philippe Haïm (2004), avec Eric Judor, Ramzy Bedia, Saïd Taghmaoui et Guillaume Canet dans les rôles des quatre frères. En animation, ils apparaissent dans les séries Lucky Luke de Hanna-Barbera (1978), dans la série franco-belge des années 1980, puis dans leur propre série animée Les Dalton diffusée sur TF1 à partir de 2007, qui compte plus de 78 épisodes. Le long métrage d'animation La Ballade des Dalton sort en 2013. En musique, Joe Dassin popularise en 1966 la chanson Les Dalton, qui ancre définitivement les personnages dans la culture populaire française.
1- La première version des Dalton, parue en 1951 dans Hors-la-loi, est pendue à la fin de l'album. Morris a dû inventer une génération de "cousins Dalton" en 1956 pour permettre leur retour, créant ainsi l'un des retournements narratifs les plus connus de la bande dessinée belge.
2- Averell Dalton, le plus grand et le plus naïf des quatre frères, est perpétuellement obsédé par la nourriture. Ce trait de caractère, introduit dès les premières apparitions du personnage récurrent, est devenu à lui seul un ressort comique autonome exploité dans chaque album et chaque épisode animé.
3- Joe Dassin enregistre en 1966 la chanson Les Dalton, adaptation française d'un titre américain. Le succès du titre est tel qu'il contribue à installer les personnages de Morris dans la mémoire collective française bien au-delà du seul lectorat de bandes dessinées.
4- Dans le film Les Dalton sorti en 2004, les quatre frères sont incarnés par Eric Judor (Joe), Ramzy Bedia (Averell), Saïd Taghmaoui (Jack) et Guillaume Canet (William). C'est le premier long métrage de fiction centré exclusivement sur le gang, sans Lucky Luke comme personnage principal.
5- Les vrais frères Dalton, qui ont inspiré Morris, étaient un gang américain actif dans les années 1890, tués ou capturés lors de leur tentative de braquer deux banques simultanément à Coffeyville, Kansas, en octobre 1892. Morris a conservé les prénoms mais transformé radicalement leur histoire.
- Créateur(s) : Morris (dessin), René Goscinny (scénario à partir de 1955)
- Interprètes (film 2004) : Eric Judor, Ramzy Bedia, Saïd Taghmaoui, Guillaume Canet
- Première apparition : Hors-la-loi, Morris, 1951 (version originale) ; Jesse James, 1956 (version récurrente)
- Alias ou surnoms : les quatre frères, Joe / William / Jack / Averell
- Genre ou espèce : personnages fictifs humains, univers western humoristique