Résumé biographique

L'humoriste provocateur Professeur Choron, de son vrai nom Georget Bernier, a dynamité la presse satirique française. Co-fondateur de Hara-Kiri et de Charlie Hebdo, il a imposé un humour "bête et méchant", brisant les tabous avec une insolence restée légendaire.


Parcours

Georget Bernier connaît une jeunesse marquée par la guerre et les difficultés économiques. Après avoir été colporteur de journaux et avoir servi comme parachutiste durant la guerre d'Indochine, il intègre la presse en tant que chef des ventes. Sa rencontre avec François Cavanna en 1960 est le tournant de sa vie. Ensemble, ils fondent le mensuel Hara-Kiri, un titre qui révolutionne la satire en France par son ton provocateur et ses couvertures iconiques. Choron y incarne le personnage du "Professeur", délivrant des conseils absurdes et souvent obscènes. En 1970, suite à l'interdiction de Hara-Kiri Hebdo après une couverture sur la mort du général de Gaulle, il participe activement au lancement de Charlie Hebdo. Son rôle est alors autant éditorial que financier, multipliant les acrobaties de gestion pour maintenir les titres à flot malgré les procès fréquents.

Durant les années 1980, après la disparition de Charlie Hebdo (première formule), il lance d'autres publications éphémères comme Grodada ou La Mouise, ce dernier étant vendu par des sans-abris. Parallèlement à la presse, Choron s'illustre à la télévision, notamment dans l'émission Droit de réponse de Michel Polac, où ses interventions alcoolisées et ses provocations créent des scandales mémorables. Il s'essaie également à la chanson avec des titres parodiques et décalés. Malgré les faillites successives et une marginalisation croissante dans le paysage médiatique des années 1990, il reste fidèle à sa ligne de conduite libertaire, refusant toute forme de censure ou de politesse bourgeoise. Figure de proue de la contre-culture, il a influencé des générations d'humoristes et de dessinateurs, restant jusqu'au bout l'incarnation d'une liberté d'expression radicale et sans concession.


Repères chronologiques

1929 : Naissance le 21 septembre à La Neuville-aux-Bois (Marne).
1947 : Engagement dans les troupes parachutistes en Indochine.
1960 : Création du magazine mensuel Hara-Kiri avec François Cavanna.
1961 : Première interdiction de paraître pour le magazine Hara-Kiri.
1969 : Lancement de la version hebdomadaire de Hara-Kiri Hebdo.
1970 : Publication de la une célèbre "Bal tragique à Colombey - un mort".
1970 : Cofondateur et directeur de la publication de Charlie Hebdo.
1975 : Création de l'éphémère Surprise, magazine de bande dessinée.
1981 : Arrêt de la parution hebdomadaire de Charlie Hebdo.
1986 : Sortie de l'album de chansons Boum boum sur la piste.
1988 : Création du journal pour enfants Grodada.
1992 : Relance de Charlie Hebdo (il ne participe pas à l'équipe de Val).
1993 : Lancement de La Mouise, journal de soutien aux indigents.
1996 : Publication de ses mémoires intitulées Vous n'êtes que des cons.
2005 : Décès le 10 janvier à Paris à l'âge de 75 ans.


Vie personnelle et engagements

Georget Bernier est le fils d'un garde-barrière décédé prématurément. Il est le père de la comédienne Michèle Bernier, née de son union avec Odile Vaudelle. Sa vie privée fut indissociable de sa vie professionnelle, ses bureaux servant souvent de lieu de vie et de fête permanente pour l'équipe de Hara-Kiri. Personnage haut en couleur, il cultivait une image de fêtard invétéré, amateur de bons vins et de chansons grivoises. Malgré l'image brutale de son personnage public, ses proches décrivaient un homme d'une grande fidélité en amitié, capable de se ruiner pour soutenir ses collaborateurs et ses projets éditoriaux les plus fous.

Son unique engagement véritable fut celui de la liberté d'expression absolue et du refus de toutes les autorités, qu'elles soient politiques, religieuses ou morales. Il entretenait des liens étroits avec les dessinateurs Reiser, Cabu, Wolinski et Gébé, qu'il considérait comme des membres de sa famille. Anti-conformiste radical, il ne s'est jamais rangé derrière un parti politique, préférant le rôle de l'anarchiste individuel. Ses passions incluaient le jeu, les sorties nocturnes et la mise en scène de photos décalées pour ses journaux. Il voyait dans le rire, même le plus gras, l'arme ultime contre la bêtise humaine et l'oppression sociale, vivant son existence comme une longue performance satirique.


Contexte du décès

Le Professeur Choron décède le 10 janvier 2005 à l'hôpital Necker de Paris. La cause du décès est une anémie sévère consécutive à une longue maladie qu'il a affrontée avec son cynisme habituel. Ses obsèques ont lieu au cimetière de Montparnasse, suivies par une foule de fidèles, de dessinateurs de presse et de personnalités de l'humour comme Guy Bedos. Sa fille Michèle Bernier a salué sa mémoire par une cérémonie empreinte d'émotion et de sourires. François Cavanna a rendu hommage à son "frère de combat", soulignant que le monde perdait l'un de ses plus grands emmerdeurs. Un hommage posthume lui a été rendu par la rédaction de Charlie Hebdo via un numéro spécial.


Lieux de référence

Le Professeur Choron repose au cimetière de Montparnasse à Paris (26ème division), dans la tombe de sa compagne Odile Vaudelle. Une plaque commémorative a été apposée au 4 rue Montholon, dans le 9ème arrondissement de Paris, siège historique des éditions Square et de Hara-Kiri. Ce quartier reste intimement lié à l'épopée de la presse satirique des années 1960 et 1970 dont il fut l'un des piliers les plus bruyants.


Anecdotes

1 - Le nom de scène "Professeur Choron" provient de la rue Choron à Paris, où se trouvaient les premiers locaux de Hara-Kiri ; Bernier s'était autoproclamé professeur pour donner un vernis d'autorité dérisoire à ses conseils absurdes.
2 - Choron était connu pour ses méthodes de vente "à l'arraché" : dans sa jeunesse, il n'hésitait pas à entrer dans les cafés et à harceler les clients jusqu'à ce qu'ils achètent ses journaux par lassitude ou par amusement.
3 - Lors de l'interdiction de Hara-Kiri Hebdo en 1970, c'est lui qui eut l'idée de génie de créer immédiatement un nouveau titre, Charlie Hebdo, pour contourner la censure tout en gardant la même équipe de dessinateurs.
4 - Grand amateur de canulars téléphoniques, il passait parfois des heures à appeler des administrations ou des personnalités en se faisant passer pour un ministre ou un policier, enregistrant le tout pour en faire des articles ou des sketches.


Points clés

- Métier(s) : Humoriste, éditeur, directeur de presse
- Résidence principale : Paris (France)
- Relations de couple : Odile Vaudelle (compagne)
- Enfants : Michèle Bernier
- Distinctions : Aucune (refus systématique des honneurs officiels)