Cette année marque le 20ᵉ anniversaire de sa disparition.
André Darricau, dit Darry Cowl, est un acteur, musicien et humoriste français né le 27 août 1925 à Vittel, dont le personnage bégayant d'ahuri lui valut une consécration tardive : le César du meilleur second rôle en 2004 pour Pas sur la bouche d'Alain Resnais.
André Darricau grandit à Vittel puis à Bordighera, en Italie, avant de revenir à Paris où il s'inscrit au lycée Voltaire. Après une grave blessure à la hanche lors d'une demi-finale du championnat de France de pelote basque, il se tourne vers la musique et entre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, dont il sort lauréat des prix d'harmonie et de composition. Contraint de gagner sa vie, il travaille comme pianiste accompagnateur dans divers cabarets parisiens, notamment aux Trois Baudets, où il côtoie Robert Lamoureux. Un soir que ce dernier est en retard, le patron de la salle lui demande d'improviser : Cowl fait tant rire le public que Lamoureux, arrivé ensuite, essuie un bide. C'est cette soirée accidentelle qui lance sa carrière comique. Il affine dans les cabarets un personnage d'ahuri bégayant et zozotant, défaut réel remontant à une frayeur d'enfance, qu'il cultive et transforme en marque de fabrique.
Sacha Guitry le remarque et l'engage pour ses deux derniers films, Assassins et Voleurs et Les Trois Font la paire (1957). La même année, le réalisateur Jacques Pinoteau lui offre le premier rôle du Triporteur, qui rassemble près de cinq millions de spectateurs. Durant trois décennies, il tourne jusqu'à cinq films par an, souvent des comédies légères qu'il accepte pour renflouer des dettes de jeu. Il collabore ponctuellement avec des réalisateurs plus exigeants : Philippe de Broca, Michel Audiard et Jean-Pierre Mocky. En 1963, le producteur Jules Borkon lui propose d'écrire, réaliser et interpréter Jaloux comme un tigre (1964), avec Jean Poiret, Michel Serrault, Francis Blanche, Jean Yanne et Jean Richard. Sa renaissance artistique intervient dans les années 1990 : Molière du comédien dans un second rôle en 1995 pour deux pièces de Georges Feydeau, César d'honneur en 2001, puis César du meilleur second rôle en 2004 pour Pas sur la bouche d'Alain Resnais, où il incarne Madame Foin.
1925 : naissance d'André Darricau le 27 août à Vittel (Vosges), dans des circonstances familiales tenues secrètes
1939 : promesse scoute en avril à Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant, à Paris
1945 : études musicales au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, prix d'harmonie et de composition
1950 : premiers sketchs dans les cabarets parisiens, notamment aux Trois Baudets ; création du personnage d'ahuri bégayant
1953 : premières apparitions au théâtre, dont Hamlet de Tarascon au Théâtre La Bruyère
1955 : débuts au cinéma dans Quatre Jours à Paris d'André Berthomieu
1957 : Sacha Guitry l'engage dans Assassins et Voleurs ; triomphe populaire du Triporteur de Jacques Pinoteau avec près de cinq millions d'entrées
1964 : réalisation de Jaloux comme un tigre, seul film qu'il écrit, réalise et interprète
1966 : mariage avec Rolande Ségur
1986 : publication de son premier livre de souvenirs, Le Flambeur, chez Robert Laffont
1995 : Molière du comédien dans un second rôle pour deux pièces de Georges Feydeau mises en scène par Bernard Murat
2001 : César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière lors de la 26e cérémonie des César
2004 : César du meilleur acteur dans un second rôle pour Pas sur la bouche d'Alain Resnais ; rétrospective d'une vingtaine de films à la Cinémathèque française en janvier
2005 : publication de Mémoires d'un canaillou aux Editions no 1 ; nommé à l'ordre des Arts et des Lettres en janvier 2006
2006 : décès le 14 février à Neuilly-sur-Seine des suites d'un cancer du poumon
André Darricau est le fils d'un médecin de la haute bourgeoisie basque et d'une maîtresse de ce dernier. L'épouse légitime, Louise Darricau, simule une grossesse et élève l'enfant. Ce n'est qu'à l'adolescence que l'acteur apprend la vérité sur sa naissance, sans jamais connaitre l'identité de sa mère biologique. Il passe une partie de son enfance à Bordighera puis à Paris, où il fait du scoutisme avec son frère Albert. Il se marie une première fois avec Nelly Marcon, union brève d'un an. En 1966, il épouse l'actrice Rolande Ségur, avec laquelle il partage cinquante ans de vie. Il est le père d'un fils et le grand-père du sculpteur Matthieu Robert-Ortis.
Darry Cowl entretient des amitiés durables avec Jacques Balutin, avec qui il devait partager la scène en 2005, et avec Michel Legrand, qui témoigne de son humour dans plusieurs hommages. Sa passion des jeux d'argent, revendiquée dans ses mémoires, le conduit à accepter de nombreux rôles alimentaires. Parallèlement, il ne cesse de pratiquer le piano et compose des chansons pour Brigitte Bardot, Eddy Mitchell et Annie Cordy. Il est nommé à l'ordre des Arts et des Lettres en janvier 2006. A partir de 2006, l'association Vive Darry, présidée par Rolande Ségur et dont François Rollin est secrétaire général, décerne annuellement un prix à un artiste pluridisciplinaire.
Darry Cowl meurt le 14 février 2006 à son domicile de Neuilly-sur-Seine, 4 rue Edouard-Nortier, des suites d'un cancer du poumon diagnostiqué dès 2005. La nouvelle est annoncée par son épouse Rolande Ségur à l'Associated Press. L'incinération se tient au crématorium du cimetière du Père-Lachaise en présence des acteurs Jacques Balutin, Jean Reno, Bernard Haller, Gérard Hernandez, Danièle Evenou, Edouard Baer, Pierre Mondy et Patrick Chesnais, ainsi que du chanteur Francis Lalanne. Le Monde et Libération lui consacrent des nécrologies les 15 et 16 février 2006.
Les cendres de Darry Cowl reposent au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine (division 12), où elles sont inhumées en septembre 2006 après un passage au crématorium du Père-Lachaise. Une salle porte son nom à Neuilly-sur-Seine depuis novembre 2011. Le prix Darry Cowl, décerné annuellement par l'association Vive Darry, perpétue sa mémoire dans le monde du spectacle.
1 - Son bégaiement légendaire n'était pas une invention scénique : il résulte d'une frayeur subie à l'âge de six ans, lorsqu'une gouvernante le maintint dans le vide au-dessus du troisième étage d'un immeuble après une mauvaise plaisanterie faite à sa grand-mère.
2 - Son pseudonyme "Darry Cowl" sonnait à ses oreilles comme "music-hall" et rendait hommage à son ancêtre le général Augustin Darricau, ce qu'il confia à Jacques Chancel dans l'émission Le Grand Echiquier.
3 - Aux Trois Baudets vers 1950, il décrit son premier numéro : "J'arrivais, je regardais le public, et j'étendais du linge sur un fil. D'abord sur scène, ensuite dans la salle. C'était tout, un quart d'heure." L'effet reposait sur le silence, sans dialogue.
4 - Pour Jaloux comme un tigre (1964), son seul film de réalisateur, il rassemble en un mois Jean Poiret, Michel Serrault, Francis Blanche, Jean Yanne et Jean Richard pour éponger des dettes de jeu : le film n'attire que 700 000 spectateurs.
5 - Evoqué dans Je me souviens de Georges Perec, il figure au 157e rang des 480 souvenirs cités par l'auteur, trace inattendue de sa présence dans la mémoire collective des années 1950-1960.
6 - En 2004, à l'annonce de la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque française, il commente l'hommage de cette formule : "C'est quand même pas tout à fait mon monde", rapportée par Antoine de Baecque dans Libération du 9 janvier 2004.
- Métier(s) : acteur, musicien, humoriste, compositeur
- Résidence principale : Neuilly-sur-Seine
- Relations de couple : Nelly Marcon (mariage bref, années 1940) ; Rolande Ségur (mariage 1966, jusqu'au décès en 2006)
- Enfants : un fils (identité non rendue publique)
- Distinctions : Molière du comédien dans un second rôle (1995) ; César d'honneur (2001) ; César du meilleur acteur dans un second rôle pour Pas sur la bouche (2004) ; nommé à l'ordre des Arts et des Lettres (janvier 2006)
Un vrai joueur est un maso.
— Mémoires d'un canaillou, Editions no 1, 2005
C'est quand même pas tout à fait mon monde.
— Libération, 9 janvier 2004 (propos rapportés par Antoine de Baecque lors de la rétrospective à la Cinémathèque française)
Le public ressemble à une femme : on ne le trompe pas impunément.
— Dicocitations (déclaration attribuée, source primaire exacte non retrouvée)
Je me demande sérieusement ce que j'aurais pu faire si je n'étais pas venu au monde.
— Mémoires d'un canaillou, Editions no 1, 2005 (cité par La DH, 27 août 2005)
Pour un instrumentiste, un concertiste, il y a une limite dans les progrès que l'on peut accomplir, en revanche, dans la comédie, c'est illimité.
— citation-celebre.com (déclaration attribuée, source primaire exacte non retrouvée)
Un vrai joueur est un maso.
Le public ressemble à une femme : on ne le trompe pas impunément.
Gagner sa vie en jouant du piano, c'est savoir compter sur ses doigts.
L'esprit humain est comme un parapluie : il marche mieux lorsqu'il est ouvert.
Pour un instrumentiste, un concertiste, il y a une limite dans les progrès que l'on peut accomplir, en revanche, dans la comédie, c'est illimité.