Alain Resnais figure parmi les cinéastes français les plus inventifs du XXe siècle, reconnu pour avoir révolutionné le montage cinématographique et la narration temporelle. De Hiroshima mon amour à Vous n'avez encore rien vu, son œuvre explore la mémoire, le temps et les méandres de la conscience humaine avec une rigueur formelle unique.
Alain Resnais débute sa carrière par des courts métrages documentaires remarqués dans l'immédiat après-guerre. Van Gogh (1948) lui vaut un Oscar, tandis que Nuit et Brouillard (1956), œuvre pionnière sur les camps de concentration nazis, bouleverse la représentation cinématographique de la Shoah. Ces films témoignent déjà de sa capacité à marier rigueur documentaire et innovation formelle. L'IDHEC, qu'il fréquente brièvement, ne lui convient pas : il préfère se former en autodidacte, multipliant les rencontres avec photographes, écrivains et artistes qui nourriront sa réflexion esthétique.
Son premier long métrage Hiroshima mon amour (1959), écrit par Marguerite Duras, marque un tournant dans l'histoire du cinéma moderne par son traitement fragmenté du temps et de la mémoire. L'Année dernière à Marienbad (1961), sur un scénario d'Alain Robbe-Grillet, radicalise cette approche et divise la critique. Suivent Muriel ou le Temps d'un retour (1963), La Guerre est finie (1966) avec Yves Montand, puis Je t'aime, je t'aime (1968), expérience de science-fiction sur la mémoire. Après une pause, il revient avec Stavisky (1974), Providence (1977) en anglais avec John Gielgud, Mon oncle d'Amérique (1980) intégrant les théories d'Henri Laborit, et La Vie est un roman (1983). Sa filmographie tardive comprend Mélo (1986), Smoking/No Smoking (1993) d'après Alan Ayckbourn, On connaît la chanson (1997) qui popularise l'utilisation de playback musical, Pas sur la bouche (2003), Cœurs (2006), Les Herbes folles (2009) et Vous n'avez encore rien vu (2012). Son dernier film, Aimer, boire et chanter, sort en 2014.
1922 : Naissance à Vannes
1948 : Oscar pour le court métrage Van Gogh
1956 : Nuit et Brouillard, documentaire sur les camps nazis
1959 : Hiroshima mon amour, premier long métrage
1961 : L'Année dernière à Marienbad, Lion d'or à Venise
1980 : Mon oncle d'Amérique, Grand Prix du jury à Cannes
1993 : Smoking/No Smoking, César du meilleur réalisateur
1997 : On connaît la chanson, succès public
2009 : Prix spécial du jury à Cannes pour Les Herbes folles
2014 : Décès à Paris
Né dans une famille de la bourgeoisie bretonne, fils d'un pharmacien et d'une mère issue d'une lignée d'éditeurs, Alain Resnais grandit entre Vannes et Paris. Passionné de bande dessinée dès l'enfance, il conserve toute sa vie un intérêt prononcé pour le 9e art, constituant une collection considérable. Il épouse Florence Malraux, monteuse et fille d'André Malraux, en 1969, union qui dure jusqu'au décès de celle-ci en 2001. En 2002, il se remarie avec la costumière et réalisatrice Sabine Azéma, sa compagne depuis les années 1980 et actrice fétiche présente dans douze de ses films. Grand amateur de théâtre, il assiste régulièrement à des représentations et entretient des amitiés durables avec des dramaturges comme Alan Ayckbourn.
Discret sur ses convictions politiques, Alain Resnais signe néanmoins des manifestes contre la guerre d'Algérie et soutient ponctuellement des causes progressistes. Son engagement se manifeste surtout à travers ses œuvres, notamment Nuit et Brouillard et La Guerre est finie. Il compte parmi ses amis proches Chris Marker, Agnès Varda, Jorge Semprún et Henri Colpi. Perfectionniste obsessionnel, il prépare méticuleusement chaque plan, travaille avec des story-boards précis et refuse l'improvisation sur le plateau. Malgré sa stature de cinéaste majeur, il conserve une grande modestie et se tient à l'écart de la vie mondaine parisienne.
Alain Resnais décède le 1er mars 2014 à Paris, à l'âge de 91 ans, des suites d'une insuffisance cardiaque. Il s'éteint à l'hôpital sans avoir pu achever un nouveau projet de film sur lequel il travaillait encore quelques semaines auparavant. Ses obsèques se déroulent dans l'intimité familiale. De nombreux hommages saluent alors l'un des derniers grands maîtres du cinéma français d'après-guerre. Le monde du cinéma rend hommage à son exigence formelle, à son innovation narrative constante et à sa capacité à réinventer son art jusqu'à ses derniers films.
Alain Resnais repose au cimetière du Montparnasse à Paris, lieu où sont également inhumés de nombreux artistes et intellectuels qu'il admirait. Son appartement parisien, situé dans le 6e arrondissement, abritait sa vaste collection de bandes dessinées. Il travaillait régulièrement dans les studios de Boulogne-Billancourt pour le montage de ses films. Vannes, sa ville natale bretonne, demeure associée à ses origines et à son enfance.
Alain Resnais lisait des bandes dessinées entre chaque prise sur ses tournages, affirmant que cela l'aidait à se détendre et à maintenir sa concentration. Cette passion pour le 9e art l'amenait à posséder plusieurs milliers d'albums soigneusement archivés.
Il refusait systématiquement de regarder les rushes quotidiens durant les tournages, préférant découvrir les images uniquement lors du montage final. Cette méthode inhabituelle déconcertait parfois ses équipes techniques mais correspondait à sa vision très architecturale du cinéma.
Hypocondriaque notoire, il exigeait que la température sur les plateaux soit maintenue à exactement 20 degrés Celsius et emportait toujours avec lui une petite trousse de premiers secours. Ses acteurs évoquent sa courtoisie extrême et son habitude de leur offrir du thé entre les prises.
Pour L'Année dernière à Marienbad, il interdit aux acteurs de discuter entre eux de leurs interprétations du scénario d'Alain Robbe-Grillet, souhaitant préserver l'ambiguïté fondamentale du film. Delphine Seyrig et Giorgio Albertazzi ne partagèrent donc jamais leurs compréhensions respectives de l'intrigue.
Grand amateur de chats, il en possédait plusieurs qui vivaient dans son appartement parisien. Il refusait pourtant de les faire apparaître dans ses films, considérant que leur présence à l'écran était devenue un cliché cinématographique qu'il ne voulait pas reproduire.
Le cinéma est un cimetière vivant.
Que tous les peuples fassent du spectacle m'étonne. Il y a là un mystère pour lequel je n'ai pas d'explication.
Dès que l'on descend dans l'inconscient, l'émotion naît. Et le cinéma ne devrait être qu'un montage d'émotions.
Le cinéma est un cimetière vivant.
Que tous les peuples fassent du spectacle m'étonne. Il y a là un mystère pour lequel je n'ai pas d'explication.
Dès que l'on descend dans l'inconscient, l'émotion naît. Et le cinéma ne devrait être qu'un montage d'émotions.