Delphine Seyrig est une actrice et réalisatrice française née à Beyrouth en 1932, révélée par L'Année dernière à Marienbad puis engagée dans la vidéo féministe. Elle incarne le rôle-titre de Jeanne Dielman, film élu meilleur film de tous les temps par Sight and Sound en 2022.
Delphine Claire Beltiane Seyrig naît le 10 avril 1932 à Beyrouth, alors sous mandat français. Son père, Henri Seyrig, archéologue, dirige le service des Antiquités du Liban ; sa mère, Hermine de Saussure, navigatrice suisse et spécialiste de Jean-Jacques Rousseau, descend de la famille du linguiste Ferdinand de Saussure. Son frère aîné, Francis Seyrig, deviendra compositeur. Après une enfance partagée entre le Liban, la Suisse et les États-Unis, Delphine Seyrig renonce au baccalauréat à dix-sept ans pour étudier le théâtre à l'EPJD, aux côtés de Philippe Noiret, Laurent Terzieff et Michael Lonsdale. Elle rejoint ensuite la Comédie de Saint-Étienne dirigée par Jean Dasté, où elle interprète Chérubin dans Le Mariage de Figaro. Partie à New York avec son mari, le peintre Jack Youngerman, et leur fils Duncan, elle suit les cours de Lee Strasberg à l'Actors Studio. C'est là qu'Alain Resnais la remarque en 1959 et lui confie, en 1961, le rôle principal de L'Année dernière à Marienbad.
Sa carrière se déploie ensuite auprès de cinéastes tels que François Truffaut, qui lui offre le rôle de Fabienne Tabard dans Baisers volés, Luis Buñuel pour Le Charme discret de la bourgeoisie, et Jacques Demy, qui l'habille en fée des lilas dans Peau d'Âne aux côtés de Catherine Deneuve. En 1963, elle reçoit la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise pour Muriel ou le temps d'un retour, d'Alain Resnais. Au théâtre, elle collabore durablement avec le metteur en scène Claude Régy, notamment sur des pièces d'Harold Pinter. À partir de 1974, initiée à la vidéo légère par Carole Roussopoulos, elle fonde avec cette dernière et Ioana Wieder le collectif Les Insoumuses, puis, en 1982, le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir. Marguerite Duras et Chantal Akerman lui confient respectivement India Song et Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles en 1975, année qui lui vaut le premier de ses trois César de la meilleure actrice, suivi de récompenses pour Repérages et Chère inconnue.
À partir de 1971, l'engagement féministe de Delphine Seyrig prend une tournure judiciaire. Elle signe le Manifeste des 343, par lequel 343 femmes déclarent publiquement avoir avorté, acte alors passible de poursuites pénales en France. L'année suivante, lors du procès de Bobigny, elle dépose à la défense aux côtés de l'avocate Gisèle Halimi et de Simone de Beauvoir, en soutien à une adolescente poursuivie pour avortement. La première démonstration publique en France de la méthode Karman se déroule dans son appartement, en présence de militantes du Mouvement de libération des femmes et du psychologue américain Harvey Karman. Cet engagement, qui contribue à la légalisation de l'avortement en 1975, lui coûte la collaboration de certains metteurs en scène.
1932 : naissance à Beyrouth, le 10 avril
1950 : abandon du baccalauréat pour étudier le théâtre
1952 : premier rôle à la Comédie de Saint-Étienne
1956 : installation à New York avec Jack Youngerman et leur fils Duncan
1959 : premier rôle au cinéma dans Pull My Daisy
1961 : révélation internationale avec L'Année dernière à Marienbad
1963 : Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine pour Muriel
1971 : signe le Manifeste des 343
1972 : dépose au procès de Bobigny
1973 : tourne Chacal, nommée au British Academy Film Award
1974 : rencontre Carole Roussopoulos et s'initie à la vidéo
1975 : tourne India Song et Jeanne Dielman, cofonde Les Insoumuses
1976 : César de la meilleure actrice pour India Song
1982 : cofonde le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir
1990 : mort à Paris, le 15 octobre
Delphine Seyrig grandit entre Beyrouth, où son père, l'archéologue Henri Seyrig, dirige le service des Antiquités du Liban, et New York, où la famille s'installe en 1942 lorsqu'il devient envoyé de la France libre. Sa mère, la navigatrice suisse Hermine de Saussure, lui transmet une éducation cosmopolite. Elle est scolarisée au Collège protestant français de Beyrouth puis au Collège Cévenol en Haute-Loire et au Collège Sévigné à Paris. Dans les années 1950, elle épouse le peintre américain Jack Youngerman, dont elle a un fils, Duncan, né en 1956, avant de divorcer. Dans les dernières années de sa vie, elle partage celle de l'acteur Sami Frey.
À New York, elle fréquente la communauté de peintres amis de son mari, dont Ellsworth Kelly, Robert Rauschenberg et Jasper Johns, et croise occasionnellement Marilyn Monroe aux cours de Lee Strasberg. Formée à Paris auprès de Roger Blin, Pierre Bertin et Tania Balachova, elle compte parmi ses camarades de classe Philippe Noiret et Laurent Terzieff. Selon les mémoires de Michael Lonsdale, publiées en 2016, celui-ci resta profondément attaché à elle toute sa vie. Delphine Seyrig s'engage activement pour les droits des femmes au cinéma et cofonde, avec Carole Roussopoulos et Ioana Wieder, le collectif vidéo Les Insoumuses, puis le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir.
Delphine Seyrig meurt d'un cancer du poumon le 15 octobre 1990, dans un hôpital du 10e arrondissement de Paris, à l'âge de 58 ans, ainsi que l'atteste son acte de décès officiel. Les modalités de la cérémonie funéraire n'ont pas été rendues publiques dans les sources consultées. En 2022, plus de trente ans après sa mort, la reconnaissance de son travail se renouvelle lorsque Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles, film dans lequel elle tient le rôle-titre, est élu meilleur film de tous les temps par le classement de la revue britannique Sight and Sound, avant qu'un mouvement de redécouverte se poursuive sur les réseaux sociaux.
Delphine Seyrig est inhumée au cimetière du Montparnasse, à Paris, division 15, face à la tombe de Charles Baudelaire. Dans le 19e arrondissement de la capitale, une rue et une station de la ligne de tramway T3b portent son nom. En 2022, la grande salle du Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, où elle s'était produite en 1981, est rebaptisée en son honneur.
1 - La musique hypnotique de L'Année dernière à Marienbad, enregistrée à l'orgue de l'Oratoire du Louvre par Marie-Louise Girod, est signée Francis Seyrig, élève de Messiaen et frère aîné de l'actrice qu'elle propulse au rang de figure internationale du cinéma.
2 - En 1956, à vingt-quatre ans, Delphine Seyrig accorde sa toute première interview radiophonique sur les ondes nationales, dans l'émission Choisissez votre rôle, où elle interprète déjà des extraits de Giraudoux et de Shakespeare d'une voix envoûtante.
3 - La Bibliothèque Marguerite Durand, à Paris, conserve huit cartons d'archives personnelles de Delphine Seyrig couvrant la période 1954-1985 : revues féministes, tracts et correspondance de son engagement au sein du Mouvement de libération des femmes.
4 - Dans Baisers volés, Truffaut fait dire à son personnage « Je ne suis pas une apparition, je suis une femme ». La phrase deviendra, en 2023, le titre d'un essai que Virginie Apiou consacre à l'actrice aux éditions Actes Sud.
5 - En 1990, Delphine Seyrig enregistre, en tant que récitante, Les Chansons de Bilitis de Claude Debussy aux côtés du Nash Ensemble ; paru en 1991, l'album lui est dédié à titre posthume, elle meurt avant sa sortie.
6 - Lors d'un entretien accordé au cinéaste Claude Lanzmann en 1970, Delphine Seyrig refuse de s'attarder sur sa vie privée et affirme que seul son travail d'actrice mérite l'attention du public.
- Métier(s) : actrice, réalisatrice
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Jack Youngerman (mariage, divorce), Sami Frey (compagnon)
- Enfants : un fils, Duncan, né en 1956
- Distinctions : Coupe Volpi 1963, trois César de la meilleure actrice ou de la meilleure actrice dans un second rôle, Molière de la comédienne 1988
10 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.