Jeanne Moreau, actrice, chanteuse et réalisatrice française née le 23 janvier 1928 à Paris, est l'une des figures centrales de la Nouvelle Vague, révélée par Louis Malle en 1958 dans Ascenseur pour l'échafaud et consacrée par François Truffaut dans Jules et Jim en 1962.
Née le 23 janvier 1928 dans le 10e arrondissement de Paris, Jeanne Moreau grandit entre la capitale et Vichy, puis à Mazirat, berceau familial paternel dans l'Allier. Son père, Anatole-Désiré Moreau, gère une brasserie parisienne ; sa mère, Kathleen Buckley, danseuse britannique née à Blackpool, se produisit aux Folies Bergère avant de rejoindre la troupe de Joséphine Baker. En 1946, Jeanne Moreau intègre le Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris, après avoir suivi en secret les cours de Denis d'Inès, doyen de la Comédie-Française. En 1947, elle débute au premier Festival d'Avignon sous la direction de Jean Vilar, et entre à la Comédie-Française comme pensionnaire. Son rôle dans Les Caves du Vatican d'André Gide en 1950 lui vaut la couverture de Paris Match. En 1952, elle quitte la Comédie-Française pour le Théâtre national populaire de Jean Vilar, où elle côtoie Gérard Philipe, puis s'oriente vers la scène privée avec le théâtre Antoine.
En 1956, Jeanne Moreau rencontre le réalisateur Louis Malle lors des répétitions de La Chatte sur un toit brûlant de Tennessee Williams, mis en scène par Peter Brook. Ce rapprochement débouche sur Ascenseur pour l'échafaud (1958), puis Les Amants (1958), film qui fait scandale mais lui ouvre les portes du cinéma international. Le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 1960 pour Moderato cantabile, adapté de Marguerite Duras, confirme sa position. En 1962, François Truffaut lui confie le rôle de Catherine dans Jules et Jim. S'enchaînent les collaborations avec Michelangelo Antonioni pour La Nuit (1961), Orson Welles pour Le Procès (1962) et Falstaff (1965), Luis Buñuel pour Le Journal d'une femme de chambre (1964), Joseph Losey, Jacques Demy, Rainer Werner Fassbinder pour Querelle (1982), Wim Wenders et Luc Besson pour Nikita (1990). Encouragée par Welles, elle réalise deux films : Lumière (1976) et L'Adolescente (1979). En 1992, elle obtient le César de la meilleure actrice pour La Vieille qui marchait dans la mer.
1928 : naissance le 23 janvier à Paris, 10e arrondissement
1946 : intègre le Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris
1947 : débuts au premier Festival d'Avignon sous Jean Vilar ; entre à la Comédie-Française
1950 : rôle remarqué dans Les Caves du Vatican d'André Gide à la Comédie-Française
1952 : rejoint le Théâtre national populaire de Jean Vilar
1958 : révélation internationale avec Ascenseur pour l'échafaud et Les Amants de Louis Malle
1960 : prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes pour Moderato cantabile
1962 : rôle de Catherine dans Jules et Jim de François Truffaut
1975 : préside pour la première fois le jury du Festival de Cannes
1976 : réalise son premier long métrage, Lumière
1988 : Molière de la comédienne pour Le Récit de la servante Zerline
1992 : César de la meilleure actrice pour La Vieille qui marchait dans la mer
1995 : préside pour la deuxième fois le jury du Festival de Cannes ; César d'honneur
1998 : Oscar d'honneur remis par Sharon Stone à Los Angeles
2000 : première femme élue à l'Académie des beaux-arts de l'Institut de France
2017 : décès le 31 juillet à Paris, à l'âge de 89 ans
Fille d'un cafetier auvergnat et d'une danseuse anglaise, Jeanne Moreau achève ses études secondaires au lycée Edgar Quinet à Paris avant d'intégrer le Conservatoire en 1946. En 1949, elle épouse le comédien et réalisateur Jean-Louis Richard, de qui elle divorce dès 1951 et dont elle a son unique fils, Jérôme, né en 1949. Elle se marie une seconde fois en 1977 avec le réalisateur américain William Friedkin, cinéaste de French Connection et de L'Exorciste ; leur union dure deux ans. Elle entretient par ailleurs une longue liaison avec le couturier Pierre Cardin, de 1961 à 1965 environ, que les deux décrivent comme un amour profond.
Engagée à gauche, Jeanne Moreau soutient la candidature d'Anne Hidalgo à la mairie de Paris en 2014. Dans les années 1990, elle se passionne pour le bouddhisme après avoir lu Le Livre tibétain de la vie et de la mort de Sogyal Rinpoché. Elle noue des amitiés durables avec Orson Welles, avec l'écrivaine Patricia Highsmith, rencontrée lors de la pièce La Chevauchée sur le lac de Constance en 1973, et avec Anaïs Nin, présentée par l'écrivain Henry Miller. En 2005, elle fonde Les Ateliers d'Angers, école de cinéma pour jeunes réalisateurs européens, liée au festival Premiers Plans dont elle assure la direction artistique depuis 2003.
Jeanne Moreau est retrouvée sans vie le 31 juillet 2017 au matin par sa femme de ménage, dans son appartement du square du Roule, rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement de Paris. Elle avait 89 ans. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille ; les sources contemporaines évoquent une mort de cause naturelle. Ses obsèques se déroulent dans la stricte intimité familiale ; une cérémonie publique est envisagée en septembre 2017 en l'église Saint-Roch, paroisse des artistes du 1er arrondissement. Le président Emmanuel Macron publie un communiqué officiel depuis l'Élysée, saluant une artiste qui incarnait le cinéma dans sa complexité. La cérémonie des César 2018 est dédiée à sa mémoire.
Jeanne Moreau est inhumée au cimetière de Montmartre, division 21, à Paris, non loin de la sépulture de François Truffaut. Son fils Jérôme, décédé en 2019, repose dans le même caveau. Selon ses volontés testamentaires, ses biens et ses droits d'auteur ont été légués au Fonds Jeanne Moreau, association de soutien au cinéma et au théâtre.
1 - Son père, gérant de brasserie, la chasse du domicile familial lorsqu'il découvre une photo d'elle dans une pièce de la Comédie-Française, publiée dans la presse, où elle pose dans un costume qu'il juge inconvenant.
2 - Lors des répétitions d'Othello à la Comédie-Française en 1950, Orson Welles, qui prépare sa propre adaptation du texte, la remarque dans le rôle de Bianca et l'a ainsi repérée avant de la diriger au cinéma.
3 - La chanson Le Tourbillon, qu'elle interprète dans Jules et Jim sur une guitare jouée par Serge Rezvani alias Cyrus Bassiak, est composée hors plateau et ajoutée au film à la demande de François Truffaut après les premières projections.
4 - En 1977, établie à New York, elle coécrit avec Joyce Carol Oates un scénario adapté du roman Solstice ; les studios Walt Disney refusent le projet, estimant qu'il décrit de façon déguisée une relation lesbienne entre les deux protagonistes.
5 - En 2010, à l'occasion du centenaire de Jean Genet, elle enregistre avec le chanteur Étienne Daho l'intégralité du long poème Le Condamné à mort, puis lit ce texte à Avignon pendant qu'Étienne Daho le chante.
- Métier(s) : actrice, chanteuse, réalisatrice
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Jean-Louis Richard (marié 1949, divorcé 1951), Pierre Cardin (liaison 1961-1965), William Friedkin (marié 1977, divorcé 1979)
- Enfants : Jérôme (1949-2019)
- Distinctions : prix d'interprétation Cannes 1960, Molière de la comédienne 1988, César de la meilleure actrice 1992, Lion d'Or d'honneur Venise 1992, Ours d'Or d'honneur Berlin 2000, César d'honneur 1995 et 2008, Oscar d'honneur 1998, Légion d'honneur (officier 1980, grand-officier 2012), membre de l'Académie des beaux-arts de l'Institut de France (2000)
26 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
L'âge ne vous protège pas des dangers de l'amour. Mais l'amour, dans une certaine mesure, vous protège des dangers de l'âge.
— Citation rapportée dans de nombreux recueils d'entretiens, attribuée sans date précise identifiable
J'ai séduit beaucoup d'hommes. J'ai toujours été vers des hommes qui avaient du talent. Je n'ai pas eu des amants pour avoir des amants.
— Nouvel Observateur, interview de François Forestier, 26 décembre 2012
Ce qui compte, c'est d'être ému comme les personnages ; ne pas être ému par les personnages. La sentimentalité est à rayer du vocabulaire de l'acteur.
— L'Art du théâtre, numéros 8 à 10, 1988
L'amour que j'éprouve dans la vie, mes déchirements, mon bonheur, tout passe dans mes films, s'y intègre. Quand je vois un film après l'avoir fait, j'y reconnais ma vie.
— Outside. Papiers d'un jour, entretien accordé à Marguerite Duras
La peur de vieillir abîme plus que l'âge.
Le point commun entre tous les hommes que j'ai aimés ? Moi !
La liberté, c'est de pouvoir choisir celui dont on sera l'esclave.
J'aimerais avoir une maison avec une chambre pour chaque homme que j'ai aimé.
L'amour, c'est comme le potage : les premières cuillerées sont trop chaudes, les dernières sont trop froides.
L'âge ne vous protège pas des dangers de l'amour. Mais l'amour, dans une certaine mesure, vous protège des dangers de l'âge.
L'art de l'acteur doit faire accéder à un stade supérieur de la sensation et ce, en allant parfois au-delà du réalisme jusqu'à l'ascèse.
Ce qui compte, c'est d'être ému comme les personnages ; ne pas être ému par les personnages. La sentimentalité est à rayer du vocabulaire de l'acteur.