Résumé biographique

Le comédien, metteur en scène et directeur de théâtre français Jean Vilar, né le 25 mars 1912 à Sète, demeure l'architecte du théâtre populaire en France. Fondateur du Festival d'Avignon et directeur emblématique du Théâtre National Populaire (TNP), il a œuvré toute sa vie pour mettre la haute culture à la portée du plus grand nombre.


Parcours

Jean Vilar commence son apprentissage théâtral à Paris auprès de Charles Dullin, dont il devient l'élève au sein de l'école de l'Atelier. Après avoir dirigé une petite troupe itinérante, la Compagnie des Sept, il connaît son premier grand succès de metteur en scène en 1945 avec Meurtre dans la cathédrale de T.S. Eliot. En 1947, répondant à l'invitation du collectionneur d'art René Char et de Christian Zervos, il organise une "Semaine d'art dramatique" à Avignon. Ce qui ne devait être qu'une manifestation ponctuelle devient le Festival d'Avignon, aujourd'hui la plus importante manifestation théâtrale au monde. Dans la Cour d'honneur du Palais des Papes, Vilar impose une esthétique nouvelle : un plateau nu, des éclairages dramatiques et un jeu d'acteur centré sur la puissance du texte, refusant les artifices des décors encombrants du théâtre de l'époque.

En 1951, l'État lui confie la direction du Théâtre National Populaire, installé au Palais de Chaillot à Paris. Vilar y concrétise son utopie d'un théâtre "service public", comparable à l'eau ou au gaz. Il instaure des tarifs réduits, supprime les pourboires et les vestiaires payants, et organise des "week-ends dramatiques" pour attirer les ouvriers et les étudiants. Entouré d'une troupe d'exception, dont la figure de proue est Gérard Philipe, il monte les classiques (Le Cid, Le Prince de Hombourg, Lorenzaccio) devant des salles combles de plusieurs milliers de spectateurs. En 1963, épuisé par les luttes administratives et budgétaires, il quitte le TNP pour se consacrer exclusivement au Festival d'Avignon. Jusqu'à sa disparition, il défend l'idée que le théâtre doit être un lieu de réflexion politique et de rassemblement citoyen, une mission qu'il poursuit malgré les contestations de mai 1968 qui ébranlent temporairement son institution.


Repères chronologiques

1912 : Naissance le 25 mars à Sète, dans l'Hérault.
1932 : Arrivée à Paris et rencontre déterminante avec Charles Dullin.
1943 : Création de la Compagnie des Sept.
1945 : Mise en scène triomphale de Meurtre dans la cathédrale au Vieux-Colombier.
1947 : Fondation du Festival d'Avignon dans la Cour d'honneur du Palais des Papes.
1951 : Nomination à la direction du Théâtre National Populaire (TNP).
1951 : Triomphe de Gérard Philipe dans Le Cid, mise en scène par Vilar.
1954 : Présente sa propre pièce, L'Alcade de Zalamea, à Avignon.
1963 : Départ volontaire de la direction du TNP.
1966 : Ouverture du Festival d'Avignon à la danse avec Maurice Béjart.
1968 : Crise du Festival d'Avignon face aux contestations étudiantes.
1971 : Décès le 28 mai à Sète des suites d'une crise cardiaque.


Vie personnelle et engagements

Jean Vilar est le fils d'un mercier sétois. Il a partagé sa vie avec Andrée Schlegel, dite "Dédé", avec qui il s'est marié en 1938. Le couple a eu trois enfants : Dominique, Stéphane et Christophe. Sa famille fut un soutien constant dans son sacerdoce théâtral, partageant les étés poussiéreux d'Avignon et les hivers rigoureux de Chaillot. Homme de conviction mais d'une grande pudeur, Vilar cultivait une certaine solitude et un goût pour la mer, retournant chaque année dans sa ville natale pour se ressourcer loin de l'agitation parisienne.

Ses engagements étaient avant tout éthiques et sociaux. Bien que proche de la gauche intellectuelle, il a toujours refusé d'inféoder son théâtre à un parti politique, préférant le concept de "non-public" (ceux que le théâtre ignore et qui ignorent le théâtre). Il a lutté pour la décentralisation culturelle et pour que les comédiens soient considérés comme des travailleurs de la culture. Sa correspondance avec Gérard Philipe témoigne de son exigence envers les artistes, qu'il appelait ses "camarades". En 1968, bien que blessé par les slogans "Vilar, Béjart, Salazar", il a continué à croire au dialogue, maintenant le festival ouvert pour préserver l'espace de parole collective. Son testament spirituel réside dans sa volonté de faire du théâtre un miroir critique de la société, accessible à l'élite comme au prolétariat.


Contexte du décès

Jean Vilar s'est éteint le 28 mai 1971 à Sète, à l'âge de 59 ans. Il a succombé à une crise cardiaque dans son sommeil, alors qu'il préparait activement la 25e édition du Festival d'Avignon. Sa disparition soudaine a provoqué un choc immense dans le monde de la culture. Ses obsèques se sont déroulées dans sa ville natale, en présence de centaines d'artistes et de techniciens venus lui rendre un dernier hommage. Le Festival d'Avignon de 1971 lui fut intégralement dédié, devenant un moment de recueillement national. Sa tombe, simple et discrète, est devenue un lieu de pèlerinage pour ceux qui continuent de porter ses idéaux de démocratisation culturelle.


Lieux de mémoire

Jean Vilar repose au Cimetière Marin de Sète, face à la Méditerranée, non loin de la tombe de Paul Valéry. À Avignon, la Maison Jean Vilar, installée dans l'Hôtel de Crochans, conserve ses archives, ses costumes et sa bibliothèque, constituant le centre de ressources majeur sur son œuvre. Son nom a été donné à de nombreux théâtres et centres culturels à travers toute la France, de Vitry-sur-Seine à Angers.


Anecdotes

1 - Jean Vilar était réputé pour son autorité naturelle et son calme olympien en répétition ; il n'élevait jamais la voix, utilisant le silence comme l'outil de direction d'acteur le plus efficace pour obtenir la concentration de sa troupe.
2 - Pour les représentations à Chaillot, il avait fait installer des sonneries spéciales dans les couloirs du métro Trocadéro afin d'inciter les voyageurs à venir assister au spectacle, poussant le concept de théâtre public jusqu'à l'interpellation urbaine.
3 - Il refusait systématiquement de porter la cravate lors des réceptions officielles, préférant son éternel col roulé noir ou sa chemise ouverte, symbole de son appartenance au monde du travail manuel et de l'artisanat théâtral.
4 - Lors de la première de Le Prince de Hombourg à Avignon en 1951, le vent soufflait si fort que les projecteurs vacillaient ; Vilar décida de jouer malgré tout, affirmant que le mistral faisait partie intégrante de la scénographie naturelle du festival.


Points clés

- Métier(s) : Metteur en scène, directeur de théâtre, acteur
- Résidence principale : Sète et Paris (France)
- Relations de couple : Andrée Schlegel (mariage en 1938)
- Enfants : Dominique, Stéphane, Christophe
- Distinctions : Grand Prix national du théâtre (1960), Chevalier de la Légion d'honneur