Henri Grégoire, dit l'abbé Grégoire, né le 4 décembre 1750 à Vého et mort le 28 mai 1831 à Paris, est un prêtre catholique et homme politique français de la Révolution. Évêque constitutionnel de Blois, il a fait voter l'abolition de l'esclavage et l'émancipation des Juifs. Ses cendres reposent au Panthéon depuis 1989.
Fils de Bastien Grégoire, tailleur d'habits, et de Marguerite Thiébaut, Henri Grégoire fait ses études au collège jésuite de Nancy de 1763 à 1768, puis à l'université de Pont-à-Mousson et à celle de Nancy, où il a pour professeur Antoine-Adrien Lamourette, futur évêque constitutionnel de Lyon. Ordonné prêtre le 1er avril 1775, il devient curé d'Emberménil en 1782. Il y crée une bibliothèque de prêt pour ses paroissiens et rencontre le pasteur Jean-Frédéric Oberlin, dont les méthodes pédagogiques l'inspirent. En 1788, son Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs est distingué par l'Académie de Metz. La même année, il fonde avec Mirabeau, La Fayette et Condorcet la Société des Amis des Noirs, première société abolitionniste française. Élu député du clergé du bailliage de Nancy aux États généraux de 1789, il rejoint le tiers état dès les premières sessions.
À l'Assemblée constituante, Grégoire participe à la rédaction de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et travaille à la Constitution civile du clergé, à laquelle il est le premier à prêter serment. Élu évêque constitutionnel de Blois en 1791, il devient l'une des figures de l'Église constitutionnelle. À la Convention, il fait voter dès la première séance, le 21 septembre 1792, l'abolition de la royauté. Absent pour mission en Savoie et dans les Alpes-Maritimes lors du procès de Louis XVI, il ne participe pas au vote final. Il présente en 1794 le Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française, fait voter l'abolition de l'esclavage et invente le mot « vandalisme » pour dénoncer les destructions de monuments. Il contribue à la fondation du Conservatoire national des arts et métiers, du Bureau des longitudes et de l'Institut de France.
La question de la participation de l'abbé Grégoire au régicide de Louis XVI fait débat depuis la Restauration et divise toujours les historiens. Absent à Paris lors du vote final pour cause de mission, il a cosigné le 13 janvier 1793 depuis Chambéry, avec Hérault de Séchelles, Philibert Simond et Grégoire Jagot, une lettre adressée à la Convention demandant « la condamnation de Louis Capet sans appel au peuple ». Une note publiée le 28 janvier 1793 dans le journal Le Créole Patriote précise leur vœu « pour la mort de Louis sans appel au peuple ». Grégoire a contesté toute sa vie cette interprétation. Les historiennes Françoise Hildesheimer et Alyssa Goldstein Sepinwall ont mis en doute, à partir d'archives, la version exonératoire défendue par Grégoire dans ses Mémoires de 1808.
1750 : naissance le 4 décembre à Vého, en Lorraine.
1775 : ordination sacerdotale à Metz le 1er avril.
1782 : nomination comme curé d'Emberménil et de Vaucourt.
1788 : publication de l'Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs et cofondation de la Société des Amis des Noirs.
1789 : élection comme député du clergé du bailliage de Nancy aux États généraux.
1790 : prestation de serment à la Constitution civile du clergé, le premier des ecclésiastiques.
1791 : élection comme évêque constitutionnel de Blois.
1792 : à la Convention, discours pour l'abolition de la royauté le 21 septembre.
1794 : présentation du Rapport sur les patois et invention du mot « vandalisme ».
1795 : participation à la création de l'Institut de France et du Bureau des longitudes.
1800 : publication de De la littérature des Nègres.
1801 : refus du Concordat conclu par Bonaparte.
1814 : opposition au rétablissement de l'esclavage dans les colonies.
1831 : décès le 28 mai à Paris à l'âge de 80 ans.
1989 : transfert de ses cendres au Panthéon le 12 décembre.
Henri Grégoire grandit à Vého dans un milieu rural lorrain. Son père Bastien Grégoire, tailleur d'habits, exerce un temps la charge d'échevin du village. Sa mère Marguerite Thiébaut est décrite par les sources comme une femme d'une grande piété. Deux frères puînés meurent en bas âge, ce qui fait élever Henri comme un enfant unique. Repéré dès cinq ans par le curé du village, il est envoyé chez l'abbé Cherrier à Emberménil, où il étudie aux côtés des fils de hauts fonctionnaires au service du duc de Lorraine Stanislas Leszczyński. Le collège jésuite de Nancy, l'université de Pont-à-Mousson, puis l'université de Nancy et le séminaire de Metz, complètent sa formation. Engagé dans le célibat ecclésiastique, il n'a ni épouse ni enfants.
Grégoire entretient un vaste réseau intellectuel. Il correspond avec le pasteur Jean-Frédéric Oberlin et avec le théologien suisse Johann Kaspar Lavater, et fréquente Hippolyte Carnot sous la Restauration. Son combat abolitionniste se poursuit jusqu'à sa mort : il soutient Toussaint Louverture et la jeune République d'Haïti, s'oppose au rétablissement de l'esclavage par Napoléon en 1802 et publie en 1808 De la littérature des Nègres. Il défend également l'émancipation des Juifs, des protestants et des anabaptistes, et soutient durant la Convention une politique de protection du patrimoine artistique. Sous la Restauration, il devient une figure de l'opposition libérale.
L'abbé Grégoire meurt le 28 mai 1831 à Paris, à l'âge de 80 ans, dans son hôtel particulier situé au 44 de la rue du Cherche-Midi. La cause précise du décès n'est pas documentée dans les sources consultées. L'archevêque de Paris ayant refusé des obsèques catholiques en raison de son statut de prêtre jureur, le roi Louis-Philippe fait réquisitionner l'église de l'Abbaye-aux-Bois, rue de Sèvres, où la messe de funérailles est célébrée le 31 mai 1831. Adolphe Crémieux et Cyrille Bissette prononcent l'éloge funèbre. Le corps est ensuite conduit au cimetière du Montparnasse, suivi d'un cortège de vingt à vingt-cinq mille personnes, composé d'ouvriers, d'étudiants et de notables, parmi lesquels La Fayette. Des jeunes gens détellent les chevaux du char funèbre pour le tirer eux-mêmes jusqu'à la tombe.
Inhumé d'abord au cimetière du Montparnasse, l'abbé Grégoire voit ses cendres transférées au Panthéon le 12 décembre 1989 par le président François Mitterrand, lors des célébrations du bicentenaire de la Révolution française, aux côtés de Gaspard Monge et en hommage à Condorcet. La stèle de Montparnasse est ramenée en 1990 à Emberménil, où une maison muséographique lui est consacrée depuis 1994.
1 - C'est à l'abbé Grégoire que l'on doit l'invention du mot « vandalisme », forgé dans un rapport présenté à la Convention le 11 janvier 1794 pour dénoncer la destruction des monuments. Dans ses Mémoires, il résume sa démarche par cette formule : « Je créai le mot pour tuer la chose ».
2 - L'historien Jules Michelet l'avait surnommé « Tête de fer » en raison de son inflexibilité politique et religieuse, surnom resté attaché à son nom dans l'historiographie de la Révolution.
3 - Polyglotte autodidacte, l'abbé Grégoire parlait l'anglais, l'italien, l'espagnol et lisait l'allemand, ce qui lui permettait de suivre directement les débats intellectuels européens du temps.
4 - Sur son passeport établi en 1820, à l'âge de 70 ans, sa taille est précisée à 1,77 mètre, avec les cheveux châtains et les yeux bruns.
5 - Le peintre Jacques-Louis David a réalisé son portrait vers 1791-1792, conservé aujourd'hui au musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon. Il l'a également fait figurer aux côtés de dom Gerle et du pasteur Rabaut Saint-Étienne dans son tableau du Serment du Jeu de paume.
6 - Lors de la panthéonisation de 1989, le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, refuse d'assister à la cérémonie, rappelant que Grégoire avait prêté serment à la Constitution civile du clergé.
- Métier(s) : prêtre catholique, évêque constitutionnel de Blois, député, sénateur, écrivain.
- Résidence principale : Paris, hôtel particulier de la rue du Cherche-Midi.
- Relations de couple : célibat ecclésiastique, aucune union publique.
- Enfants : aucun.
- Distinctions : commandeur de la Légion d'honneur, comte d'Empire, membre de l'Institut de France, sépulture au Panthéon depuis 1989.
« Je créai le mot pour tuer la chose. »
— Mémoires de Grégoire, ancien évêque de Blois, publication posthume 1837
« Les rois sont dans l'ordre moral ce que les monstres sont dans l'ordre naturel. »
— Discours à la Convention nationale, 21 septembre 1792
« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. »
— Article 1 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont la formulation lui est attribuée, 1789
« On peut uniformiser le langage d'une grande nation, en sorte que tous les citoyens qui la composent puissent sans obstacle se communiquer leurs pensées. »
— Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française, Convention nationale, 4 juin 1794
« Pendant de longues années, je fus calomnié pour avoir défendu les mulâtres et les nègres, pour avoir réclamé la tolérance en faveur des juifs, des protestants, des anabaptistes. »
— Discours sur la liberté des cultes, Convention nationale, 21 décembre 1794
Il faut éclairer l'ignorance qui ne connait pas et la pauvreté qui n'a pas les moyens de connaître.
« Je créai le mot pour tuer la chose. »
— Mémoires de Grégoire, ancien évêque de Blois, publication posthume 1837
« Les rois sont dans l'ordre moral ce que les monstres sont dans l'ordre naturel. »
— Discours à la Convention nationale, 21 septembre 1792
« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. »
— Article 1 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont la formulation lui est attribuée, 1789
« On peut uniformiser le langage d'une grande nation, en sorte que tous les citoyens qui la composent puissent sans obstacle se communiquer leurs pensées. »
— Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française, Convention nationale, 4 juin 1794
« Pendant de longues années, je fus calomnié pour avoir défendu les mulâtres et les nègres, pour avoir réclamé la tolérance en faveur des juifs, des protestants, des anabaptistes. »
— Discours sur la liberté des cultes, Convention nationale, 21 décembre 1794
Il faut éclairer l'ignorance qui ne connait pas et la pauvreté qui n'a pas les moyens de connaître.