Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau incarne le paradoxe vivant de la Révolution française : noble de naissance, tribun du peuple par conviction, conseiller secret du roi par pragmatisme. Orateur redoutable à la voix de tonnerre et au physique disgracieux marqué par la petite vérole, ce géant laid et fascinant a fait trembler les piliers de l'Ancien Régime tout en tentant de sauver la monarchie d'elle-même. Sa vie tumultueuse, entre scandales libertins, emprisonnements répétés et triomphes parlementaires, en fait l'une des figures les plus controversées et les plus magnétiques de l'histoire française.
Né dans une famille noble provençale criblée de dettes, Honoré-Gabriel grandit dans l'ombre d'un père tyrannique, Victor Riqueti, marquis de Mirabeau, économiste célèbre et despote familial. Marqué dès l'enfance par la petite vérole qui ravage son visage, le jeune homme développe une intelligence précoce et un appétit insatiable pour les femmes et les plaisirs. Sa carrière militaire débutée en 1767 tourne court à cause de ses dettes et de ses frasques. En 1772, son père obtient contre lui une lettre de cachet, première d'une série d'emprisonnements qui totaliseront près de dix ans de sa vie. Au château d'If, puis au fort de Joux, il dévore les livres et affûte sa plume.
C'est durant son séjour forcé au donjon de Vincennes, entre 1777 et 1780, que Mirabeau produit ses écrits libertins les plus sulfureux et élabore sa réflexion politique. Libéré, criblé de dettes et rejeté par sa caste, il survit de sa plume en publiant pamphlets et ouvrages économiques. En 1786, il effectue une mission secrète à Berlin pour le compte du gouvernement français, d'où il rapporte une étude remarquée sur la monarchie prussienne. Écarté par son ordre aux États généraux de 1789, il se fait élire par le tiers état d'Aix-en-Provence et devient rapidement la vedette de l'Assemblée nationale constituante. Sa réplique fameuse au marquis de Dreux-Brézé le 23 juin 1789, affirmant que le peuple assemblé ne cédera qu'à la force des baïonnettes, entre dans la légende révolutionnaire.
Partisan d'une monarchie constitutionnelle à l'anglaise, Mirabeau tente de réconcilier la couronne et la Révolution. À partir de mai 1790, il devient conseiller secret de Louis XVI et de Marie-Antoinette, moyennant d'importantes rémunérations destinées à éponger ses dettes colossales. Il rédige des notes politiques pour la famille royale tout en continuant à briller à la tribune de l'Assemblée, jouant un double jeu périlleux. Épuisé par ses excès, miné par la maladie, il meurt subitement en avril 1791, pleuré comme un héros national. Ses funérailles grandioses font de lui le premier citoyen inhumé au Panthéon, honneur qui lui sera retiré en 1793 lorsque la découverte de l'armoire de fer révèlera sa collaboration secrète avec la cour.
En 1777, Mirabeau s'enfuit avec Sophie de Monnier, épouse d'un vieux marquis, provoquant un scandale retentissant. Condamné à mort par contumace pour rapt et adultère, il est rattrapé en Hollande et emprisonné durant quatre ans au donjon de Vincennes. Cette liaison lui inspire les célèbres lettres passionnées publiées plus tard sous le titre "Lettres à Sophie", monument de la littérature épistolaire libertine. Le scandale brise définitivement ses liens avec sa famille et la noblesse traditionnelle.
La révélation posthume de ses relations secrètes avec Louis XVI, découvertes lors de l'ouverture de l'armoire de fer aux Tuileries en novembre 1792, provoque un retournement brutal de l'opinion. Les révolutionnaires, qui l'avaient porté en triomphe, se sentent trahis en apprenant qu'il percevait 6 000 livres mensuelles de la liste civile. En novembre 1793, la Convention ordonne l'exhumation de sa dépouille du Panthéon et son remplacement par celle de Jean-Paul Marat. Son nom devient alors synonyme de corruption et de duplicité pour les Jacobins.
Marié en 1772 à Émilie de Marignane, héritière provençale fortunée, Mirabeau transforme rapidement l'union en désastre. Ses infidélités permanentes, ses dettes astronomiques et ses violences conduisent à une séparation judiciaire en 1783. Le couple n'a pas d'enfant. Sa liaison orageuse avec Sophie de Monnier, débutée en 1776, occupe une place centrale dans sa biographie sentimentale. Après leur arrestation, Sophie mourra en 1789 sans l'avoir revu. À Paris, Mirabeau entretient simultanément plusieurs maîtresses, dont Henriette-Amélie de Nehra, danseuse à l'Opéra surnommée "Madame de Nehra", qui l'accompagne jusqu'à sa mort. Sa gouvernante et confidente, Madame Le Jay, veille sur son intérieur chaotique rue de la Chaussée-d'Antin.
Physiquement imposant, la face ravagée par les séquelles de la petite vérole, doté d'une tête énorme et d'une chevelure léonine, Mirabeau cultive une présence qui compense sa laideur par une énergie magnétique. Ses excès de table, son goût immodéré pour le vin et les femmes épuisent prématurément sa constitution robuste. Joueur invétéré, criblé de dettes toute sa vie malgré les revenus substantiels de ses écrits et de ses pensions secrètes, il meurt dans un appartement luxueux qu'il ne possède pas, entouré de créanciers. Ses convictions politiques, nourries par ses lectures pendant ses années de détention, visent à établir une monarchie constitutionnelle garantissant les libertés individuelles. Admirateur du modèle britannique, il rédige de nombreux mémoires sur la réforme des finances, l'abolition de la traite négrière et la liberté de la presse.
Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau meurt à Paris le 2 avril 1791 à l'âge de 42 ans, emporté par une péricardite aiguë après plusieurs jours d'agonie. Épuisé par ses excès, affaibli par des coliques néphrétiques chroniques, il s'éteint dans son appartement de la rue de la Chaussée-d'Antin, entouré de ses proches et de médecins impuissants. Sa mort plonge Paris dans la stupeur. L'Assemblée nationale décrète trois jours de deuil, suspend ses séances et organise des funérailles nationales grandioses. Le 4 avril, un cortège immense accompagne son cercueil jusqu'à l'église Saint-Eustache, puis vers le Panthéon, où il devient le premier citoyen à y être inhumé, précédant même Voltaire et Rousseau dont les transferts suivront peu après. Des dizaines de milliers de Parisiens suivent le convoi funèbre, scandant son nom dans une ferveur révolutionnaire. Des hommages enflammés sont prononcés par les députés, qui saluent en lui le champion de la liberté. L'ensemble de la presse nationale et internationale couvre l'événement, célébrant l'orateur légendaire.
Né au château du Bignon-Mirabeau dans le Loiret, propriété familiale où son père l'économiste menait ses expériences agronomiques, Honoré-Gabriel passe une partie de son enfance en Provence, terre d'origine des Riqueti. Ses multiples emprisonnements le conduisent au château d'If à Marseille, au fort de Joux dans le Doubs, et surtout au donjon de Vincennes où il rédige ses œuvres majeures entre 1777 et 1780. Élu député d'Aix-en-Provence en 1789, il s'installe définitivement à Paris, résidant successivement rue de la Chaussée-d'Antin dans le quartier élégant de la capitale. C'est dans cet appartement parisien qu'il reçoit les émissaires de la cour pour ses consultations secrètes et qu'il meurt en avril 1791. Inhumé initialement au Panthéon, sa dépouille en est retirée en novembre 1793 et transférée au cimetière de Clamart dans des circonstances obscures. Ses ossements sont ensuite jetés dans une fosse commune, si bien que son lieu de sépulture exact demeure inconnu.