Arlette Laguiller incarne depuis un demi-siècle la permanence de l'extrême gauche trotskiste en France. Première femme à se présenter à une élection présidentielle dans le pays en 1974, elle a battu un record inédit avec six candidatures successives entre 1974 et 2007, portant inlassablement le programme de Lutte ouvrière dans l'arène politique. Figure familière des campagnes électorales avec son célèbre appel aux « travailleuses, travailleurs », cette employée de banque devenue porte-parole nationale a consacré sa vie à la défense des salariés et à la critique du système capitaliste.
Née dans le 14e arrondissement de Paris en mars 1940, Arlette Yvonne Laguiller grandit aux Lilas, en banlieue parisienne, dans une famille ouvrière marquée par les épreuves de la Seconde Guerre mondiale. Son père Louis Laguiller, ancien employé d'assurance fait prisonnier puis libéré pour raisons de santé en 1942, enchaîne ensuite les emplois de manoeuvre, principalement au chômage, et aimait à se définir anarchiste. Sa mère Suzanne Janin, catholique, assure la subsistance de la famille. La famille habite aux Lilas dans la cité Jardins, cité ouvrière de petits pavillons, dans une seule pièce-cuisine. C'est dans ce foyer modeste qu'Arlette développe très jeune le sens des responsabilités en s'occupant de ses deux frères cadets nés en 1947 et 1949, et acquiert par son père un goût prononcé pour la lecture et le débat politique.
À seize ans, en 1956, elle quitte l'école après l'obtention de son brevet élémentaire et entre comme mécanographe au Crédit Lyonnais. Elle échoue peu après au concours de l'école normale primaire. En 1963, elle est mutée au siège central du boulevard des Italiens (2e arrondissement), où elle gravit modestement les échelons tout en s'impliquant massivement dans le syndicalisme. Élue déléguée du personnel et membre du comité d'établissement, elle adhère à la CGT en 1961, avant d'en être écartée en 1965 pour son engagement trotskiste. Elle rejoint alors Force Ouvrière et multiplie les actions revendicatives. En mai 1968, elle mène la grève dans son établissement du Crédit Lyonnais et participe à l'occupation des locaux pendant deux semaines. En 1973, elle tente sans succès de passer son baccalauréat en candidate libre. La même année, à trente-deux ans, elle devient porte-parole nationale de Lutte ouvrière, organisation trotskiste qu'elle avait rejointe en 1962 après un passage par le Parti socialiste unifié. Elle travaille à mi-temps à partir de 1996, part en préretraite en 1997, et prend sa retraite en 2000 après quarante-quatre années passées dans la banque.
Son engagement politique prend forme dès le milieu des années 1950 avec l'insurrection de Budapest, qu'elle interprète comme la preuve des dérives du stalinisme, et l'opération de Suez, où elle dénonce l'impérialisme. Le 27 octobre 1960, elle participe à sa première manifestation, un rassemblement anti-guerre d'Algérie organisé par l'UNEF et le PSU, réprimé par la police du préfet de la Seine Maurice Papon. Elle adhère alors à la section des Lilas du PSU, qu'elle dirige rapidement, avant de rejoindre en 1961 l'organisation trotskiste Voix ouvrière, ancêtre de Lutte ouvrière. Elle se forge une conviction révolutionnaire inspirée du Programme de transition de Léon Trotsky et participe en 1962 à la manifestation de Charonne, dont la répression fait neuf morts. Dès 1969, elle intègre le comité central et le comité exécutif de Lutte ouvrière. En 1971, elle mène sa première liste aux élections municipales dans le 18e arrondissement de Paris avec 2,5 % des voix. Deux ans plus tard, lors des législatives de 1973, Lutte ouvrière présente quatre-vingt-dix candidats, tous ouvriers ou employés, marquant son entrée dans le paysage politique national.
En 1974, à trente-quatre ans, Arlette Laguiller franchit une étape historique en devenant la première femme candidate à une élection présidentielle en France. Totalement inconnue du grand public, elle obtient 2,33 % des suffrages, un score modeste mais symbolique. Durant la campagne, elle dénonce les inégalités salariales entre hommes et femmes, les conditions de travail dégradées et le statut social des travailleuses. Elle appelle au second tour à voter pour François Mitterrand, candidat de l'union de la gauche, tout en formulant des réserves sur son programme. Elle renouvelle ce soutien critique en 1981, puis rompt avec cette stratégie dès 1988 en n'appelant plus à voter pour un candidat de gauche. Candidate de nouveau en 1988, 1995, 2002 et 2007, elle obtient ses meilleurs résultats lors de la présidentielle de 1995 avec 5,30 % des voix, puis en 2002 avec 5,72 %, son score le plus élevé, portée par une dynamique protestataire dans un contexte de forte abstention et de fragmentation de la gauche. Ces six candidatures, un record absolu en France, font d'elle une figure incontournable de l'extrême gauche et une voix familière des campagnes électorales.
Parallèlement aux présidentielles, elle se présente à de multiples scrutins locaux et nationaux. Élue conseillère municipale des Lilas de 1995 à 2001 et conseillère régionale d'Île-de-France de 1998 à 2004, elle est également députée européenne de 1999 à 2004, siégeant au sein du groupe de la Gauche unitaire européenne. En février 1974, elle conduit un mouvement de grève au Crédit Lyonnais qui s'étend à l'ensemble du secteur bancaire. Porte-parole des comités de grève élus, elle obtient satisfaction après l'occupation du siège de la Fédération des banques. En décembre 2008, elle cède la porte-parolerie de Lutte ouvrière à Nathalie Arthaud, tout en conservant sa place dans la direction de l'organisation. Depuis son retrait de la vie publique après 2007, elle cesse progressivement ses apparitions médiatiques et laisse la nouvelle génération incarner Lutte ouvrière lors des scrutins nationaux.
Arlette Laguiller a toujours entretenu une discrétion absolue sur sa vie privée. Officiellement célibataire, elle n'a jamais évoqué publiquement de conjoint ni de relation amoureuse dans la presse nationale. Aucune information documentée ne confirme l'existence d'enfants. Elle quitte le domicile familial à vingt ans pour s'installer dans le 13e arrondissement de Paris, avant de revenir habiter aux Lilas, ville de banlieue où elle a grandi et qu'elle représentera comme élue locale. Sa vie semble avoir été entièrement consacrée à son engagement politique et syndical. Sous l'influence de sa mère catholique pratiquante, elle suit des cours de catéchisme durant son enfance, sans toutefois développer de croyances religieuses.
Son engagement pour Lutte ouvrière structure toute son existence. Porte-parole de 1973 à 2008, elle consacre l'essentiel de son temps libre à diffuser les idées révolutionnaires dans les usines, les entreprises et les quartiers populaires. Elle défend un programme anticapitaliste radical inspiré du trotskisme, réclamant l'abolition de la propriété privée des moyens de production, l'augmentation des salaires et la défense des droits des travailleurs. Ses prises de position publiques dénoncent systématiquement les gouvernements de droite comme de gauche, qu'elle accuse de servir les intérêts du patronat. Depuis son retrait en 2007 et la passation de porte-parolerie en 2008, elle ne participe plus aux débats publics et reste à l'écart des médias, laissant Nathalie Arthaud incarner Lutte ouvrière lors des scrutins nationaux.
Arlette Laguiller est profondément attachée aux Lilas, commune de Seine-Saint-Denis où elle a grandi dans la cité Jardins et où elle a résidé durant de longues périodes de sa vie. Élue conseillère municipale de cette ville de 1995 à 2001, elle y incarne la continuité d'un engagement local en faveur des classes populaires. Née dans le 14e arrondissement de Paris, elle a également vécu dans le 13e arrondissement après avoir quitté le domicile familial à vingt ans. Son parcours professionnel se déroule entièrement au Crédit Lyonnais, notamment au siège central du boulevard des Italiens dans le 2e arrondissement, où elle passe quarante-quatre ans comme employée et militante syndicale. Ces lieux modestes et populaires reflètent une vie entièrement dédiée au monde du travail et à la lutte pour les droits des salariés.
Lecture, une bonne façon de s'enrichir sans voler personne.
Les promesses électorales, de toute façon, ne valent pas grand-chose.
Être licencié et tomber dans le chômage, c'est un drame pour ceux à qui cela arrive et à leurs familles.
Lecture, une bonne façon de s'enrichir sans voler personne.
Les promesses électorales, de toute façon, ne valent pas grand-chose.
Être licencié et tomber dans le chômage, c'est un drame pour ceux à qui cela arrive et à leurs familles.