Carlos Ghosn incarne une trajectoire singulière : celle d'un dirigeant transnational qui a successivement redressé des géants industriels au bord du gouffre avant de devenir l'un des fugitifs les plus médiatisés au monde. Sa méthode radicale de réduction des coûts et son aptitude à naviguer entre cultures occidentales et asiatiques ont redessiné les contours de l'industrie automobile mondiale, jusqu'à ce qu'une arrestation spectaculaire au Japon ne transforme ce titan de la finance en symbole d'une guerre judiciaire intercontinentale.
Né le 9 mars 1954 à Porto Velho au Brésil dans une famille d'origine libanaise, Carlos Ghosn grandit au Liban où il effectue sa scolarité avant de rejoindre la France pour ses études supérieures. Diplômé de l'École polytechnique en 1974 puis de l'École des mines de Paris en 1978, il intègre la même année le groupe Michelin où il gravit rapidement les échelons. Il dirige successivement plusieurs filiales du pneumaticien en France, au Brésil et aux États-Unis, développant une expertise dans la gestion industrielle multiculturelle et la restructuration d'activités déficitaires.
En 1996, Louis Schweitzer, alors président de Renault, le recrute comme directeur général adjoint chargé des achats et de la réduction des coûts. Carlos Ghosn met en œuvre une politique drastique de compression des dépenses qui permet au constructeur français de préserver sa rentabilité dans un marché difficile, lui valant le surnom de « tueur de coûts ». Cette réputation franchit les frontières en 1999 lorsque Renault entre dans le capital de Nissan, alors au bord de la faillite avec une dette de 20 milliards de dollars. Envoyé à Tokyo comme chief operating officer de Nissan, il applique un plan de redressement brutal baptisé Nissan Revival Plan : suppression de 21 000 emplois, fermeture de cinq usines, réduction de moitié des fournisseurs, cession d'actifs non stratégiques. Le retour à la rentabilité intervient dès 2001, un an plus tôt que prévu, consolidant sa stature de manager capable de sauver l'insauvable.
Fort de ce succès, Carlos Ghosn devient président-directeur général de Renault en 2005 tout en conservant la présidence du conseil d'administration de Nissan. Il orchestre alors l'expansion de l'Alliance Renault-Nissan, rejointe par Mitsubishi Motors en 2016, propulsant ce conglomérat au rang de premier constructeur automobile mondial en 2017 devant Volkswagen AG, Toyota et General Motors. Parallèlement, il prend la présidence du conseil d'administration du russe AvtoVAZ, élargissant son empire industriel sur quatre continents. Cette domination culmine en 2018 lorsqu'il cumule les fonctions de PDG de Renault, président du conseil d'administration de Nissan et de Mitsubishi, et PDG de l'Alliance elle-même, une concentration de pouvoir sans équivalent dans l'industrie automobile.
Le 19 novembre 2018, Carlos Ghosn est arrêté à son arrivée à l'aéroport de Tokyo par les autorités japonaises pour dissimulation présumée de 50 millions d'euros de revenus dans les comptes de Nissan entre 2010 et 2018. Il est immédiatement limogé de la présidence de Nissan et de Mitsubishi. En décembre 2018, la justice japonaise ajoute une inculpation pour usage de fonds de l'entreprise à des fins personnelles, notamment l'achat de résidences de luxe et le financement d'investissements privés. Emprisonné dans une cellule de deux mètres carrés au centre de détention de Kosuge, sans chauffage ni accès permanent à un avocat, il nie toute malversation et dénonce un système judiciaire « médiéval » où le taux de condamnation dépasse 99 %.
Libéré sous caution en mars 2019 puis de nouveau arrêté et relâché en avril, Carlos Ghosn est placé en résidence surveillée à Tokyo sous des conditions draconiennes : interdiction de sortir du territoire, confiscation de ses passeports, surveillance vidéo permanente. Le 29 décembre 2019, il organise une évasion spectaculaire avec l'aide de mercenaires américains : dissimulé dans une caisse de matériel audio, il quitte sa résidence, traverse le Japon en train jusqu'à Osaka, embarque dans un jet privé à destination d'Istanbul, puis rejoint Beyrouth à bord d'un second appareil. Le Liban, qui n'extrade pas ses ressortissants, devient son refuge. Interpol émet une notice rouge en janvier 2020, faisant de lui un fugitif international.
En novembre 2024, le Parquet national financier français requiert son procès aux côtés de Rachida Dati, ancienne ministre française, pour abus de pouvoirs, abus de confiance, corruption et trafic d'influence dans le cadre d'un contrat de conseil entre Renault et l'ex-ministre. En mars puis juin 2025, la Cour d'appel de Paris rejette successivement ses recours visant à annuler le mandat d'arrêt international et le réquisitoire du PNF. Le 22 juillet 2025, des juges d'instruction ordonnent son renvoi en correctionnelle avec un procès fixé du 16 au 28 septembre 2026. En septembre 2024, son yacht personnel, évalué à 10 millions d'euros, est saisi par la justice néerlandaise sur demande de Nissan, qui l'accuse d'avoir financé son acquisition avec des fonds détournés. Le navire est ensuite cédé au constructeur japonais.
Carlos Ghosn possède trois nationalités : française, libanaise et brésilienne. Il a été marié à Rita Ghosn avec qui il a eu quatre enfants : Caroline, Nadine, Maya et Anthony. Après un divorce médiatisé, il épouse en secondes noces Carole Nahas, femme d'affaires libanaise, qui joue un rôle central dans l'organisation de son évasion du Japon. Polyglotte, il parle couramment français, anglais, portugais et arabe, compétences qui lui ont permis de naviguer entre les univers culturels européen, américain, asiatique et moyen-oriental. Réputé pour une éthique de travail rigoureuse, il affiche également un goût prononcé pour les résidences de prestige : appartement sur les quais de Seine à Paris, villa à Rio de Janeiro, propriété à Beyrouth et résidence à Amsterdam, acquisitions qui alimenteront plus tard les accusations de détournement de fonds.
Depuis décembre 2019, Carlos Ghosn réside à Beyrouth où il a reconstruit une sphère d'activité économique : il est co-gérant d'un domaine viticole libanais, investisseur dans des projets immobiliers et siège au conseil d'administration de Saradar, une grande banque locale. Il multiplie les prises de parole publiques pour défendre sa version des faits, dénonçant un complot orchestré par des cadres de Nissan et des autorités japonaises pour empêcher un rapprochement capitalistique entre Renault et Nissan qui aurait réduit l'autonomie du groupe japonais. En 2025, il donne des interviews à BFM TV sur la situation financière de Nissan, à Al Arabiya sur la montée du constructeur chinois BYD, à Forbes Education sur le management interculturel, et à Tokyo Reporter où il qualifie le système judiciaire japonais de « médiéval ». En décembre 2024, il commente publiquement le projet de fusion entre Nissan et Honda, le décrivant comme une « panique » et un « non-sens industriel ».
Carlos Ghosn est né à Porto Velho, dans l'État amazonien de Rondônia au Brésil, mais il passe son enfance et son adolescence au Liban où sa famille s'installe peu après sa naissance. Il effectue ses études supérieures en France, à Paris, où il obtient ses diplômes de l'École polytechnique et de l'École des mines. Sa carrière le conduit ensuite à Clermont-Ferrand au siège de Michelin, puis successivement au Brésil, aux États-Unis et enfin au Japon lorsqu'il rejoint Nissan en 1999. Tokyo devient durant près de vingt ans son principal lieu de résidence professionnelle, bien qu'il conserve des propriétés à Paris, Rio de Janeiro et Amsterdam. Depuis décembre 2019, il vit à Beyrouth, capitale du Liban, où il dispose d'une villa dans le quartier résidentiel d'Achrafieh. Le Liban, pays d'origine de ses parents et dont il détient la nationalité, ne pratiquant pas l'extradition de ses citoyens, lui offre un refuge juridique face aux mandats d'arrêt internationaux émis contre lui.
Ce qui est important, c'est l'avenir à long terme de l'entreprise.
Le manager trop mou et le manager trop dur sont deux catastrophes.
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