Gilbert du Motier de La Fayette, marquis français né en 1757 et mort en 1834, est un officier et homme politique passé à la postérité pour son engagement aux côtés des insurgés américains durant la guerre d'indépendance, son rôle décisif dans la Révolution française et sa participation aux Trois Glorieuses de 1830.
Issu d'une branche cadette d'une vieille famille de la noblesse d'Auvergne, Gilbert du Motier devient orphelin de père dès la bataille de Minden en 1759, puis perd sa mère et son grand-père maternel à treize ans, héritant d'une fortune considérable. Élève au collège du Plessis, futur lycée Louis-le-Grand, il rejoint les mousquetaires noirs du roi et l'Académie militaire de Versailles. En 1775, à Metz, un dîner offert par le comte de Broglie au duc de Gloucester, frère du roi d'Angleterre, déclenche sa décision de partir combattre pour les insurgés américains. Convaincu par Silas Deane et le baron de Kalb, il finance l'achat du navire la Victoire et s'embarque malgré l'opposition du roi en avril 1777. Recommandé au Congrès par Benjamin Franklin, il est nommé major général le 31 juillet 1777 et rencontre George Washington le 5 août. Blessé à Brandywine, il partage l'hiver de Valley Forge avec les soldats américains.
De retour en France en 1779, il travaille avec Franklin à l'envoi du corps expéditionnaire de Rochambeau et repart en 1780 sur la frégate l'Hermione. En Virginie, il piège Lord Cornwallis à Yorktown, où la victoire alliée du 19 octobre 1781 scelle l'indépendance américaine. Rentré en France, il participe à l'Assemblée des notables de 1787, rejoint la Société des amis des Noirs fondée par Jacques Pierre Brissot et est élu député de la noblesse de Riom aux États généraux. Le 11 juillet 1789, il présente à l'Assemblée un projet de Déclaration des droits inspiré de la Déclaration d'indépendance américaine. Nommé commandant de la Garde nationale au lendemain de la prise de la Bastille, il présente la cocarde tricolore et organise la fête de la Fédération de 1790. Adversaire des Jacobins, il quitte la France en août 1792 et passe cinq ans en captivité dans les forteresses prussiennes puis autrichiennes.
Le 17 juillet 1791, La Fayette commande la Garde nationale au Champ-de-Mars lors d'une manifestation organisée par le club des Cordeliers réclamant la déchéance de Louis XVI après la fuite à Varennes. Après le déploiement du drapeau rouge de la loi martiale par le maire Jean-Sylvain Bailly, des coups de feu sont tirés. La fusillade fait une centaine de morts et blessés selon les sources. L'épisode marque la rupture définitive avec les milieux révolutionnaires radicaux, qui le surnomment dès lors « l'infâme Motier ». Le 19 août 1792, il est décrété d'accusation par l'Assemblée législative et déclaré traître à la nation après avoir tenté de retourner son armée contre les Jacobins ; il quitte alors la France et est capturé par les Autrichiens.
1757 : naissance le 6 septembre au château de Chavaniac, en Auvergne
1774 : mariage avec Marie Adrienne Françoise de Noailles le 11 avril
1777 : embarquement sur la Victoire et nomination comme major général de l'armée continentale
1781 : victoire de Yorktown le 19 octobre face à Lord Cornwallis
1789 : présentation d'un projet de Déclaration des droits le 11 juillet et commandement de la Garde nationale
1790 : organisation de la fête de la Fédération le 14 juillet au Champ-de-Mars
1791 : fusillade du Champ-de-Mars le 17 juillet
1792 : décret d'accusation et capture par les Autrichiens en août
1797 : libération à la suite du traité de Campo-Formio
1799 : retour en France et installation au château de La Grange-Bléneau
1824 : tournée triomphale aux États-Unis sur invitation du président James Monroe, jusqu'en septembre 1825
1830 : reprise du commandement de la Garde nationale et présentation de Louis-Philippe d'Orléans à l'Hôtel de Ville le 31 juillet
1834 : mort à Paris le 20 mai et inhumation au cimetière de Picpus
Son père, Michel Louis Christophe du Motier, marquis de La Fayette, colonel aux Grenadiers de France, meurt à vingt-cinq ans à la bataille de Minden auprès de son ami Charles-François de Broglie. Sa mère, Marie Louise Julie de La Rivière, issue d'une famille noble de Saint-Brieuc, s'installe au palais du Luxembourg et meurt en 1770. Élevé par ses tantes et sa grand-mère au château de Chavaniac, Gilbert étudie au collège du Plessis. Le 11 avril 1774, à seize ans, il épouse Marie Adrienne Françoise de Noailles, fille du duc d'Ayen Jean Louis Paul François de Noailles et de Henriette-Anne-Louise d'Aguesseau. De ce mariage naissent Henriette, Anastasie, Georges Washington de La Fayette et Virginie.
Initié franc-maçon dès 1775, La Fayette fréquente les loges parisiennes où il croise l'abbé Guillaume-Thomas Raynal. Il entretient une correspondance suivie avec George Washington jusqu'à la mort de ce dernier en 1799 et fréquente Alexander Hamilton, Thomas Jefferson, Friedrich Wilhelm von Steuben et Nathanael Greene. Membre de la Société des amis des Noirs aux côtés de Brissot, il achète une plantation en Guyane pour y expérimenter une émancipation graduelle des esclaves. Installé après 1799 au château de La Grange-Bléneau, à Courpalay en Seine-et-Marne, il s'y livre à une agriculture intensive, introduit la luzerne et élève des moutons mérinos, recevant Charles James Fox lors de la paix d'Amiens.
Gilbert du Motier de La Fayette meurt le 20 mai 1834 à Paris, dans l'ancien 1er arrondissement, des suites d'une pneumonie contractée quelques semaines plus tôt. Il est âgé de 76 ans. Le convoi funéraire traverse Paris deux jours plus tard et l'inhumation a lieu au cimetière privé de Picpus, dans le 12e arrondissement, auprès de son épouse Adrienne disparue en 1807. Aux États-Unis, le 24 juin 1834, le Sénat et la Chambre des représentants assemblés en Congrès prennent une délibération exprimant leurs regrets : les deux Chambres décrètent un deuil de trente jours, tendent leurs salles de noir et chargent John Quincy Adams de prononcer un éloge funèbre. Ce discours, prononcé le 31 décembre 1834, sera imprimé à soixante mille exemplaires.
La Fayette repose au cimetière de Picpus à Paris, dans le tombeau de la famille Noailles, auprès de sa femme Adrienne. Depuis 1917, un drapeau américain flotte en permanence sur sa tombe, renouvelé chaque 4 juillet par la Société des Cincinnati de France et la Société des Fils de la révolution américaine. Une statue le représentant a été inaugurée devant la Maison-Blanche, sur Lafayette Square.
1 - Enfant, à Chavaniac, il rêvait vers neuf ans de chasser la Bête du Gévaudan dans les forêts d'Auvergne, comme le rapportent ses propres Mémoires.
2 - En 1784, il s'enthousiasme pour les travaux du médecin allemand Franz-Anton Mesmer sur le magnétisme animal et en informe George Washington, qui restera réservé sur le sujet sous l'influence de Benjamin Franklin.
3 - À partir de 1789, il signe ses courriers « Lafayette » en un seul mot, par opposition au système nobiliaire que la Révolution venait d'abolir.
4 - Lors de sa tournée triomphale de 1824-1825, il est accueilli dans 182 villes des 24 États que compte alors l'Union et célèbre son soixante-huitième anniversaire à la Maison-Blanche, la veille de son retour en France.
5 - En 1781, la Société américaine de philosophie de Philadelphie l'admet en son sein, en faisant le premier étranger reçu dans cette institution savante.
6 - Au comté de Fayette dans le Kentucky est rattachée la ville de Lexington, nommée en son honneur par la législature de Virginie dès 1780, alors qu'il combattait encore dans le Sud des États-Unis.
- Métier(s) : officier, général, homme politique
- Résidence principale : château de La Grange-Bléneau, à Courpalay (Seine-et-Marne)
- Relations de couple : Marie Adrienne Françoise de Noailles, épousée en 1774, décédée en 1807
- Enfants : Henriette, Anastasie, Georges Washington et Virginie de La Fayette
- Distinctions : major général de l'armée continentale ; citoyen d'honneur des États-Unis depuis 2002 ; surnommé « le héros des deux mondes »
« Ma conduite sera à 73 ans ce qu'elle a été à 32. »
— Déclaration du 29 juillet 1830, en acceptant le commandement de la Garde nationale
« Je ne suis pas là pour enseigner, je suis là pour apprendre. »
— Réponse à George Washington lors de leur première rencontre, 5 août 1777 (traduit de l'anglais)
« Ce qu'il faut aujourd'hui au peuple français, c'est un trône populaire, entouré d'institutions républicaines, tout à fait républicaines. »
— Réponse à Louis-Philippe d'Orléans, 1830, rapportée dans la Galerie des Contemporains Illustres de Louis de Loménie, 1845
« À dix-neuf ans, je me suis consacré à la liberté des hommes et à la destruction du despotisme, autant qu'un faible individu comme moi pouvait le faire. »
— Mémoires, correspondances et manuscrits du général La Fayette, tome II, 1837
« Pour la révolution, il a fallu des désordres, car l'ordre ancien n'était que servitude, et, dans ce cas, l'insurrection est le plus saint des devoirs ; mais pour la constitution, il faut que l'ordre nouveau s'affermisse, et que les lois soient respectées. »
— Discours à l'Assemblée constituante, 20 février 1790
« Ma conduite sera à 73 ans ce qu'elle a été à 32. »
— Déclaration du 29 juillet 1830, en acceptant le commandement de la Garde nationale
« Je ne suis pas là pour enseigner, je suis là pour apprendre. »
— Réponse à George Washington lors de leur première rencontre, 5 août 1777 (traduit de l'anglais)
« Ce qu'il faut aujourd'hui au peuple français, c'est un trône populaire, entouré d'institutions républicaines, tout à fait républicaines. »
— Réponse à Louis-Philippe d'Orléans, 1830, rapportée dans la Galerie des Contemporains Illustres de Louis de Loménie, 1845
« À dix-neuf ans, je me suis consacré à la liberté des hommes et à la destruction du despotisme, autant qu'un faible individu comme moi pouvait le faire. »
— Mémoires, correspondances et manuscrits du général La Fayette, tome II, 1837
« Pour la révolution, il a fallu des désordres, car l'ordre ancien n'était que servitude, et, dans ce cas, l'insurrection est le plus saint des devoirs ; mais pour la constitution, il faut que l'ordre nouveau s'affermisse, et que les lois soient respectées. »
— Discours à l'Assemblée constituante, 20 février 1790