Sami Frey, de son vrai nom Sami Frei, est un acteur et metteur en scène français né le 13 octobre 1937 à Paris, rescapé de la Shoah, dont la carrière de plus de six décennies au cinéma et au théâtre l'a imposé comme l'une des présences les plus singulières de l'interprétation française.
Sami Frei naît à l'hôpital Saint-Louis, dans le 10e arrondissement de Paris, de Mendel Frei, maroquinier originaire de Pologne, et de Perla Wolf, sans profession. Tous deux sont des Juifs polonais immigrés en France, domiciliés boulevard de Belleville. Le père meurt à Paris en 1939, alors que Sami n'a que deux ans. En septembre 1942, sa mère est déportée de Drancy vers Auschwitz par le convoi n° 32 : elle n'en revient pas. L'enfant, dont le yiddish est la langue maternelle, est contraint au silence et à la clandestinité sous une fausse identité en Eure-et-Loir, puis à Rodez. Élevé par sa grand-mère après la guerre, il interrompt sa scolarité à treize ans. Destiné au métier de tailleur par sa famille, il abandonne l'apprentissage au bout de quelques mois et s'oriente vers le théâtre. Il s'inscrit au cours Simon, école de formation dramatique parisienne, où il travaille en parallèle comme assistant de régie et doublure lumière. Ses premières armes au théâtre le voient interpréter des rôles dans des pièces de Claudel, Brecht et Racine, sous la direction de Jean-Louis Barrault notamment.
En 1956, Sami Frey apparaît pour la première fois à l'écran dans Pardonnez nos offenses de Robert Hossein. En 1960, Henri-Georges Clouzot lui confie un rôle central dans La Vérité, aux côtés de Brigitte Bardot et Marie-Josée Nat : le film révèle son visage au grand public. Il enchaîne dans les années 1960 avec Georges Franju (Thérèse Desqueyroux, 1962), Agnès Varda (Cléo de 5 à 7, 1962), puis Jean-Luc Godard qui lui offre le rôle de Franz dans Bande à part (1964), aux côtés d'Anna Karina et Claude Brasseur. Parallèlement, de 1966 à 1968, il participe aux spectacles mis en scène au théâtre Antoine par Claude Régy, contribuant à faire découvrir Harold Pinter au public français. En 1972, Claude Sautet l'engage pour César et Rosalie, où il forme un trio avec Yves Montand et Romy Schneider. La décennie suivante consacre ses liens avec le cinéma d'auteur européen : André Delvaux l'engage pour L'Œuvre au noir (1988), adaptation de Marguerite Yourcenar ; Gérard Mordillat lui confie le rôle-titre d'En compagnie d'Antonin Artaud (1993), qui lui vaut le Bayard d'or du meilleur acteur au Festival de Namur et le Fipa d'or à Biarritz.
1956 : Pardonnez nos offenses de Robert Hossein (premier rôle à l'écran)
1960 : La Vérité de Henri-Georges Clouzot
1962 : Thérèse Desqueyroux de Georges Franju
1962 : Cléo de 5 à 7 de Agnès Varda
1964 : Bande à part de Jean-Luc Godard
1966 : Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? de William Klein
1971 : Les Mariés de l'an II de Jean-Paul Rappeneau
1972 : César et Rosalie de Claude Sautet
1977 : Pourquoi pas ! de Coline Serreau
1983 : Mortelle Randonnée de Claude Miller
1985 : La Vie de famille de Jacques Doillon
1988 : L'Œuvre au noir de André Delvaux
1993 : En compagnie d'Antonin Artaud de Gérard Mordillat
1994 : La Fille de d'Artagnan de Bertrand Tavernier
2005 : Anthony Zimmer de Jérôme Salle
2006 : Le Metteur en scène de mariages de Marco Bellocchio
2015 : Marguerite et Julien de Valérie Donzelli
1937 : naissance le 13 octobre à l'hôpital Saint-Louis, Paris (10e), sous le nom de Sami Frei
1939 : mort du père, Mendel Frei, à Paris
1942 : déportation de la mère, Perla Wolf, vers Auschwitz (convoi n° 32, 14 septembre) ; l'enfant vit caché sous fausse identité
1944 : découverte de son identité juive lors d'une visite médicale ; fuite vers Rodez avec une partie de sa famille
1956 : premier rôle à l'écran dans Pardonnez nos offenses de Robert Hossein
1960 : rôle central dans La Vérité de Clouzot ; début de la notoriété publique
1964 : rôle de Franz dans Bande à part de Jean-Luc Godard
1972 : César et Rosalie de Claude Sautet, aux côtés de Romy Schneider et Yves Montand
1988 : création au Festival d'Avignon de Je me souviens, d'après Georges Perec, en solo
1993 : Bayard d'or et Fipa d'or du meilleur acteur pour En compagnie d'Antonin Artaud
1998 : nommé Chevalier de la Légion d'honneur (2 janvier)
2002 : nommé Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres (15 juillet)
2009 : interprète Premier Amour de Samuel Beckett au théâtre de l'Atelier, Paris
2021 : dernière apparition sur scène avec la lecture d'Un vivant qui passe de Claude Lanzmann au théâtre de l'Atelier
Sami Frey est le fils de Mendel Frei, maroquinier, et de Perla Wolf, tous deux Juifs polonais immigrés en France, déportés et morts en déportation. Sa grand-mère maternelle, Chaja Wolf, est également déportée en 1943. Après la guerre, l'orphelin est élevé par des membres de sa famille. Il n'a pas suivi de cursus scolaire complet, ayant dû interrompre sa scolarité à treize ans. Sa première compagne connue est l'actrice Pascale Audret, sœur du chanteur Hugues Aufray. À la suite du tournage de La Vérité en 1960, il vit une relation de trois ans avec Brigitte Bardot, alors mariée à Jacques Charrier. Aucun mariage ni enfant reconnu publiquement ne sont documentés.
À partir du début des années 1970 et jusqu'à la mort de celle-ci en octobre 1990, Sami Frey partage la vie de la comédienne Delphine Seyrig, avec laquelle il collabore au théâtre, notamment dans La Bête dans la jungle d'après Henry James (1981), et pour le making-of de Jeanne Dielman de Chantal Akerman (1974). Grand sportif, il est connu pour sa passion du vélo. La mémoire de la Shoah et l'univers littéraire constituent les deux axes de ses engagements publics documentés : il consacre plusieurs lectures scéniques à des textes de Samuel Beckett, Georges Perec, Claude Lanzmann et Harold Pinter, aux côtés de Jeanne Moreau notamment.
1 - Avant d'être admis au cours Simon, le jeune Sami Frey travaille comme doublure lumière pour Tony Curtis sur le tournage de Trapèze (1956) à Paris, un emploi alimentaire qui lui permet d'observer de l'intérieur les mécanismes d'un tournage professionnel.
2 - Claude Lanzmann, en 1962, décrit la singularité vocale de l'acteur en ces termes : jusqu'à six ans, il n'a parlé que le yiddish ; pendant deux ans d'occupation, il lui a été interdit de parler sous peine de mort, sa voix pouvant le trahir. Lanzmann en conclut : « Il s'est tu donc et depuis, la communication lui est douleur. »
3 - En 1974, Sami Frey réalise Autour de Jeanne Dielman, le making-of en noir et blanc du film de Chantal Akerman, un document de coulisses tourné avec Delphine Seyrig comme actrice principale — unique réalisation documentaire de sa carrière.
4 - En 1988 au Festival d'Avignon, il crée seul en scène Je me souviens, d'après la liste de 480 réminiscences de Georges Perec, qu'il reprend ensuite durant de nombreuses années — le spectacle lui vaut un Molière du comédien en 1989, puis un second Molière pour la même pièce en 2004.
5 - Sa dernière apparition sur scène a lieu en 2021 au théâtre de l'Atelier, où il lit Un vivant qui passe de Claude Lanzmann, transcription d'un entretien avec un délégué de la Croix-Rouge ayant visité Auschwitz en 1943 sans témoigner de ce qu'il voyait — un choix de texte directement lié à la disparition de ses parents dans les camps.
- Métier(s) : acteur, metteur en scène
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Pascale Audret (avant 1960) ; Brigitte Bardot (circa 1960–1963) ; Delphine Seyrig (circa 1970–1990)
- Enfants : aucun documenté
- Distinctions : Molière du comédien 1989 (repris en 2004) pour Je me souviens ; Prix du Syndicat de la critique 1989 ; Bayard d'or du meilleur acteur, Festival de Namur 1993 ; Fipa d'or du meilleur acteur, Biarritz 1994 ; Chevalier de la Légion d'honneur 1998 ; Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres 2002