Jules Vallès, de son vrai nom Jules Louis Joseph Vallez, est un journaliste, écrivain et homme politique d'extrême gauche français, né le 11 juin 1832 au Puy-en-Velay et mort le 14 février 1885 à Paris. Fondateur du journal Le Cri du peuple et élu de la Commune de Paris en 1871, il est l'auteur d'une trilogie autobiographique demeurée au programme scolaire.
Fils de Jean-Louis Vallez, professeur agrégé de grammaire, Jules Vallès accompagne sa famille au gré des mutations paternelles : le Puy-en-Velay, puis le collège royal de Saint-Etienne, puis celui de Nantes où il effectue la quasi-totalité de ses études secondaires entre 1845 et 1848. Brillant élève plusieurs fois primé, il participe aux manifestations républicaines de février 1848 aux côtés de son ami Charles-Louis Chassin, avant d'être rappelé à Paris comme boursier au lycée Condorcet en 1849. Après l'opposition au coup d'Etat de Napoléon III en décembre 1851, son père le fait interner pour aliénation mentale à l'asile de Nantes, où il reste deux mois. Libéré en mars 1852 grâce à l'intervention de ses amis, il obtient le baccalauréat à Poitiers en mai de la même année. Revenu à Paris, employé à la mairie de Vaugirard, puis pion au collège de Caen, il publie en 1857 son premier pamphlet, L'Argent, avant d'entrer au Figaro en 1864 grâce à une chronique remarquée, "Dimanche d'un jeune homme pauvre", qui lui ouvre les portes du grand journalisme.
La carrière journalistique de Vallès est jalonnée de procès et d'emprisonnements. Condamné en 1868 à un mois de prison pour injures envers les agents de l'autorité, puis à deux mois supplémentaires pour excitation à la haine contre le gouvernement, il fonde en 1867 l'hebdomadaire La Rue, premier d'une série de journaux lancés dans l'opposition au Second Empire. En février 1871, à la veille de l'insurrection, il crée Le Cri du peuple, qui devient le quotidien le plus vendu de la Commune aux côtés du Père Duchêne. Elu le 26 mars 1871 dans le 15e arrondissement de Paris par 4 403 voix, il siège à la commission de l'Enseignement, puis à celle des Relations extérieures, tout en s'opposant à la création d'un comité de Salut public. Lors de la Semaine sanglante, il s'échappe déguisé en infirmier militaire, passe par Lausanne et la Belgique, avant de s'établir à Londres, où le 6e conseil de guerre le condamne à mort par contumace le 14 juillet 1872. Durant neuf années d'exil difficiles, il rédige sa trilogie romanesque sous pseudonyme : L'Enfant (publié en 1879 sous le nom de La Chaussade), Le Bachelier (1881) et L'Insurgé (publié à titre posthume en 1886). Rentré en France le 13 juillet 1880 avec l'amnistie des communards, il relance Le Cri du peuple en 1883, avec le soutien financier du docteur Adrien Guebhard, et le dirige jusqu'à sa mort. L'éditeur Georges Charpentier assure la publication en volume de ses deux premiers romans. Hector Malot est désigné exécuteur testamentaire.
Jules Vallès a fait l'objet de plusieurs condamnations judiciaires prononcées sous le Second Empire. En 1868, un tribunal le condamne à un mois de prison pour injures publiques envers des agents de l'autorité, dans un article publié sur la police. En octobre de la même année, une deuxième condamnation de deux mois est prononcée pour excitation à la haine et au mépris du gouvernement. En mars 1869, il est condamné à deux mois supplémentaires pour un article sur le coup d'Etat paru dans le Courrier de l'Intérieur. En mars 1871, un tribunal le condamne à six mois de prison pour son appel à la grève des loyers. Enfin, le 6e conseil de guerre le condamne à mort par contumace le 14 juillet 1872 pour sa participation à la Commune de Paris. Cette peine, prononcée en son absence alors qu'il était en exil à Londres, ne fut jamais exécutée, Vallès rentrant en France après l'amnistie de 1880.
1832 : naissance le 11 juin au Puy-en-Velay sous le nom de Louis Jules Vallez
1845 : entrée au collège royal de Nantes, où son père vient d'être nommé professeur
1848 : participation aux manifestations républicaines de Nantes aux côtés de Charles-Louis Chassin
1851 : internement à l'asile de Nantes, à la demande de son père, après ses prises de position contre le coup d'Etat de Napoléon III
1852 : libération de l'asile et obtention du baccalauréat à Poitiers
1857 : publication de son premier ouvrage, L'Argent
1864 : chroniques des Réfractaires dans le Figaro, début de la notoriété journalistique
1867 : fondation de l'hebdomadaire La Rue
1868-1869 : trois condamnations judiciaires successives pour ses articles d'opposition
1871 : fondation du Cri du peuple, élection à la Commune dans le 15e arrondissement, fuite lors de la Semaine sanglante
1872 : condamnation à mort par contumace par le 6e conseil de guerre, le 14 juillet
1875 : mort de sa fille Jeanne-Marie à Londres, âgée de dix mois
1879 : rencontre de Séverine à Bruxelles ; première édition de L'Enfant
1880 : retour en France le 13 juillet avec l'amnistie des communards
1881 : publication par l'éditeur Georges Charpentier de L'Enfant et du Bachelier sous le nom de Jules Vallès
1883 : relance du Cri du peuple grâce au financement du docteur Adrien Guebhard
1885 : mort le 14 février au 77 boulevard Saint-Michel à Paris
Jules Vallès est le troisième enfant de Jean-Louis Vallez, maître d'études puis professeur agrégé de grammaire, et de Julie Pascal, dont la famille était paysanne. De leur fratrie de sept enfants, seuls Jules et sa soeur Marie-Louise survécurent en bas âge. Cette dernière fut internée par leur père et mourut en 1859. Les relations de Vallès avec ses parents, décrites comme autoritaires et répressives dans sa trilogie, ont profondément marqué son oeuvre. En 1875, une fille prénommée Jeanne-Marie naquit de sa liaison londonienne, mais mourut à dix mois à peine. La journaliste Séverine, rencontrée à Bruxelles en 1879, devint sa secrétaire, sa disciple et sa collaboratrice au Cri du peuple, dont elle prit la direction à sa mort.
Vallès a entretenu des liens durables avec plusieurs personnalités du mouvement républicain et socialiste. Son ami de jeunesse Arthur Arnould, avec qui il échangea une correspondance publiée, constitue un témoin direct de ses années d'exil. L'écrivain Hector Malot, désigné exécuteur testamentaire, représentait le cercle de la Société des Gens de lettres qui plaida pour sa réintégration après l'amnistie. Ses engagements couvrent la liberté de la presse, la défense des condamnés de la Commune déportés en Nouvelle-Calédonie, et plus généralement la cause des classes populaires et des enfants maltraités, qu'il plaçait au même rang que les droits de l'homme.
Jules Vallès est mort le 14 février 1885 au 77 boulevard Saint-Michel à Paris, dans le domicile du docteur Adrien Guebhard et de sa secrétaire Séverine, chez qui il avait été conduit lors d'une crise grave en novembre 1884. La cause du décès était le diabète, dont il souffrait depuis plusieurs années. Ses dernières paroles rapportées sont : « J'ai beaucoup souffert. » Les funérailles eurent lieu le 16 février, en cortège public depuis le Quartier latin jusqu'au cimetière du Père-Lachaise. Selon les sources, entre plusieurs dizaines de milliers et cent mille Parisiens accompagnèrent le cercueil, parmi lesquels de nombreux survivants de la Commune. Des incidents éclatèrent dans le cortège entre royalistes et anciens communards.
Jules Vallès est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, 66e division, à Paris. Sa tombe porte l'épitaphe : « Ce qu'ils appellent mon talent n'est que ma haine pour les oppresseurs. » Son nom figure sur des rues de plusieurs villes françaises, dont Paris, Nantes, Le Puy-en-Velay, Le Havre, Rennes et Saint-Ouen.
1 - Durant la Semaine sanglante de mai 1871, Vallès s'échappa des barricades de la rue de Belleville déguisé en médecin militaire. L'écrivain Maxime Du Camp, pourtant anti-communard convaincu, l'aurait reconnu à l'hôpital Saint-Antoine mais se serait refusé à le dénoncer.
2 - Lors de la répression de la Commune, deux hommes lui ressemblant furent exécutés par méprise par les troupes versaillaises, qui les prirent pour Vallès. La rumeur de sa mort circula à Paris avant que son exil en Suisse puis en Angleterre ne soit connu.
3 - En prison à Sainte-Pélagie sous le Second Empire, Vallès prit la tête de la rédaction du Journal de Saint-Pélagie, un organe éphémère fondé par les journalistes détenus, transformant ainsi sa cellule en rédaction.
4 - Sa soeur Marie-Louise, dont l'existence est absente de la trilogie autobiographique, fut internée par leur père comme lui, et mourut en 1859 après des années d'enfermement. Vallès n'évoqua jamais cet épisode directement dans son oeuvre.
5 - Lorsque le lycée de Nantes menaça de dissoudre le Club républicain qu'il présidait en 1848, il fit publier dans le journal local L'Alliance un manifeste lycéen réclamant notamment la suppression du baccalauréat et l'interdiction des haricots à la cantine, texte resté comme exemple précoce de son style mordant.
- Métier(s) : journaliste, écrivain, homme politique
- Résidence principale : Paris (5e arrondissement, boulevard Saint-Michel)
- Relations de couple : liaison non formalisée à Londres (mère de Jeanne-Marie, non identifiée dans les sources) ; relation avec Séverine (disciple et collaboratrice, non maritale)
- Enfants : Jeanne-Marie, morte en 1875 à Londres à l'âge de dix mois
- Distinctions : élu à la Commune de Paris (15e arrondissement, 1871)
211 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
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« Mon nom restera affiché dans l'atelier des guerres sociales comme celui d'un ouvrier qui ne fut pas fainéant. »
— Oeuvres de Jules Vallès (citation attribuée, reprise dans plusieurs anthologies)
« J'étouffe dans l'immense cellule de Londres, mais je préfère y mourir désespéré et ne pas m'écarter une seule fois de ma ligne de franchise. »
— Correspondance depuis Londres (citée dans Presses universitaires du Septentrion, 2021)
« Il existe de par les chemins une race de gens qui, au lieu d'accepter une place que leur offrait le monde, ont voulu s'en faire une tout seuls, à coups d'audace ou de talent. »
— Les Réfractaires, 1865
« Le passé, voilà l'ennemi ; c'est ce qui me fait m'écrier dans toute la sincérité de mon âme : on mettrait le feu aux bibliothèques et aux musées qu'il y aurait pour l'humanité, non pas perte, mais profit et gloire. »
— Lettre ouverte à M. Covielle, Le Nain jaune, 24 février 1867
« Mon nom restera affiché dans l'atelier des guerres sociales comme celui d'un ouvrier qui ne fut pas fainéant. »
— Oeuvres de Jules Vallès (citation attribuée, reprise dans plusieurs anthologies)
« J'étouffe dans l'immense cellule de Londres, mais je préfère y mourir désespéré et ne pas m'écarter une seule fois de ma ligne de franchise. »
— Correspondance depuis Londres (citée dans Presses universitaires du Septentrion, 2021)
« Il existe de par les chemins une race de gens qui, au lieu d'accepter une place que leur offrait le monde, ont voulu s'en faire une tout seuls, à coups d'audace ou de talent. »
— Les Réfractaires, 1865
« Le passé, voilà l'ennemi ; c'est ce qui me fait m'écrier dans toute la sincérité de mon âme : on mettrait le feu aux bibliothèques et aux musées qu'il y aurait pour l'humanité, non pas perte, mais profit et gloire. »
— Lettre ouverte à M. Covielle, Le Nain jaune, 24 février 1867