François Molins, né le 26 août 1953 à Banyuls-dels-Aspres (Pyrénées-Orientales), est un magistrat français qui a dirigé le parquet de Paris de 2011 à 2018, devenant le visage public de la lutte antiterroriste lors des attentats qui ont frappé la France de 2012 à 2017.
Fils d'un médecin militaire, François Gérard Molins grandit à Banyuls-dels-Aspres, petit village catalan des Pyrénées-Orientales. Il effectue ses études secondaires au lycée Le Caousou de Toulouse, puis se tourne vers le droit à l'université de Perpignan. Reçu au concours de l'École nationale de la magistrature en 1976, il achève sa scolarité en janvier 1979, formé notamment sous la direction de Pierre Truche, alors directeur de l'établissement. Il débute comme substitut du procureur à Carcassonne, poste qu'il occupe sept ans, avant d'être nommé procureur de la République à Montbrison (1986-1988) puis à Villefranche-sur-Saône (1988-1991). En 1991, il rejoint la cour d'appel de Bastia comme substitut général, où il travaille aux côtés de son mentor Jean-Louis Nadal. En 1995, les deux magistrats sont associés dans le traitement de l'affaire Khaled Kelkal, l'un des premiers dossiers de terrorisme islamiste sur le sol français.
De 1993 à 1996, François Molins officie à la cour d'appel de Lyon, puis prend la tête du parquet de Bobigny de 2004 à 2009, où il lance l'enquête sur la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents électrocutés en octobre 2005 lors d'une fuite devant des policiers. Il est ensuite directeur de cabinet des ministres de la Justice Michèle Alliot-Marie puis Michel Mercier entre 2009 et 2011. Nommé en novembre 2011 procureur de la République de Paris, il prend en charge toutes les grandes affaires antiterroristes : les tueries de Mohammed Merah en mars 2012, les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l'Hypercacher, le 13 novembre 2015 au Bataclan, l'attentat de Nice du 14 juillet 2016, celui de Saint-Etienne-du-Rouvray et l'attentat des Champs-Élysées d'avril 2017. Il instruit également les volets judiciaires des affaires Jérôme Cahuzac et Bygmalion impliquant Nicolas Sarkozy. En octobre 2018, il est nommé procureur général près la Cour de cassation, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite en juin 2023. A ce titre, il co-préside le Conseil supérieur de la magistrature aux côtés de Chantal Arens, première présidente, et publie ses mémoires chez Flammarion en 2024 sous le titre Au nom du peuple français.
Deux affaires distinctes ont suscité des controverses institutionnelles autour de François Molins. Premièrement, à son arrivée au poste de directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie en 2009, il s'est fait nommer pour ordre avocat général près la Cour de cassation, ce qui lui valait un complément de salaire et des avantages pour la retraite. Le 18 janvier 2013, le Conseil d'État annule ce décret, considérant qu'il s'agissait d'un emploi fictif. François Molins rembourse en 2017 la somme de 15 720,83 euros indûment perçue. Deuxièmement, son rôle dans la procédure pour prise illégale d'intérêt contre le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a été vivement critiqué. Plusieurs commentateurs ont dénoncé un conflit d'intérêts : François Molins était à la fois autorité de poursuite devant la Cour de justice de la République et témoin à décharge, après avoir conseillé au cabinet ministériel d'ouvrir les enquêtes administratives contestées, tout en signant dix jours plus tard une tribune dans Le Monde dénonçant ces mêmes enquêtes. Éric Dupond-Moretti est relaxé le 29 novembre 2023, après trois ans de procédure.
1953 : naissance le 26 août à Banyuls-dels-Aspres (Pyrénées-Orientales)
1976 : reçu au concours de l'École nationale de la magistrature
1979 : début de carrière comme substitut du procureur à Carcassonne
1986 : nommé procureur de la République à Montbrison (Loire)
1991 : substitut général à la cour d'appel de Bastia, rencontre Jean-Louis Nadal
1995 : impliqué dans l'affaire Khaled Kelkal à Lyon
2004 : procureur de la République à Bobigny (Seine-Saint-Denis)
2005 : lance l'enquête sur la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré
2011 : nommé procureur de la République de Paris
2013 : le Conseil d'État annule sa nomination pour ordre d'avocat général
2015 : conduit les enquêtes sur les attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre
2018 : nommé procureur général près la Cour de cassation
2023 : départ en retraite en juin ; relaxe d'Éric Dupond-Moretti en novembre
2024 : publication de Au nom du peuple français (Flammarion), enseignement à Sciences Po Paris
2026 : préside la rentrée solennelle de la faculté de droit de Saint-Étienne (février)
François Molins est le fils d'un médecin militaire, dont le nom n'est pas rendu public, et grandit dans un milieu catholique pratiquant, foi qu'il conserve tout au long de sa vie. Il rencontre sa future épouse -- greffière de profession, dont le prénom n'est pas rendu public -- à la faculté de droit de Perpignan. Le couple aura trois enfants, dont aucun n'a choisi de carrière juridique. Les nuits de novembre 2015, marquées par la gestion des attentats du Bataclan, lui causent de longues insomnies selon les éléments confiés à la presse. Son nom complet de naissance est François Gérard Molins.
Jean-Louis Nadal, rencontré à Bastia puis à Lyon dans les années 1990, constitue la principale figure de mentorat de sa carrière. A la retraite depuis juin 2023, François Molins enseigne le droit antiterroriste à l'École de droit de Sciences Po Paris et est professeur associé à l'Institut catholique de Vendée, où une chaire porte son nom. En mai 2024, il co-signe avec soixante-neuf autres personnalités une tribune dans Le Nouvel Obs réclamant que la justice environnementale devienne une priorité nationale. Il préside la cérémonie de rentrée solennelle de la faculté de droit de Saint-Étienne en février 2026.
1 - Lorsqu'il intègre l'École nationale de la magistrature, son directeur Pierre Truche l'accueille avec une phrase sur la démocratie et la fraternité ; il choisit précisément ces mots pour ouvrir ses mémoires publiées en 2024 chez Flammarion.
2 - A Bobigny en 2005, François Molins déclenche l'enquête sur la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents électrocutés lors d'une fuite devant des policiers, événement qui embrase les banlieues françaises pendant trois semaines.
3 - En janvier 2013, le Conseil d'État annule un décret le nommant avocat général pour ordre à la Cour de cassation, poste jugé fictif ; il rembourse en 2017 la somme exacte de 15 720,83 euros indûment perçue depuis 2009.
4 - Bien qu'il ait été sollicité pour occuper les postes de ministre de la Justice et de ministre de l'Intérieur, il a systématiquement refusé toute entrée dans l'arène politique, selon ses révélations dans ses mémoires de 2024.
5 - La promotion de l'École nationale de la magistrature de 2023 choisit de porter son nom, hommage rendu par les auditeurs de justice eux-mêmes à l'occasion de son départ en retraite.
- Métier(s) : magistrat, procureur de la République, procureur général, enseignant en droit
- Résidence principale : non documentée publiquement
- Relations de couple : marié à une greffière rencontrée à l'université de Perpignan (prénom non public)
- Enfants : trois enfants (prénoms non rendus publics)
- Distinctions : officier de la Légion d'honneur (2014), commandeur de l'ordre national du Mérite (2018), chevalier des Palmes académiques, médaille d'honneur de l'administration pénitentiaire argent (2005), croix éminente de l'ordre de San Raimundo de Peñafort (2015)
Ce n'est pas la magistrature qui est en danger, c'est l'indépendance de la justice.
— Déclaration de François Molins, 2020, rapportée par la presse nationale
C'est avec émotion que je cesse aujourd'hui le métier de magistrat que j'ai exercé avec le même enthousiasme et la même passion pendant 46 ans.
— Publication sur le compte X officiel @francois_molins, 30 juin 2023
Il ne peut y avoir de détention préventive en dehors d'une procédure pénale. C'est le socle de l'État de droit. On ne peut pas détenir quelqu'un avant qu'il ait commis une infraction.
— Déclaration publique de François Molins, septembre 2016, rapportée par Les Echos
Il ne saurait donc y avoir de justice de qualité sans parquet indépendant et impartial. Pour le traitement des affaires pénales, les juges ont besoin d'un parquet fort, indépendant et impartial, et non de fonctionnaires aux ordres du gouvernement.
— Allocution de rentrée de la Cour de cassation, janvier 2022, publiée sur courdecassation.fr