Résumé biographique

Figure majeure de la peinture abstraite et paysagiste du XXe siècle, Nicolas de Staël est un peintre franco-russe dont l’exil, la biographie marquée par la rupture et une œuvre allant de l’abstraction dense aux paysages de Méditerranée structurent une trajectoire centrale pour l’histoire de l’art moderne.


Parcours

Né le 5 janvier 1914 à Saint-Pétersbourg dans une famille aristocratique, Nicolas de Staël grandit dans le contexte de la Révolution russe puis de l’exil en Pologne et en Belgique, où il est accueilli à Bruxelles par la famille Fricero. Il étudie à l’Académie royale des beaux-arts et à l’Académie de Saint-Gilles, se forme à la peinture et voyage en Europe du Nord, en Italie et en Afrique du Nord. Installé ensuite en France, il expose à Paris dans les années 1940 et affine un langage pictural qui évolue d’une figuration sombre vers une abstraction structurée par de larges aplats de couleur. Naturalisé français en 1948, il accède au début des années 1950 à une visibilité internationale grâce à des expositions à Paris, en Europe et à New York.


Repères de carrière

1914 : Naissance à Saint-Pétersbourg, Russie, dans une famille de militaires de haut rang.
1919-1922 : Exil familial en Pologne, décès des parents, installation à Bruxelles chez la famille Fricero.
1933 : Études à l’Académie royale des beaux-arts et à l’Académie de Saint-Gilles à Bruxelles.
1937 : Séjour au Maroc, rencontre de la peintre Jeannine Guillou, début d’une collaboration et d’une vie commune.
1938-1941 : Installation en France, engagement dans la Légion étrangère, retour à la peinture après la démobilisation.
1944 : Exposition avec Kandinsky et Domela à la galerie Jeanne Bucher à Paris, reconnaissance dans les milieux d’avant-garde.
1946 : Mort de Jeannine Guillou ; mariage avec Françoise Chapouton, installation dans un grand atelier à Paris.
1948 : Naturalisation française ; l’abstraction s’affirme dans des compositions denses aux empâtements marqués.
1950 : Acquisition d’une œuvre par le Musée d’Art moderne de Paris, consolidation de sa position sur la scène française.
1952 : Match au Parc des Princes et élaboration de la série Les Footballeurs et de la toile Parc des Princes.
1953 : Exposition personnelle à la Knoedler Gallery à New York, succès critique et commercial ; contrat avec Paul Rosenberg.
1953-1954 : Séjours à Lagnes, Ménerbes et en Italie ; séries de paysages méditerranéens et de nus liés à Jeanne Polge née Mathieu.
1954 : Installation seul à Antibes dans une maison-atelier sur les remparts, production intense de marines et de natures mortes.
1955 : Travail sur la toile monumentale Le Concert au Fort d’Antibes.
16 mars 1955 : Décès à Antibes à 41 ans, en pleine période de reconnaissance internationale.


Vie personnelle et engagements

Nicolas de Staël naît dans une lignée de généraux russes et connaît très tôt l’exil, la perte de ses parents et une enfance recomposée à Bruxelles. Il partage sa vie à partir de 1937 avec la peintre Jeannine Guillou, rencontrée au Maroc, avec laquelle il a une fille, Anne, née à Nice en 1942. Après le décès de Jeannine en 1946, il épouse Françoise Chapouton, engagée auprès de ses enfants, avec laquelle il fonde une nouvelle famille comprenant notamment Laurence, Jérôme et Gustave. À partir de 1953, il entretient une relation passionnée avec Jeanne Polge née Mathieu, femme mariée vivant près de Nice, qui coexiste avec sa vie familiale et accompagne sa dernière phase créatrice. De Staël n’est pas identifié à un militantisme politique structuré, mais ses choix de vie, ses correspondances et ses liens avec des écrivains comme René Char l’inscrivent dans un réseau intellectuel et artistique très actif dans la France d’après-guerre.


Anecdotes

1 – Enfance marquée par la fuite de Russie, l’exil en Pologne puis l’accueil à Bruxelles : la trajectoire familiale nourrira chez lui un rapport constant à l’idée de déracinement et de déplacement, perceptible dans ses paysages et marines.
2 – Le 26 novembre 1952, un match France-Suède au Parc des Princes déclenche la série Les Footballeurs et la toile Parc des Princes, où il transpose le mouvement des joueurs en blocs de couleur plutôt qu’en description figurative.
3 – En février 1953, son exposition personnelle à la galerie new-yorkaise Knoedler rencontre une forte attention des critiques et collectionneurs ; le contrat signé ensuite avec Paul Rosenberg assure un débouché américain régulier à son œuvre.
4 – À partir de 1953, la rencontre avec Jeanne Polge née Mathieu inspire de nombreuses toiles de nus, dont Nu debout et Femme assise, où le corps féminin devient un motif central de ses recherches sur la couleur et la matière.
5 – Les derniers jours de sa vie, il travaille presque sans interruption sur la toile monumentale Le Concert, environ 6 mètres par 3,50 mètres, laissée inachevée et aujourd’hui conservée au musée Picasso d’Antibes.
6 – En octobre 2019, la toile Parc des Princes atteint un prix de l’ordre de 20 millions d’euros en vente publique, confirmant la place de son œuvre sur le marché international de l’art.


Lieux de mémoire

Né à Saint-Pétersbourg, Nicolas de Staël passe une partie de sa jeunesse à Bruxelles avant de s’installer durablement en France. Son parcours le mène notamment à Paris, puis en Provence (Lagnes, Ménerbes) et sur la Côte d’Azur, entre Nice et Antibes. La maison-atelier d’Antibes, sur les remparts, est étroitement associée à ses dernières œuvres. Il est inhumé au cimetière de Montrouge, division 58, où il repose aux côtés de Jeannine Guillou.


Contexte du décès

Le 16 mars 1955, à Antibes, Nicolas de Staël se donne la mort à 41 ans en se jetant de la terrasse de son atelier, situé rue du Revely sur les remparts, alors qu’il travaille encore à la grande toile Le Concert. Depuis plusieurs mois, il cumule fatigue extrême, insomnies et tension entre une production picturale intense, sa vie familiale et une relation amoureuse complexe avec Jeanne Polge née Mathieu. Des témoins et proches évoquent un état d’épuisement physique et psychique plutôt qu’un geste isolé. Après les constatations à Antibes, son corps est transporté et inhumé au cimetière de Montrouge, près de Paris, dans une tombe partagée avec Jeannine Guillou, devenue un lieu de recueillement pour les amateurs de son œuvre.


Points clés

• Métier(s) : peintre, dessinateur, illustrateur
• Résidence principale : Antibes, France (dernière maison-atelier)
• Relations : Jeannine Guillou (vers 1937-1946), Françoise Chapouton (à partir de 1946), Jeanne Polge née Mathieu (1953-1955)
• Enfants : Anne (1942), Laurence, Jérôme (1948), Gustave
• Distinctions : œuvres dans de grandes collections publiques (Musée d’Art moderne de Paris, musée Picasso d’Antibes, musées européens et nord-américains)