Selma Lagerlöf incarne une double révolution littéraire : première femme couronnée du prix Nobel de littérature en 1909, elle inscrit les légendes du Värmland dans une prose visionnaire qui mêle réalisme et fantastique. Ses œuvres, enracinées dans les récits oraux de son enfance, transcendent le folklore pour atteindre une portée universelle, faisant d'elle une voix pionnière du mouvement romantique national suédois.
Née le 20 novembre 1858 dans une famille de propriétaires terriens du Värmland, Selma Ottilia Lovisa Lagerlöf grandit au domaine de Mårbacka, immergée dans les contes et légendes qui nourrissent son imaginaire. Atteinte dans l'enfance d'une affection à la hanche (séquelle probable de fièvre rhumatismale), elle développe une sensibilité littéraire précoce. Entre 1882 et 1885, elle suit l'enseignement du Högre lärarinneseminariet à Stockholm, institut de formation pour enseignantes. Diplômée, elle enseigne à l'école de filles de Landskrona de 1885 à 1895, conciliant pédagogie et écriture. La vente du domaine familial en 1887, puis sa perte définitive en 1889, la marquent durablement.
En 1891, elle publie Gösta Berlings saga, épopée romantique qui libère une imagination naïve et fantastique dans un style lyrique. Le succès est immédiat en Suède. En 1894, elle rencontre Sophie Elkan, écrivaine avec qui elle noue une amitié profonde et une correspondance intense qui influencent son œuvre. Ses écrits permettent à Lagerlöf de quitter l'enseignement et de racheter Mårbacka en 1907, réalisant un rêve. La même année paraît Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, commande pédagogique transformée en classique poétique de la géographie nationale. En 1909, elle reçoit le prix Nobel de littérature, première femme honorée. En 1914, elle entre à l'Académie suédoise, brisant un nouveau plafond de verre.
Durant la Première Guerre mondiale, Lagerlöf publie en 1918 Bannlyst, roman pacifiste. À la fin des années 1930, elle intervient pour sauver des écrivains juifs, obtenant en 1939 un visa suédois pour la poétesse Nelly Sachs et sa mère, les arrachant aux persécutions nazies. La même année, elle soutient la Finlande face à l'Union soviétique lors de la guerre d'Hiver, offrant sa médaille d'or Nobel au Fonds national de secours suédois pour la Finlande ; le gouvernement suédois trouve finalement d'autres fonds et la lui restitue. Après une longue maladie, elle meurt d'une péritonite à Mårbacka le 16 mars 1940, à 81 ans.
Selma Lagerlöf demeure célibataire toute sa vie, sans descendance. Son père Erik Gustaf Lagerlöf, lieutenant et propriétaire terrien, et sa mère Louise Wallroth, issue d'une famille commerçante, lui transmettent un amour des récits oraux et de la culture du Värmland. Elle partage son enfance avec cinq frères et sœurs. Son amitié avec Sophie Elkan, épistolaire et intense, nourrit son travail créatif et traverse sa vie adulte. Passionnée par les légendes et le folklore scandinave, elle voyage régulièrement, enrichissant son univers romanesque. Son handicap à la hanche, contracté enfant, forge une sensibilité singulière qui irrigue son œuvre.
Fervente défenseuse des droits des femmes, elle utilise sa notoriété pour promouvoir l'éducation et l'égalité. Pacifiste convaincue, elle s'oppose publiquement aux conflits armés durant la Première Guerre mondiale. En 1939, elle mobilise ses réseaux pour obtenir des visas suédois, sauvant Nelly Sachs et sa mère des persécutions nazies. La même année, elle offre symboliquement sa médaille d'or Nobel au Fonds de secours pour la Finlande, menacée par l'Union soviétique, illustrant un engagement humanitaire sans faille.
Selma Lagerlöf meurt le 16 mars 1940 à son domicile de Mårbacka, à l'âge de 81 ans, des suites d'une péritonite après une longue maladie. La Suède lui rend un hommage national, saluant la disparition d'une figure littéraire majeure. Ses funérailles rassemblent écrivains, académiciens et lecteurs venus honorer celle qui incarna le renouveau du romantisme scandinave et l'émancipation intellectuelle des femmes.
Selma Lagerlöf repose au cimetière familial de Mårbacka, domaine du Värmland qu'elle rachète en 1907 et qui demeure le centre de sa vie et de son œuvre. Ce lieu, transformé aujourd'hui en musée (Selma Lagerlöfs Mårbacka), perpétue sa mémoire et attire de nombreux visiteurs. La région du Värmland, dans le sud-ouest de la Suède, imprègne profondément son imaginaire, ses paysages et légendes constituant la matière première de ses récits. Stockholm, où elle se forme au Högre lärarinneseminariet, marque son parcours intellectuel. Landskrona, dans le sud, abrite l'école où elle enseigne une décennie, avant de consacrer sa vie entière à l'écriture.