Emmanuelle Mottaz, figure énigmatique de la variété française des années 1980, a incarné l'évolution d'une jeune chanteuse à tubes vers une artiste pluridisciplinaire défiant les conventions. Passée d'une pop acidulée à des univers sombres et littéraires, elle a ensuite abandonné la scène musicale pour se consacrer au cinéma, à la production et à la photographie, laissant derrière elle un héritage contrasté et une œuvre audacieuse restée confidentielle.
Repérée par Jean-Luc Azoulay en 1985, Emmanuelle Mottaz débute sa carrière avec le single Je t'appelle de Macao, qui passe inaperçu. La même année, elle prête sa voix à l'ordinateur dans le titre Allô allô Monsieur l'ordinateur de Jean-Jacques Lionel. L'année suivante, elle connaît un succès foudroyant avec Premier Baiser, générique de la série Premiers Baisers, dont la mélodie évoque très directement Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy. Cette ressemblance musicale suscite l'indignation publique de la chanteuse, qui envisage une action en justice avant d'y renoncer. Le titre se classe deuxième des ventes françaises et s'écoule à 600 000 exemplaires, propulsant Emmanuelle sous les projecteurs. L'album homonyme qui suit en 1986 comprend des titres audacieux pour l'époque, comme Pas un garçon, abordant l'homosexualité féminine, et une reprise de Rossignol de mes amours.
En 1987, elle récidive avec Rien que toi pour m'endormir, où apparaît le mannequin Rick dans les clips, puis avec l'album Emmanuelle, dont le single éponyme atteint la troisième place des charts avec 300 000 exemplaires vendus. Malgré une intense promotion dans les directs d'AB Productions et sur Platine 45, ainsi qu'un rôle dans la série humoristique Pas de pitié pour les croissants, les singles suivants Dans mon café et Qui n'a jamais rêvé ne rencontrent pas le succès escompté. Elle figure parmi les vedettes du téléfilm événement diffusé sur TF1 lors du réveillon 1989. À la fin des années 1980, elle amorce un virage radical : Jean-Luc Azoulay crée le label Stiger Records pour elle et, sous le pseudonyme de Fitzgerald Artman, lui écrit des chansons plus adultes et sulfureuses, composées par Gérard Salesses alias Mel Dickopson. Les albums Tu seras à mes pieds (Poor rotten baby) en 1989 et Aquarelle et jeunes filles en 1992 affirment un univers littéraire, érotique et sombre, mais ne trouvent pas leur public malgré des clips réalisés par Emmanuelle elle-même. En 1990, elle se produit pour la seule fois de sa carrière en première partie de la tournée de Dorothée en Chine. Elle devient ensuite scénariste pour AB Productions, contribuant à Hélène et les Garçons, Le Miel et les abeilles, Le Miracle de l'amour et Les Vacances de l'amour.
Une compilation paraît en 1994 sans réelle promotion. Emmanuelle renonce alors définitivement à la musique et à la scénarisation pour se consacrer au cinéma et à la photographie. Au début des années 2000, elle réalise des courts et moyens métrages, encadre une troupe de jeunes comédiens et organise des séances photos. En 2012, elle décline une invitation à participer à la tournée nostalgique RFM Party 80, préférant se concentrer sur son travail de réalisatrice. En 2014, elle présente l'exposition Angels Bali avenue Kléber à Paris, révélant son univers photographique au public. Elle continue d'alterner entre Paris et Ibiza jusqu'à son décès en 2023.
En 1986, la sortie du titre Premier Baiser déclenche une polémique immédiate. La similitude musicale avec Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy est si évidente que cette dernière envisage publiquement de porter plainte pour plagiat. Sous pression médiatique, elle finit par renoncer à toute procédure judiciaire. Cet épisode entache le lancement d'Emmanuelle, mais le succès commercial du titre enterre rapidement la controverse dans l'esprit du grand public, bien que la chanson reste associée à cet épisode dans les mémoires critiques de l'époque.
Emmanuelle Mottaz a toujours cultivé une discrétion absolue sur sa vie privée. Aucune information sur ses parents (seule sa mère est brièvement évoquée par Jean-Luc Azoulay après le décès), une éventuelle fratrie, des relations de couple ou une descendance n'a jamais été documentée dans la presse nationale ni dans les rares interviews. Cette réserve contraste avec l'omniprésence médiatique de ses débuts et témoigne d'une volonté de séparation stricte entre vie publique et intimité. Le producteur Jean-Luc Azoulay a simplement indiqué qu'elle était « fragile depuis son enfance » et « fatiguée depuis quelque temps ». Elle partageait sa vie entre Paris et Ibiza durant les dernières décennies, alternant entre deux univers géographiques et culturels. Parmi ses passions figuraient la photographie, le cinéma indépendant et le travail avec de jeunes artistes, qu'elle accompagnait dans des projets collectifs ou individuels. Aucun engagement philanthropique ou associatif public n'a été rapporté.
Emmanuelle Mottaz est décédée le 16 mars 2023 à Paris, dans le 14e arrondissement, à l'âge de 59 ans. La cause exacte du décès n'a pas été communiquée publiquement. Ses funérailles ont eu lieu le 23 mars 2023 au crématorium du cimetière du Père-Lachaise, où ses cendres ont été dispersées au jardin du Souvenir. Quelques proches, dont Jean-Luc Azoulay, Jacky Jacubowicz, Laure Guibert et Jean-Paul Césari, ont assisté à cette cérémonie sobre et discrète. En 2023, son album Premier Baiser a été réédité en CD limité avec l'intégrale de ses singles (22 titres). Dorothée lui a rendu hommage en reprenant le titre lors d'émissions spéciales, rappelant la trajectoire singulière d'une artiste restée en marge des circuits commerciaux durant ses dernières années.
Emmanuelle Mottaz a partagé sa vie entre Paris et Ibiza, deux pôles symboliques de ses activités professionnelles et personnelles. Paris représentait l'ancrage historique de sa carrière musicale, le lieu des studios AB Productions et de ses collaborations scénaristes, ainsi que le centre de ses projets photographiques. En 2014, elle y a présenté son exposition avenue Kléber. Ibiza incarnait pour elle un espace de liberté créative, propice à l'écriture et à la réalisation de courts métrages loin des pressions médiatiques françaises. Après son décès, ses cendres ont été dispersées au jardin du Souvenir du cimetière du Père-Lachaise à Paris, lors d'une cérémonie le 23 mars 2023 en présence de proches du milieu artistique.