Mano Solo, de son vrai nom Emmanuel Cabut, né le 24 avril 1963 à Châlons-sur-Marne et mort le 10 janvier 2010 à Paris, est un chanteur, guitariste, dessinateur et peintre français. Fils du dessinateur Cabu, il a marqué la chanson française par sa voix éraillée et ses textes habités par la maladie et la révolte.
Emmanuel Cabut grandit à Ozoir-la-Ferrière, en Seine-et-Marne, dans un foyer politisé : son père, le dessinateur Jean Cabut dit Cabu, et sa mère, la journaliste Isabelle Monin, gravitent autour de Hara Kiri Hebdo puis de Charlie Hebdo. Après le divorce de ses parents en 1976, il quitte rapidement le système scolaire, plonge dans la culture punk parisienne et expérimente l'héroïne. Dès dix-sept ans, il joue de la guitare dans le groupe punk-rock Les Chihuahuas, où il croise notamment François Guernier. En parallèle, il dessine et peint sous le pseudonyme de Boredom, en hommage à un titre des Buzzcocks. En 1986, il apprend sa séropositivité, événement qui infusera durablement son écriture. Au début des années 1990, il quitte les coulisses pour passer derrière le micro et interpréter ses propres textes, sous le nom de scène de Mano Solo.
Son premier album, La Marmaille nue, paraît en 1993 chez Warner et s'écoule à 100 000 exemplaires la première année. Suivent Les Années sombres en 1995, Frères Misère en 1996 avec son ancien complice Napo Romero, puis Je sais pas trop en 1997, certifié disque d'or. L'album live Internationale Sha la la, capté au théâtre du Tourtour avec le guitariste Jean-Louis Solans, sort en 1999. Viennent ensuite Dehors en 2000, La Marche en 2002 et Les Animals en 2004, sur lequel figure le titre Botzaris enregistré avec Les Têtes raides. En 2006, il quitte Warner et s'autoproduit avec In the Garden en 2007, financé par souscription en ligne. Son ultime album, Rentrer au port, paraît en 2009.
1963 : naissance le 24 avril à Châlons-sur-Marne
1976 : divorce de ses parents Cabu et Isabelle Monin
1980 : débuts comme guitariste dans le groupe Les Chihuahuas
1986 : annonce médicale de sa séropositivité
1993 : sortie du premier album La Marmaille nue
1995 : annonce publique sur scène de l'évolution en sida lors d'un concert au Bataclan, sortie de Les Années sombres
1997 : album Je sais pas trop, disque d'or
1998 : rôle du roi dans le court métrage Sodomites de Gaspar Noé
2000 : sortie de l'album Dehors
2004 : sortie de l'album Les Animals
2007 : album autoproduit In the Garden après le départ de Warner
2009 : sortie de l'album Rentrer au port, dernier concert à l'Olympia le 12 novembre, hospitalisation
2010 : mort le 10 janvier à Paris, inhumation au cimetière du Père-Lachaise
2020 : publication de la bande défilée Mano Solo : Vive la révolution ! par Mediapart pour les dix ans de sa disparition
2025 : sortie de l'album hommage La Seconde d'après du collectif Frères 2 Misère, comprenant des inédits chantés par Mano Solo
Emmanuel Cabut est le fils unique du dessinateur Jean Cabut, dit Cabu (1938-2015), et de la journaliste Isabelle Monin (1937-2012), rédactrice en chef et cofondatrice du magazine écologiste La Gueule ouverte. Il a deux sœurs, restées discrètes, qui prendront la parole lors de ses obsèques. Sa relation avec son père a longtemps été conflictuelle, parfois décrite comme haineuse, alors qu'il entretenait une grande complicité avec sa mère. Il quitte l'école vers quinze ans pour la rue et la scène punk parisienne, et ne suivra pas de cursus universitaire. Sa compagne au moment de sa mort, restée hors médias, partageait son quotidien aux côtés de sa collaboratrice Fatiha Bendahmane.
Mano Solo s'investit auprès d'associations de lutte contre le sida, donne des concerts au profit de structures d'entraide et anime ponctuellement des émissions de radio. En 1995, avec Fatiha Bendahmane, il monte sa maison d'édition La Marmaille Nue. Son engagement passe aussi par Internet : dès 2001, il pilote son propre site et coordonne en 2002 le roman collectif Le Cyber Poulpe avec Fred Sauton et les éditions Baleine. Proche du médecin urgentiste Patrick Pelloux, il fréquente les milieux de Charlie Hebdo, où il croise François Cavanna et Jackie Berroyer.
Mano Solo meurt le 10 janvier 2010 à l'hôpital Bichat, dans le 18e arrondissement de Paris, à l'âge de 46 ans. La cause, communiquée par sa famille à l'AFP, est une série d'anévrismes consécutifs à son infection par le VIH, traité depuis des années par trithérapie. Il avait été hospitalisé le 12 novembre 2009 après son dernier concert à l'Olympia. Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand lui rend un hommage public dans un communiqué, suivi de Jean-Luc Romero, président d'Élus locaux contre le sida. Sa mère Isabelle Monin annonce la nouvelle sur le forum officiel sous le pseudonyme Isamona. Ses obsèques se tiennent dans l'intimité au cimetière du Père-Lachaise, en présence de François Cavanna et Jackie Berroyer.
Mano Solo repose dans la division 10 du cimetière du Père-Lachaise à Paris, le long de l'allée centrale, non loin des tombes de Frédéric Chopin, Pierre Desproges, Arman et Michel Petrucciani. Sa sépulture a longtemps été couverte de plaques et d'objets déposés par ses admirateurs, retirés depuis 2020.
1 - Mano Solo signait toutes les pochettes de ses albums sous son pseudonyme de peintre Boredom, emprunté à un titre du groupe punk britannique The Buzzcocks. Quelques expositions modestes ont été consacrées à son travail graphique en France.
2 - En 1998, il interprète le rôle du roi dans Sodomites, un court métrage du cinéaste argentin Gaspar Noé, expérience cinématographique restée unique dans son parcours.
3 - Pour produire In the Garden en 2007, il emprunte à sa banque 130 000 euros en mettant sa maison en garantie. La souscription en ligne ne réunira que 2 800 contributeurs, ce qui lui inspirera ce constat amer : « Je suis la preuve vivante qu'on ne peut pas se passer des majors. »
4 - Plusieurs chansons de l'album Les Animals avaient été écrites pour Juliette Gréco, qui renonça finalement à les enregistrer. Mano Solo en réalisa lui-même les versions définitives.
5 - En 2009, il interprète avec son père Cabu une reprise de La java du Diable de Charles Trenet pour un disque édité par Charlie Hebdo, l'une des rares collaborations publiques entre les deux hommes.
- Métier(s) : auteur-compositeur-interprète, guitariste, peintre, dessinateur, éditeur
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : compagne au moment de sa mort, identité non publique
- Enfants : aucun enfant connu publiquement
- Distinctions : trois disques d'or (La Marmaille nue, Les Années sombres, Je sais pas trop)
« Je suis la preuve vivante qu'on ne peut pas se passer des majors. »
— Déclaration rapportée par l'Encyclopædia Universalis, à propos de l'autoproduction de l'album In the Garden, 2007
« En une seconde, j'ai basculé dans un autre monde, je n'étais plus le même homme. »
— Entretien au Nouvel Observateur, 1997, à propos de l'annonce de sa séropositivité
« J'ai deux nouvelles, une bonne et une mauvaise. La bonne, c'est que je ne suis plus séropositif. La mauvaise, c'est que j'ai le sida ! »
— Concert au Bataclan, octobre 1995, rapporté par l'Encyclopædia Universalis
Ce n'est pas tant que j'aime la mienne, ce qui est sûr, c'est que j'aime la vie.
Si tu m'avais demandé, moi je t'aurais dit Que dans la vie ce qui compte c'est pas l'issue mais c'est le combat.
J'ai deux nouvelles, une bonne et une mauvaise. La bonne, c'est que je ne suis plus séropositif. La mauvaise, c'est que j'ai le sida !
« Je suis la preuve vivante qu'on ne peut pas se passer des majors. »
— Déclaration rapportée par l'Encyclopædia Universalis, à propos de l'autoproduction de l'album In the Garden, 2007
« En une seconde, j'ai basculé dans un autre monde, je n'étais plus le même homme. »
— Entretien au Nouvel Observateur, 1997, à propos de l'annonce de sa séropositivité
« J'ai deux nouvelles, une bonne et une mauvaise. La bonne, c'est que je ne suis plus séropositif. La mauvaise, c'est que j'ai le sida ! »
— Concert au Bataclan, octobre 1995, rapporté par l'Encyclopædia Universalis
Ce n'est pas tant que j'aime la mienne, ce qui est sûr, c'est que j'aime la vie.
Si tu m'avais demandé, moi je t'aurais dit Que dans la vie ce qui compte c'est pas l'issue mais c'est le combat.
J'ai deux nouvelles, une bonne et une mauvaise. La bonne, c'est que je ne suis plus séropositif. La mauvaise, c'est que j'ai le sida !