Naissance
Champtercier (04), France
Décès
24 oct. 1655
maladie pulmonaire chronique
Nationalité
Astrologie
106 personnalités prénommées Pierre

Biographie

Pierre Gassendi (1592-1655), philosophe, astronome et prêtre catholique français né à Champtercier en Provence, est connu pour avoir réconcilié l'atomisme d'Épicure avec le christianisme, pour sa polémique philosophique avec René Descartes et pour la première observation documentée du passage de Mercure devant le Soleil, en 1631.


Parcours

Né d'Antoine Gassend, paysan provençal, et de Françoise Fabry, Pierre Gassendi reçoit ses premières leçons de son oncle maternel Thomas Fabry, curé de Champtercier, avant d'être envoyé à l'école de Digne à l'âge de sept ans. À onze ans, une oraison qu'il prononce en latin dans l'église de Champtercier impressionne l'évêque de Digne, qui lui prédit une destinée exceptionnelle. En 1609, il entre à l'université d'Aix-en-Provence pour y étudier la philosophie sous la direction de Philibert Fezaye, auquel il arrive de se substituer lors des cours. Après un doctorat en théologie à l'université d'Avignon en 1614, ordonné prêtre vers 1615, il est nommé professeur de philosophie à l'université d'Aix en 1617. C'est lors de ces années qu'il rencontre Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, savant provençal aisé qui devient son mécène et collaborateur pour les observations astronomiques. En octobre 1623, une première visite à Paris lui permet de rencontrer Marin Mersenne, au centre du réseau intellectuel européen de l'époque.

En 1624, Gassendi publie à Grenoble les Exercitationes paradoxicae adversus Aristoteleos, rupture radicale avec la scolastique aristotélicienne. Lors d'un voyage en Flandres et en Hollande (1628-1629), il rencontre Isaac Beeckman, Thomas Hobbes et François Luillier. Le 7 novembre 1631, depuis Paris, il observe et documente le premier passage de Mercure devant le Soleil, phénomène prédit par Johannes Kepler : ses mesures confirment les tables rudolphines et soutiennent le modèle héliocentrique. En 1641, Marin Mersenne l'engage à rédiger des objections aux Méditations métaphysiques de René Descartes, donnant lieu à une dispute philosophique publique. Nommé en 1645 professeur de mathématiques au Collège Royal de Paris, il occupe ce poste jusqu'en 1648, date à laquelle une maladie pulmonaire le contraint à regagner la Provence. En 1650, accompagné de François Bernier, il répète à Toulon les expériences barométriques de Blaise Pascal au Puy-de-Dôme, confirmant l'élasticité de l'air. Son oeuvre maîtresse, le Syntagma Philosophicum, paraît à titre posthume en 1658 sous les soins de Henri-Louis Habert de Montmor.


Controverse

La polémique philosophique avec René Descartes est l'une des querelles doctrinales les plus documentées du XVIIe siècle. En 1641, Marin Mersenne transmet à Descartes les objections de Gassendi aux Méditations métaphysiques. Descartes répond par une attaque personnelle, qualifiant son contradicteur, dans une lettre à Mersenne, de philosophe dénué de sens commun ; il lui adresse également, en privé, une réplique latine dont la formule satirique « O Caro optima » raille l'approche empiriste de Gassendi. Celui-ci réplique avec ses Instances (1642) puis la Disquisitio Metaphysica (1644). La querelle prend fin officieusement en 1648 lors d'un dîner à Paris, avec la médiation de César d'Estrées. Par ailleurs, Gassendi entre en conflit ouvert avec l'astronome-astrologue Jean-Baptiste Morin depuis 1629, contestant ses théories géocentristes et son recours à l'astrologie judiciaire. En 1651, des partisans de Morin menacent François Bernier d'excommunication pour avoir défendu son maître, sans suite formelle. L'appartenance de Gassendi au cercle des libertins érudits (avec Gabriel Naudé, Guy Patin et Cyrano de Bergerac) lui vaut par ailleurs des accusations documentées de matérialisme, auxquelles il répond en réaffirmant publiquement sa foi catholique, sans que ces accusations donnent lieu à une procédure ecclésiastique.


Repères chronologiques

1592 : Naissance le 22 janvier à Champtercier, près de Digne, en Provence
1609 : Entrée à l'université d'Aix-en-Provence, études de philosophie sous Philibert Fezaye
1614 : Doctorat en théologie à l'université d'Avignon ; nommé chanoine de la cathédrale de Digne
1617 : Chaire de philosophie à l'université d'Aix-en-Provence
1621 : Premier à donner le nom scientifique d'aurora borealis aux lumières polaires
1624 : Publication des Exercitationes paradoxicae adversus Aristoteleos à Grenoble
1631 : Première observation documentée du passage de Mercure devant le Soleil (7 novembre, Paris)
1634 : Installé prévôt de la cathédrale Saint-Jérôme de Digne
1641 : Publication de la biographie de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, première biographie moderne d'un savant
1644 : Publication de la Disquisitio Metaphysica, réfutation de René Descartes
1645 : Nommé professeur de mathématiques au Collège Royal de Paris (leçon inaugurale le 23 novembre)
1649 : Publication des Animadversiones et du Syntagma philosophiae Epicuri
1655 : Mort le 24 octobre à Paris, au domicile de Henri-Louis Habert de Montmor
1658 : Publication posthume de l'Opera Omnia en six volumes à Lyon


Vie personnelle et engagements

Pierre Gassendi est né d'Antoine Gassend, paysan provençal dont la famille était peut-être propriétaire de ses terres, et de Françoise Fabry. Son premier éducateur est son oncle maternel Thomas Fabry, curé de Champtercier. Envoyé à l'école de Digne à sept ans, il y apprend le latin et l'arithmétique. Son père Antoine décède en 1611 alors que Gassendi étudie à Aix. Prêtre célibataire sa vie durant, il n'a ni conjoint ni enfants. Ses mécènes successifs constituent son cercle le plus proche : Nicolas-Claude Fabri de Peiresc jusqu'en 1637, puis François Luillier, Louis Emmanuel de Valois et Henri-Louis Habert de Montmor, qui l'héberge lors de ses séjours à Paris.

Gassendi entretient des liens étroits avec Thomas Hobbes, dont il partage la critique du cartésianisme, et noue une amitié avec Blaise Pascal lors de son retour à Paris en 1653. Il enseigne informellement dans sa demeure des jeunes gens de familles nobles : Claude-Emmanuel Chapelle, fils naturel de François Luillier, François Bernier, Jean Hesnault et, d'après Grimarest, Molière. Membre du cercle des libertins érudits aux côtés de Gabriel Naudé et de Guy Patin, ses contemporains le décrivent comme ascétique : il ne consommait ni viande ni vin, se levait entre deux et quatre heures du matin pour étudier et se couchait avant dix heures du soir.


Contexte du décès

Pierre Gassendi décède le 24 octobre 1655 à Paris, au domicile de son mécène Henri-Louis Habert de Montmor, des suites d'une maladie pulmonaire chronique qui l'affaiblit progressivement depuis 1648. Les sept médecins qui le soignent lui administrent douze saignées, sept purges et vingt-deux lavements avant son décès, traitements auxquels il s'oppose selon les témoignages de ses contemporains. Les obsèques se tiennent en l'église Saint-Nicolas-des-Champs à Paris, dans la chapelle privée de Montmor. Parmi les personnes présentes lors de ses derniers instants se trouve son secrétaire et disciple François Bernier. Montmor, en qualité d'exécuteur testamentaire, rassemble les manuscrits du philosophe et coordonne leur publication sous le titre Opera Omnia, parue à Lyon en 1658.


Lieux de mémoire

Pierre Gassendi est inhumé dans la chapelle Montmor de l'église Saint-Nicolas-des-Champs à Paris. Son monument funéraire en marbre blanc est détruit lors de la Révolution de 1793. En 1852, une statue de bronze est inaugurée en son honneur à Digne-les-Bains. Un cratère lunaire et l'astéroïde (7179) Gassendi portent son nom. Le musée Gassendi, boulevard Gassendi à Digne-les-Bains, perpétue également sa mémoire.


Anecdotes

1 - Pierre Gassendi portait à l'origine le nom de famille Gassend, sans le « i » final. La forme Gassendi, italianisante, s'imposa au XVIIe siècle, bien que l'historien des sciences Paul Tannery ait plaidé pour le rétablissement de la forme d'origine dans les éditions critiques.
2 - À onze ans, Gassendi prononce une oraison latine devant l'évêque de Digne en visite pastorale. L'évêque lui prédit qu'il sera un jour « le prodige de son siècle », selon le témoignage de contemporains consigné par le biographe Joseph Bougerel en 1737.
3 - En 1621, Gassendi nomme en latin aurora borealis les lumières colorées qu'il observe dans le ciel nordique. Sur la base de correspondances avec des observateurs répartis de la France jusqu'au Levant, il localise leur source à haute altitude au-dessus du pôle Nord.
4 - En 1641, depuis une galère royale en mer au large de Marseille, Gassendi réalise l'expérience de la pierre lâchée du haut du mât. La pierre tombe au pied du mât que le navire soit immobile ou en mouvement, validant expérimentalement la thèse de Galilée sur l'inertie.
5 - Selon ses contemporains, Gassendi se levait entre deux et quatre heures du matin pour étudier, ne consommait que tisane et légumes, et n'avait jamais bu d'alcool. Guy Patin rapporte que ses amis orchestrèrent un jour une « débauche philosophique » entièrement sans vin.
6 - La biographie que Gassendi consacre en 1641 à Nicolas-Claude Fabri de Peiresc est régulièrement citée par les historiens des sciences comme la première biographie moderne d'un savant, distincte de l'éloge académique ou de la simple notice encyclopédique.


Points clés

- Métier(s) : Philosophe, astronome, mathématicien, théologien, prêtre catholique
- Résidence principale : Digne-les-Bains (Provence) et Paris (alternances fréquentes)
- Relations de couple : Aucune (célibat ecclésiastique)
- Enfants : Aucun
- Distinctions : Chaire de mathématiques au Collège Royal de Paris (1645) ; cratère lunaire Gassendi ; astéroïde (7179) Gassendi


Autres philosophes

Citations

« dont je conclus que ceux cy se vont encores resolvant jusques aux atomes, qui par quelque sorte de nécessité doivent estre de mesme figure. »

— Notes sur la cristallisation des sels (circa 1635), cité par Gaston Godard (1996) d'après les manuscrits de Gassendi

« Le rusé Mercure voulait passer sans être aperçu, il était entré plus tôt qu'on ne s'y attendait, mais il n'a pu s'échapper sans être découvert. »

— Mercurius in Sole visus (Paris, 1632, traduit du latin)

« Peut-être conviendrait-il que vous publiiez votre travail. En le cachant vous feriez une grave injure aux lettres et à ceux qui s'adonnent aux sciences les plus divines. »

— Lettre à Galileo Galilei, Opera Omnia tome VI, Epistolae (Lyon, 1658, traduit du latin)

Questions autour de Pierre Gassendi

Quel est le vrai nom de Pierre Gassendi ?
Pierre Gassendi s'appelait à l'origine Pierre Gassend, sans le « i » final. La forme italianisante Gassendi s'imposa au XVIIe siècle et devint la seule forme courante, malgré les réserves de l'historien Paul Tannery.
Quelle est la principale découverte astronomique de Pierre Gassendi ?
Le 7 novembre 1631, Pierre Gassendi est le premier à observer et documenter le passage de la planète Mercure devant le Soleil, phénomène prédit par Johannes Kepler. Il utilise pour cela un télescope projetant l'image du Soleil sur une feuille de papier.
Pierre Gassendi a-t-il eu des élèves célèbres ?
Oui. Gassendi enseignait informellement dans sa demeure. Parmi ses élèves figuraient François Bernier, Claude-Emmanuel Chapelle et, selon le témoignage de Grimarest, Molière. Cyrano de Bergerac est également parfois cité, avec des doutes sur la régularité de sa présence.
Quelle est la philosophie de Pierre Gassendi ?
Gassendi développe une philosophie empiriste fondée sur la réhabilitation de l'atomisme d'Épicure, qu'il cherche à réconcilier avec le christianisme. Il s'oppose à la fois à l'aristotélisme scolastique et au rationalisme de Descartes, affirmant que toute connaissance provient de l'expérience sensible.
Pourquoi Pierre Gassendi et Descartes étaient-ils adversaires ?
En 1641, Gassendi rédige des Objections aux Méditations métaphysiques de Descartes, remettant en cause le cogito et le critère de clarté et de distinction. La querelle se prolonge plusieurs années. Descartes répond avec mépris, traitant Gassendi de philosophe « charnel » ; Gassendi réplique par la Disquisitio Metaphysica de 1644.
Qui est né le même jour que Pierre Gassendi ?
Isabelle Nanty, Luidji, August Strindberg, Sergueï Eisenstein et Fan Zhendong sont nés le 22 janvier comme Pierre Gassendi.
À quel âge est mort Pierre Gassendi ?
Pierre Gassendi est mort à 63 ans, le 24 octobre 1655.
Qui est mort le même jour que Pierre Gassendi ?
Christian Dior, Rosa Parks, Philippe Vecchi, Edith Head et James Michael Tyler sont morts le 24 octobre comme Pierre Gassendi.
Lien copié dans le presse-papier !