Résumé biographique

Né en 1874 à Vevey et naturalisé français, le neurologue et cancérologue Gustave Roussy est considéré comme l’un des pionniers de la lutte organisée contre le cancer en France, notamment comme fondateur du centre anticancéreux de Villejuif qui deviendra l’Institut Gustave-Roussy, tout en menant une carrière universitaire marquante à la Faculté de médecine de Paris.


Parcours

Issu d’une famille protestante originaire des Cévennes, Gustave Roussy grandit à Vevey avant de commencer ses études de médecine à Genève en 1895, puis à Paris, où il devient interne des hôpitaux en 1901. Sous la direction de Jules Dejerine, il soutient en 1907 une thèse sur le syndrome thalamique, futur syndrome de Dejerine-Roussy, et s’oriente vers la neuropathologie. Agrégé en 1908, il développe un important travail de recherche et d’enseignement, notamment avec la publication en 1914 d’un traité de techniques anatomopathologiques du système nerveux. Pendant la Première Guerre mondiale, il dirige un service de neurologie militaire. En 1926, il obtient la chaire d’anatomie pathologique de la Faculté de médecine de Paris, devient doyen en 1933 puis recteur de l’Académie de Paris en 1937, tout en structurant la cancérologie moderne autour du centre de Villejuif.


Repères de carrière

24 novembre 1874 : Naissance à Vevey, quartier de Gilamont (Suisse).
1895 : Début des études médicales à la faculté de médecine de Genève.
1901 : Interne des hôpitaux de Paris.
1907 : Thèse sur le syndrome thalamique (syndrome de Dejerine-Roussy) et acquisition de la nationalité française.
1914 : Publication, avec Jean Lhermitte, d’un traité de techniques anatomopathologiques du système nerveux.
Première Guerre mondiale : Chef du service de neurologie de la 7e région militaire à Besançon.
1921 : Création de la première consultation dédiée aux malades atteints de cancer à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif.
1925–1926 : Titulaire de la chaire d’anatomie pathologique à Paris et obtention des crédits pour un véritable centre anticancéreux.
1926 : Description, avec Gabrielle Lévy, de la dystasie aréflexique héréditaire, future maladie de Roussy-Lévy.
1933 : Élection comme doyen de la Faculté de médecine de Paris.
1934 : Inauguration officielle de l’Institut national du cancer de Villejuif.
1937 : Nomination comme recteur de l’Académie de Paris.
1939 : Élection à l’Académie des sciences.
1946 : Publication du Traité de neuroendocrinologie et retrait de la direction active de l’Institut du cancer.
30 septembre 1948 : Décès à Paris ; l’Institut du cancer prend le nom d’Institut Gustave-Roussy en 1950.


Vie personnelle et engagements

Gustave Roussy est issu d’une famille calviniste qui a quitté les Cévennes pour s’installer à Vevey, où son grand-père Pierre-Samuel Roussy cofonde la société anonyme Nestlé et où son père, Émile-Louis Roussy, préside le conseil d’administration de l’entreprise. En 1907, il épouse à Nice Marguerite Henriette Laure Thomson, fille du ministre Gaston Thomson et d’Henriette Peigné-Crémieux ; le couple n’a pas d’enfants. Naturalisation française et alliance avec une famille politiquement engagée lui donnent des appuis dans les milieux gouvernementaux. Il préside l’Union française pour le sauvetage de l’enfance de 1946 à 1947 et se porte candidat aux élections législatives de 1936 à Villejuif, sans adhésion formelle à un parti, tout en étant proche de responsables politiques comme Léon Blum ou Aristide Briand.


Anecdotes

1 – Pendant la Première Guerre mondiale, il dirige au fort de Salins, dans le Jura, une station neurologique spécialisée dans le traitement des « pithiatiques » et met en œuvre une méthode de « torpillage électrique » des contractures, aujourd’hui fortement critiquée, qui visait à renvoyer rapidement les soldats au front.
2 – Son grand-père Pierre-Samuel Roussy est cofondateur de la société Nestlé, et son père en devient président ; Gustave Roussy grandit ainsi dans un environnement industriel et financier qui lui offre un réseau influent, tout en l’orientant vers une carrière médicale plutôt qu’entrepreneuriale.
3 – En 1936, il se présente aux élections législatives à Villejuif face au député communiste Paul Vaillant-Couturier, soutenant une ligne républicaine modérée et européenne inspirée par ses relations avec Léon Blum et Aristide Briand, mais sans obtenir de mandat parlementaire.
4 – Après la Libération, il est brièvement secrétaire d’État dans un gouvernement Paul Ramadier, avant d’être mis en cause dans une affaire de transport illicite de fonds ; bien qu’un non-lieu soit prononcé en 1948, l’atteinte à sa réputation contribue à son passage à l’acte suicidaire quelques mois plus tard.
5 – Plusieurs entités cliniques portent son nom, dont le syndrome de Dejerine-Roussy, la maladie de Roussy-Lévy et le sarcoïde de Darier-Roussy, illustrant la place centrale qu’il occupe dans l’histoire de la neurologie et de la neuropathologie.


Lieux de mémoire

Né à Vevey, dans le quartier de Gilamont en Suisse, Gustave Roussy passe sa jeunesse entre la rive lémanique et les établissements scolaires helvétiques. Sa trajectoire se poursuit à Genève puis à Paris, autour de la Faculté de médecine, de la Sorbonne et de l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif, où il fonde le centre anticancéreux qui devient l’Institut Gustave-Roussy. Décédé à son domicile du 16e arrondissement de Paris, il est inhumé au cimetière du Montparnasse, division 10, où sa tombe et son buste constituent un lieu de mémoire associé à l’histoire de la cancérologie.


Contexte du décès

À la fin des années 1940, Gustave Roussy est visé par une enquête du ministère des Finances sur l’origine de sa fortune et sur des mouvements de fonds liés à son notaire, affaire qui alimente une campagne de rumeurs et de mises en cause publiques. Profondément atteint, il fait d’abord une tentative d’empoisonnement dont il survit après plusieurs jours de coma, puis s’efforce de démontrer sa bonne foi. En mai 1948, un non-lieu est prononcé, mais la procédure laisse des traces. Le 30 septembre 1948, il met fin à ses jours en s’ouvrant les veines à son domicile parisien du 16e arrondissement. Il est ensuite inhumé au cimetière du Montparnasse. En 1950, un décret gouvernemental le réhabilite officiellement et consacre sa mémoire en donnant à l’Institut du cancer de Villejuif le nom d’Institut Gustave-Roussy.


Points clés

• Métiers : neurologue, neuropathologiste, cancérologue, professeur d’anatomie pathologique, doyen de faculté, recteur de l’Académie de Paris
• Résidence principale : Paris, France
• Relations : Marguerite Henriette Laure Thomson (épouse, mariage à partir de 1907, jusqu’au décès de Gustave Roussy en 1948)
• Enfants : aucun (mariage sans descendance)
• Distinctions : membre de l’Académie des sciences, secrétaire de l’Académie de médecine, recteur de l’Académie de Paris, lauréat du prix Lallemand de l’Académie des sciences pour ses travaux sur le cancer