Pietro Ferrero a transformé l'industrie de la confiserie italienne en créant dans l'après-guerre une pâte à tartiner révolutionnaire à base de noisettes. Pâtissier visionnaire devenu industriel, il a fondé un empire familial qui perdure encore aujourd'hui, symbole de l'ingéniosité italienne et de l'esprit d'entreprise piémontais.
Pietro Ferrero naît le 2 septembre 1898 à Farigliano, un petit village des Langhe dans le Piémont, au sein d’une famille modeste. Très jeune, il apprend le métier de pâtissier et développe un goût prononcé pour les saveurs locales. Dans les années 1920, il ouvre sa propre pâtisserie à Alba avec son épouse Piera Cillario, posant les bases d’une activité artisanale qui va bientôt évoluer vers l’industrie.
La Seconde Guerre mondiale et les pénuries sévères qui suivent obligent Pietro Ferrero à faire preuve d’ingéniosité. Le cacao devient rare et très cher ; il décide alors d’incorporer massivement des noisettes , produit abondant et de grande qualité dans les Langhe, pour créer une pâte sucrée accessible au plus grand nombre. En 1946, il lance le Giandujot, une pâte gianduja moulée en pains, tranchée et emballée dans du papier aluminium : ce produit rencontre un succès immédiat dans le Piémont. La même année, avec son frère Giovanni, il fonde officiellement l’entreprise Ferrero le 14 mai 1946.
En 1949, Pietro Ferrero perfectionne sa recette et met au point la Supercrema, une version crémeuse et tartinable qui préfigure directement le Nutella. Ce lancement marque l’apogée de son génie créatif, mais il ne verra pas l’explosion mondiale du produit, qui sera développée et renommée Nutella par son fils Michele à partir de 1964. Jusqu’à sa mort, Pietro Ferrero dirige personnellement la production à Alba, perfectionne sans relâche ses recettes et innove dans les procédés de fabrication. Son fils Michele, formé à ses côtés dès l’adolescence, apprend tous les secrets du métier et reprendra l’entreprise après sa disparition.
Pietro Ferrero épouse Piera Cillario, qui devient sa collaboratrice essentielle dans l’aventure entrepreneuriale. Le couple a un fils unique, Michele Ferrero, né en 1925, qui reprendra et développera l’entreprise familiale après la mort prématurée de son père. Pietro reste profondément attaché à sa région natale des Langhe et aux traditions piémontaises. Homme discret, modeste et travailleur acharné, il consacre l’essentiel de son temps à perfectionner ses produits et à faire grandir son entreprise.
Il s’engage fortement pour l’emploi local, privilégiant systématiquement l’embauche de personnel originaire d’Alba et des villages alentour. Il valorise les matières premières régionales, en particulier les noisettes du Piémont — dont il considère la variété Tonda Gentile comme la meilleure au monde. Son approche humaniste du travail et son souci de proposer des produits de qualité à un prix accessible reflètent les convictions sociales qu’il a forgées dans l’Italie difficile de l’après-guerre.
Pietro Ferrero décède le 2 mars 1949 à Alba, à l’âge de 50 ans, terrassé par une crise cardiaque. Sa disparition brutale intervient alors que l’entreprise connaît une expansion rapide, juste après le lancement de la Supercrema quelques semaines plus tôt. Son frère Giovanni Ferrero et son fils Michele, âgé de seulement 24 ans, reprennent immédiatement la direction de l’entreprise pour poursuivre son œuvre. Les obsèques se déroulent à Alba en présence de toute la communauté locale, qui reconnaît en lui un pionnier discret mais déterminé.
Farigliano, son village natal dans les Langhe piémontaises. Alba, où il établit sa pâtisserie puis son usine, devenue aujourd’hui le siège mondial du groupe Ferrero. L’usine historique d’Alba reste un site emblématique de l’entreprise familiale.
Pietro Ferrero vendait initialement son Giandujot en tranches que les clients pouvaient glisser dans leur pain pour le goûter des enfants, créant ainsi le premier snack chocolaté abordable de l’Italie d’après-guerre.
L’utilisation massive de noisettes dans ses recettes n’était pas seulement une nécessité économique due à la pénurie de cacao : Pietro Ferrero était convaincu que les noisettes du Piémont, en particulier la variété Tonda Gentile, apportaient une qualité gustative supérieure à toutes ses créations.
Le nom initial Giandujot fait référence à Gianduja, le personnage masqué traditionnel du carnaval piémontais, déjà associé au chocolat aux noisettes depuis le XIXe siècle à Turin.