Résistante allemande au nazisme, Sophie Scholl, née le 9 mai 1921 à Forchtenberg et exécutée le 22 février 1943 à Munich à 21 ans, est l'une des figures centrales du réseau étudiant La Rose blanche, guillotinée pour avoir distribué des tracts hostiles au régime hitlérien.
Quatrième des six enfants de Robert Scholl et de Magdalena Müller, Sophie Magdalena Scholl grandit dans une famille protestante luthérienne profondément attachée à la culture chrétienne et libérale. Comme la plupart des jeunes Allemandes de sa génération, elle adhère à treize ans au Bund Deutscher Mädel, branche féminine des Jeunesses hitlériennes, où elle accède au rang de chef de groupe. Son enthousiasme initial s'effrite progressivement à mesure qu'elle perçoit les contradictions entre l'idéologie du régime et son éducation. L'arrestation par la Gestapo en 1937 de son frère Hans Scholl, soupçonné d'activités au sein de la Bündische Jugend, joue un rôle décisif dans son éloignement du nazisme. À seize ans, elle rencontre lors d'un bal Fritz Hartnagel, élève-officier de quatre ans son aîné, avec qui elle entretiendra une longue correspondance jusqu'à sa mort.
Après son Abitur en mars 1940, Sophie Scholl travaille comme institutrice en école maternelle à Ulm avant d'effectuer en 1941 le service du travail obligatoire à Krauchenwies, puis un service auxiliaire en usine. En mai 1942, elle s'inscrit à l'université Louis-et-Maximilien de Munich pour étudier la biologie et la philosophie. Elle y retrouve son frère Hans, étudiant en médecine, et intègre rapidement son cercle d'amis, composé d'Alexander Schmorell, Christoph Probst, Willi Graf et du professeur Kurt Huber. Influencée par les écrits de Theodor Haecker et de Carl Muth, éditeur catholique opposé au régime, elle rejoint au cours de l'hiver 1942-1943 le noyau interne de La Rose blanche, dont elle assure l'achat de papier, d'enveloppes et de timbres ainsi que la diffusion des cinquième et sixième tracts.
1921 : naissance le 9 mai à Forchtenberg, en Wurtemberg
1932 : installation de la famille Scholl à Ulm
1934 : adhésion au Bund Deutscher Mädel
1937 : rencontre de Fritz Hartnagel, brève arrestation par la Gestapo
1940 : obtention de l'Abitur, travail comme institutrice maternelle à Ulm
1941 : service du travail obligatoire à Krauchenwies
1942 : début des études de biologie et de philosophie à l'université de Munich en mai
1942 : intégration au cercle de La Rose blanche à l'automne
1943 : participation à la diffusion du cinquième tract en janvier
1943 : arrestation avec son frère Hans le 18 février à l'université de Munich
1943 : condamnation à mort par le Tribunal du peuple présidé par Roland Freisler le 22 février
1943 : exécution à la guillotine le 22 février à la prison de Stadelheim
1943 : hommage de Thomas Mann sur les ondes de la BBC le 27 juin
1980 : création du prix littéraire Geschwister-Scholl en Allemagne
2003 : ajout d'un buste de Sophie Scholl au Walhalla, mémorial allemand de Ratisbonne, le 22 février
Sophie Magdalena Scholl naît dans une famille de six enfants : Inge Scholl (1917-1998), Hans Scholl (1918-1943), Elisabeth Scholl (1920-2020), Sophie elle-même, Werner Scholl (1922-1944, porté disparu sur le front de l'Est) et Thilde, morte en bas âge en 1926. Son père Robert Scholl, bourgmestre démocrate-libéral de Forchtenberg puis conseiller fiscal à Ulm, est un opposant déclaré au nazisme, emprisonné quelques mois en 1942 pour avoir critiqué Hitler. Sa mère Magdalena, née Müller, est ancienne diaconesse luthérienne. Sophie fréquente l'école secondaire pour filles d'Ulm, passe son Abitur en 1940, puis l'université Louis-et-Maximilien de Munich. Elle est célibataire et sans enfant à sa mort.
Sa relation avec Fritz Hartnagel, officier de la Wehrmacht engagé sur le front de l'Est, structure sa vie affective et intellectuelle de 1937 à 1943 : leur correspondance, conservée, témoigne de son cheminement éthique et de ses doutes face au régime. Très liée à son frère Hans Scholl et à ses camarades munichois Alexander Schmorell, Christoph Probst et Willi Graf, elle partage avec eux une foi chrétienne profonde et un engagement non violent. Elle fréquente le cercle intellectuel catholique de Carl Muth et de Theodor Haecker, et lit clandestinement Les Confessions de saint Augustin durant son service du travail.
Sophie Scholl est arrêtée le 18 février 1943 dans le hall de l'université de Munich, après avoir lancé avec son frère Hans une pile de tracts dans l'atrium depuis le deuxième étage. Dénoncée par le concierge Jakob Schmid, elle est livrée à la Gestapo et interrogée pendant plusieurs jours par l'inspecteur Robert Mohr. Le 22 février 1943, elle comparaît avec Hans et Christoph Probst devant le Tribunal du peuple, présidé par Roland Freisler venu spécialement de Berlin. Le procès dure environ trois heures. Condamnée à mort pour haute trahison, elle est guillotinée le jour même à 17 heures à la prison de Stadelheim par le bourreau Johann Reichhart, en violation du délai légal de 99 jours. Son père Robert Scholl déclare au sortir du tribunal : « Il y aura une autre justice, ils entreront dans l'Histoire. » Le 27 juin 1943, l'écrivain Thomas Mann, en exil, rend hommage aux jeunes résistants sur les ondes de la BBC.
Sophie Scholl est inhumée au cimetière de la forêt de Perlach (Friedhof am Perlacher Forst) à Munich, aux côtés de son frère Hans Scholl et de Christoph Probst, exécutés le même jour. Un buste à son effigie a été ajouté au Walhalla, mémorial allemand de Ratisbonne, le 22 février 2003. À Paris, le jardin Hans-et-Sophie-Scholl, situé dans le 17e arrondissement, lui rend hommage depuis 2020.
1 - Pendant son service du travail obligatoire à Krauchenwies en 1941, Sophie Scholl conserve clandestinement Les Confessions de saint Augustin malgré l'interdiction formelle de posséder des livres personnels imposée aux jeunes femmes assignées à ces camps.
2 - Au dos de l'acte d'accusation que la Gestapo lui fait signer le 21 février 1943, Sophie Scholl trace de sa main le mot Freiheit, « liberté » en allemand, geste de défi documenté par les archives munichoises de l'Institut d'histoire contemporaine.
3 - Avant son entrée à l'université, Sophie Scholl envisageait sérieusement des études artistiques et possédait un talent reconnu pour le dessin, abandonné au profit de la biologie et de la philosophie sur les conseils de son entourage.
4 - Selon le témoignage de sa compagne de cellule Else Gebel, Sophie Scholl raconte la veille de son exécution un rêve dans lequel elle dépose un enfant en lange blanc en sécurité avant de tomber dans un précipice, qu'elle interprète comme l'image du combat de La Rose blanche.
5 - Sa sœur Elisabeth Scholl épouse en 1945 Fritz Hartnagel, le compagnon de Sophie, devenant ainsi la dépositaire familiale de la correspondance du couple, publiée à partir des années 1980.
- Métier(s) : étudiante en biologie et philosophie, résistante au nazisme
- Résidence principale : Munich, Allemagne (1942-1943)
- Relations de couple : Fritz Hartnagel (1937-1943, officier de la Wehrmacht)
- Enfants : aucun
- Distinctions : buste au Walhalla de Ratisbonne (2003), prix Geschwister-Scholl créé en son nom et celui de son frère (1980)
11 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
Tant de gens sont morts pour ce régime. Il est temps que quelqu'un meure contre lui.
— Propos rapportés par Inge Scholl, La Rose blanche, Éditions de Minuit (traduit de l'allemand)
Je suis toujours d'avis d'avoir fait la seule chose que je pouvais faire pour mon peuple.
— Interrogatoire par la Gestapo, février 1943, archives de l'IfZ Munich (traduit de l'allemand)
Comment peut-on attendre que la justice prévale lorsqu'il n'y a presque personne qui veuille s'engager personnellement pour une cause juste ?
— Dernières paroles avant exécution, prison de Stadelheim, 22 février 1943, rapportées par Else Gebel (traduit de l'allemand)
Je n'arrive pas à comprendre que la vie des gens soit désormais sous la menace constante d'autres gens. Je ne le comprendrai jamais, et je trouve ça terrible. Ne me dis pas que c'est au nom de la patrie.
— Lettre à Fritz Hartnagel, début de la Seconde Guerre mondiale, 1939 (traduit de l'allemand)
Tant de gens sont morts pour ce régime. Il est temps que quelqu'un meure contre lui.
— Propos rapportés par Inge Scholl, La Rose blanche, Éditions de Minuit (traduit de l'allemand)
Je suis toujours d'avis d'avoir fait la seule chose que je pouvais faire pour mon peuple.
— Interrogatoire par la Gestapo, février 1943, archives de l'IfZ Munich (traduit de l'allemand)
Comment peut-on attendre que la justice prévale lorsqu'il n'y a presque personne qui veuille s'engager personnellement pour une cause juste ?
— Dernières paroles avant exécution, prison de Stadelheim, 22 février 1943, rapportées par Else Gebel (traduit de l'allemand)
Je n'arrive pas à comprendre que la vie des gens soit désormais sous la menace constante d'autres gens. Je ne le comprendrai jamais, et je trouve ça terrible. Ne me dis pas que c'est au nom de la patrie.
— Lettre à Fritz Hartnagel, début de la Seconde Guerre mondiale, 1939 (traduit de l'allemand)