Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1920-2002), résistante française et nièce du général Charles de Gaulle, fut déportée au camp de Ravensbrück en 1944. Militante d'ATD Quart Monde, première Française élevée au rang de Grand-Croix de la Légion d'honneur, elle entre au Panthéon en 2015.
Geneviève de Gaulle naît le 25 octobre 1920 à Saint-Jean-de-Valériscle, dans le Gard, premier enfant de Xavier de Gaulle, ingénieur des mines et frère aîné de Charles de Gaulle, et de Germaine Gourdon, décédée en 1925. Après une enfance passée en Sarre, la famille se réinstalle à Rennes en 1935. En 1939, Geneviève de Gaulle s'inscrit en licence d'histoire à la faculté de Rennes, ambitionnant d'intégrer l'École nationale des chartes. Dès l'été 1940, à 19 ans, elle entre en résistance sous le pseudonyme de Germaine Lecomte, déchirant des affiches allemandes et diffusant des tracts. En 1941, inscrite à la Sorbonne et hébergée par sa tante Madeleine de Gaulle, elle rejoint le groupe du musée de l'Homme, multipliant les missions de renseignement. Elle intègre en 1943 le réseau Défense de la France au sein du comité directeur et rédige des articles clandestins signés du pseudonyme Gallia.
Le 20 juillet 1943, Geneviève de Gaulle est arrêtée dans une souricière tendue rue Bonaparte par Pierre Bonny, de la Gestapo française. Incarcérée à Fresnes puis transférée à Compiègne, elle est déportée le 2 février 1944 au camp de Ravensbrück, où elle reçoit le matricule 27 372 et se lie d'amitié avec Germaine Tillion et Anise Postel-Vinay. En décembre 1944, Heinrich Himmler ordonne son isolement au bunker du camp, l'utilisant comme otage vis-à-vis du général de Gaulle. Libérée le 20 avril 1945 et conduite en Suisse, elle épouse en 1946 Bernard Anthonioz, éditeur d'art et résistant. Elle cofonde l'ADIR et, après avoir rencontré le père Joseph Wresinski dans les bidonvilles de Noisy-le-Grand via le cabinet d'André Malraux, prend en 1964 la présidence de la branche française d'ATD Quart Monde. Nommée au Conseil économique et social en 1988, elle milite pour la loi d'orientation contre les exclusions, votée en 1998, et obtient en 1997 la Grand-Croix de la Légion d'honneur.
1920 : Naissance à Saint-Jean-de-Valériscle (Gard).
1925 : Décès de sa mère Germaine Gourdon.
1940 : Entrée en résistance à Rennes, sous le pseudonyme Germaine Lecomte.
1943 : Intègre le réseau Défense de la France ; arrestation le 20 juillet rue Bonaparte.
1944 : Déportée au camp de Ravensbrück le 2 février, matricule 27 372.
1945 : Libérée le 20 avril, conduite en Suisse auprès de son père Xavier de Gaulle.
1946 : Épouse Bernard Anthonioz ; cofonde l'ADIR.
1958 : Intègre le cabinet d'André Malraux ; rencontre le père Joseph Wresinski à Noisy-le-Grand.
1964 : Prend la présidence de la branche française d'ATD Quart Monde.
1987 : Témoigne au procès de Klaus Barbie.
1994 : Prix des droits de l'Homme ; décès de son mari Bernard Anthonioz.
1997 : Première femme élevée à la dignité de Grand-Croix de la Légion d'honneur.
1998 : Publication de La Traversée de la nuit (Seuil) ; vote de la loi d'orientation contre les exclusions.
2002 : Décède le 14 février à Paris.
2015 : Entrée symbolique au Panthéon le 27 mai, aux côtés de Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay.
Geneviève de Gaulle est la fille de Xavier de Gaulle (1887-1955), ingénieur des mines et frère aîné de Charles de Gaulle, et de Germaine Gourdon, décédée en 1925 d'une septicémie. Élevée en Sarre, où elle devient pratiquement bilingue, puis à Rennes après 1935, elle intègre en 1939 la faculté d'histoire de l'université de Rennes. En 1946, elle épouse Bernard Anthonioz (1921-1994), éditeur d'art et résistant, avec lequel elle a quatre enfants : Michel Anthonioz (1947-2009), écrivain et diplomate, François Marie Anthonioz, Isabelle Anthonioz-Gaggini, et un quatrième enfant. La famille réside à Paris, au 4 rue Michelet (6e arrondissement).
Proche de Germaine Tillion, compagne de déportation avec laquelle elle maintient une amitié durable, Geneviève de Gaulle-Anthonioz rencontre le père Joseph Wresinski en 1958 lors d'une visite du bidonville de Noisy-le-Grand, alors qu'elle travaille au cabinet d'André Malraux. Cette rencontre l'engage dans ATD Quart Monde. En 1960, elle participe au comité de défense de Djamila Boupacha fondé par Simone de Beauvoir. Croyante pratiquante, elle publie posthumément une correspondance spirituelle, Lettres à une amie (Parole et Silence, 2005). Un processus de canonisation est ouvert après son décès mais suspendu en 2015 faute de postulateur désigné.
Geneviève de Gaulle-Anthonioz décède le 14 février 2002 à Paris (6e arrondissement) après une longue maladie dont la nature n'a pas été rendue publique. Elle est inhumée dans le cimetière de Bossey, en Haute-Savoie, auprès de son mari Bernard Anthonioz. Le président Jacques Chirac lui rend hommage dans une allocution à l'Élysée le 9 mars 2002. Le 21 février 2014, le président François Hollande annonce son entrée au Panthéon aux côtés de Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay. La cérémonie a lieu le 27 mai 2015. Le cercueil, ne contenant que de la terre prélevée à Bossey - sa famille ayant refusé le déplacement de ses restes -, est déposé dans la crypte du Panthéon.
Geneviève de Gaulle-Anthonioz repose dans le cimetière de Bossey (Haute-Savoie), auprès de son époux Bernard Anthonioz. Son entrée symbolique au Panthéon de Paris, le 27 mai 2015, est représentée par un cercueil contenant de la terre prélevée à Bossey, déposé dans une alcôve commune avec Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay. Une plaque commémorative lui est consacrée au 4 rue Michelet, Paris 6e.
1 - Son père Xavier de Gaulle lui fait lire Mein Kampf dès ses premières années en Sarre, dans les années 1930. Cette lecture précoce lui permet de percevoir la nature du régime hitlérien avant même son accession au pouvoir en 1933.
2 - Lors de son transfert vers la prison de Fresnes en juillet 1943 après son arrestation, elle chante l'Hymne à la joie dans le fourgon qui traverse Paris. Ce fait est rapporté dans la biographie de Caroline Glorion (Plon, 1997).
3 - Dans le réseau Défense de la France, elle signe ses articles clandestins du pseudonyme Gallia - nom latin de la Gaule - faisant ainsi écho à la France libre de son oncle Charles de Gaulle. Elle utilisait par ailleurs Germaine Lecomte pour ses déplacements.
4 - Elle inscrit son fils Michel Anthonioz au Rassemblement du peuple français (RPF) fondé par son oncle dès sa naissance en 1947. Charles de Gaulle lui a par ailleurs dédié le premier tome de ses Mémoires de guerre.
5 - Un processus de canonisation catholique a été ouvert après son décès. L'instruction diocésaine, première étape, a été lancée avant d'être suspendue en 2015, faute de postulateur désigné, laissant le dossier en suspens.
- Métier(s) : Résistante, militante des droits de l'homme, présidente d'association
- Résidence principale : Paris (6e arrondissement)
- Relations de couple : Bernard Anthonioz (1921-1994)
- Enfants : Michel Anthonioz (1947-2009), François Marie Anthonioz, Isabelle Anthonioz-Gaggini, et un quatrième enfant (prénom non documenté)
- Distinctions : Grand-Croix de la Légion d'honneur (1997, première femme), Croix de guerre 1939-1945, Médaille de la Résistance française avec rosette, Prix des droits de l'Homme (1994)
Je devais partager leur humiliation, comme la fraternité et le pain.
— La Traversée de la nuit, Éditions du Seuil, Paris, 1998, p. 18-19
Dans le fourgon qui traversait Paris vers Fresnes, je chantais l'Hymne à la joie !
— Caroline Glorion, Geneviève de Gaulle Anthonioz. Résistances, Plon, Paris, 1997
Pendant neuf mois, j'ai lutté pour ne pas céder au désespoir, garder le respect des autres et de moi-même.
— La Traversée de la nuit, Éditions du Seuil, Paris, 1998
Il ne faut être redevable qu'à sa conscience.
Une aube apparaît, elle est encore bien grise.
En entrant dans le camp, c'était comme si Dieu était resté à l'extérieur.
Cherchez au fond de vous ce que vous croyez être le meilleur et votre vie aura un sens.
Lutter contre l'humiliation, croire que l'homme a une valeur, c'est ce qui nous sépare de la préhistoire.
Bien pire que la mort, c'était la destruction de notre âme qui était le programme de l'univers concentrationnaire.