Benjamine d'une fratrie de quatre enfants d'une famille aisée propriétaire de la pépinière Nakatsutaya à Matsumoto, Yayoi Kusama est élève à l'école élémentaire Kamata, puis au collège de filles de sa ville natale. Dès l'âge de dix ans, elle peint pour contenir les hallucinations visuelles qui l'envahissent : des motifs floraux qui colonisent le plafond, les murs, son propre corps. Mobilisée pendant la Seconde Guerre mondiale à l'usine Kureha Textile pour confectionner des parachutes, elle continue de dessiner sur ses temps libres. En 1948, elle étudie brièvement la peinture traditionnelle Nihonga à l'Ecole secondaire supérieure Hiyoshigaoka de Kyoto, puis à la Kyoto City University of Arts. Frustrée par la hiérarchie rigide de l'enseignement japonais, elle découvre l'art occidental et développe en autodidacte un vocabulaire formel fondé sur la répétition obsessionnelle. En mars 1952, elle organise à Matsumoto sa première exposition personnelle, qui réunit plus de deux cent cinquante oeuvres et lui vaut une reconnaissance immédiate dans les milieux artistiques japonais.
En 1955, Yayoi Kusama écrit à la peintre américaine Georgia O'Keeffe pour lui demander conseil. O'Keeffe lui répond et l'encourage à s'installer aux Etats-Unis. En 1957, elle arrive à Seattle grâce à l'appui d'un mécène américain, puis s'installe à New York en 1958. Dans un atelier voisin de celui de Donald Judd, elle développe ses Infinity Net Paintings, présentées dès 1959 à la Brata Gallery. Judd les qualifie d'"originales" et d'"avancées" dans ARTnews. Kusama s'impose dans les cercles de l'avant-garde new-yorkaise aux côtés d'Andy Warhol, Claes Oldenburg, Jasper Johns et Eva Hesse. A partir de 1962, elle crée ses Accumulation Sculptures, recouvrant des objets de formes phalliques en tissu. En 1965, elle inaugure à la Castellane Gallery sa première Infinity Mirror Room, intitulée Phalli's Field. Elle organise des happenings provocateurs dans les rues et sur les ponts de New York, et représente sans invitation officielle le Japon à la Biennale de Venise de 1966 en déversant 1 500 boules miroitantes dans les canaux, aux côtés de Lucio Fontana.
L'autobiographie de Kusama, Infinity Net, publiée en japonais en 2002, contient plusieurs passages à caractère raciste décrivant les personnes noires dans des termes stéréotypés et offensants. Des passages similaires figurent dans sa pièce de théâtre de 1971 Tokyo Leee et dans son roman de 1984 The Hustler's Grotto of Christopher Street. Ces écrits sont signalés publiquement en 2017 par le journaliste Dexter Thomas dans Vice News. En 2023, à la veille de l'ouverture de son exposition au San Francisco Museum of Modern Art, la polémique prend de l'ampleur. L'institution reconnait publiquement que ses écrits contiennent des descriptions offensantes. Kusama adresse une déclaration au San Francisco Chronicle : "Je regrette profondément d'avoir utilisé un langage blessant et offensant dans mon livre. Je m'excuse pour la douleur causée." L'exposition ouvre comme prévu malgré la controverse.
1929 : naissance le 22 mars à Matsumoto, préfecture de Nagano, Japon.
1941 : mobilisée à l'usine Kureha Textile pour fabriquer des parachutes militaires pendant la Seconde Guerre mondiale.
1945 : remporte le concours de l'Exposition des Arts Régionaux du Zen-Shinshuu à l'âge de 16 ans.
1952 : première exposition personnelle à Matsumoto, suivie d'expositions à Tokyo.
1957 : arrivée à Seattle, puis installation à New York l'année suivante.
1959 : présentation des Infinity Net Paintings à la Brata Gallery de New York.
1965 : création de la première Infinity Mirror Room, Phalli's Field, à la Castellane Gallery de New York.
1966 : participation non officielle à la Biennale de Venise avec Narcissus Garden.
1973 : retour définitif au Japon après seize ans à New York.
1977 : installation volontaire à l'hôpital psychiatrique Seiwa de Tokyo, où elle réside et travaille jusqu'à sa mort.
1993 : représentation officielle du Japon à la 45e Biennale de Venise.
2006 : Praemium Imperiale, catégorie peinture, décerné par l'Association japonaise des beaux-arts.
2011 : grande rétrospective au Centre Pompidou à Paris (150 oeuvres, octobre 2011 - janvier 2012).
2012 : rétrospectives simultanées à la Tate Modern de Londres et au Whitney Museum of American Art de New York ; collaboration avec Louis Vuitton sous la direction artistique de Marc Jacobs.
2023 : nouvelle collaboration Louis Vuitton à portée mondiale ; ouverture à San Francisco de l'exposition Infinite Love au SFMOMA ; excuses publiques concernant les passages racistes de son autobiographie.
2025 : grande rétrospective à la Fondation Beyeler de Bâle.
2026 : rétrospective record au musée Ludwig de Cologne (480 000 visiteurs) ; décès le 14 août à Tokyo à 97 ans.
Yayoi Kusama est la fille de Kamon Kusama et de Shigeru Kusama, propriétaires de la pépinière Nakatsutaya à Matsumoto. La relation mère-fille est conflictuelle : Shigeru détruit les dessins de sa fille pour l'en dissuader et l'envoie surveiller les aventures de son père. Kusama ne s'est jamais mariée et n'a pas eu d'enfants. A New York, elle noue avec Joseph Cornell une amitié intense et romantique, déclarée platonique ; Cornell lui dédie des poèmes et des collages et l'aide financièrement. Après la mort de Cornell en 1972, Kusama retourne au Japon et s'installe volontairement en 1977 à l'hôpital psychiatrique Seiwa de Tokyo, où elle résidera jusqu'à sa mort.
Kusama entretient des liens durables avec le galeriste David Zwirner, qui la représente depuis 2013, ainsi qu'avec les galeries Ota Fine Arts à Tokyo et Victoria Miro à Londres. Ses engagements publics reposent sur un message de paix et d'amour universel, décliné dans ses happenings anti-guerre des années 1960 à New York. Passionnée d'écriture, elle est l'auteure de dix-neuf romans et de plusieurs recueils de poèmes, dont Manhattan Suicide Addict (1978) et Mirrored Years (2009), publiés en France aux Presses du réel. Elle illustre en 2012 Les Aventures d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll pour une édition Penguin.
Yayoi Kusama est décédée le 14 août 2026 dans un hôpital de Tokyo, à l'âge de 97 ans. Selon la galerie David Zwirner, la cause du décès est une défaillance multiviscérale. Son studio annonce publiquement la nouvelle le 27 août 2026 via un communiqué conjoint de Yayoi Kusama Inc. et du Yayoi Kusama Studio, précisant qu'elle "a continué à peindre jusqu'à ses derniers jours, sans jamais poser son pinceau". David Zwirner déclare que représenter son oeuvre pendant quinze ans a été "l'un des grands privilèges de sa vie professionnelle". Le musée Ludwig de Cologne avait conclu le 2 août 2026, douze jours avant sa mort, une rétrospective ayant attiré plus de 480 000 visiteurs, record de l'institution. Une vague d'hommages est déclenchée dans le monde entier.
Yayoi Kusama est décédée dans un hôpital de Tokyo. Elle résidait depuis 1977 à l'hôpital psychiatrique Seiwa, dans le quartier de Shinjuku à Tokyo. Le Yayoi Kusama Museum se trouve également à Shinjuku. Ses sculptures de citrouilles restent exposées en permanence sur l'île de Naoshima au Japon. Les modalités d'inhumation n'ont pas été rendues publiques.
1 - En 1955, Kusama écrit en japonais à Georgia O'Keeffe, une artiste qu'elle a découverte dans un livre de seconde main à Matsumoto. O'Keeffe lui répond et l'encourage à s'installer aux Etats-Unis, ce qui détermine le départ de Kusama vers New York.
2 - A la Biennale de Venise de 1966, Kusama déverse sans invitation 1 500 boules miroir dans les canaux, intitulant l'oeuvre Narcissus Garden. Le commissariat lui ordonne de cesser lorsqu'il découvre qu'elle les vend au prix de deux dollars la pièce.
3 - En 1962, Kusama emménage dans le même immeuble que Donald Judd à New York. Elle s'installe juste en dessous de lui, ce qui facilite une collaboration intellectuelle documentée dans les archives de l'artiste et plusieurs recensions d'expositions publiées dans ARTnews.
4 - En 1968, Kusama fonde la Kusama Fashion Company Ltd et ouvre en 1969 une boutique sur la 6e Avenue à Manhattan. Sa collection propose des robes de mariage gay et des vêtements découpés exposant des zones intimes, vendus chez Bloomingdale's.
5 - En 2023, des automates à l'effigie de Kusama ont peint des pois sur les vitrines des boutiques Louis Vuitton à Paris, New York et Londres, générant une vague de partages sur les réseaux sociaux et une visibilité mondiale pour la collaboration.
6 - En 1967, Kusama réalise le film Kusama's Self Obliteration, combinant des images de happenings et un système de pois projetés sur des corps, des animaux et des paysages. Le film remporte plusieurs prix dans des festivals de cinéma underground américains.
- Métier(s) : peintre, sculptrice, artiste d'installation, performeuse, romancière, poète
- Résidence principale : Tokyo (hôpital psychiatrique Seiwa, Shinjuku, depuis 1977)
- Relations de couple : jamais mariée ; relation amicale et romantique avec Joseph Cornell (non formalisée)
- Enfants : aucun
- Distinctions : Praemium Imperiale (2006, catégorie peinture) ; Prix Asahi (2001) ; ordre des Arts et des Lettres, France (2003)
Ma mère m'a donné de l'argent et m'a demandé de ne jamais remettre les pieds à la maison.
— Autobiographie Infinity Net, Tate Publishing, Londres, 2011 (traduit du japonais)
Quand je serai vieille et mourante dans 200 ou 500 ans, j'aimerais continuer à dessiner et quand je me réincarnerai, j'aimerais encore renaître artiste.
— Interview, 2016, citée dans Wikipedia FR (traduit du japonais)
Je combats la douleur, l'anxiété et la peur tous les jours, et la seule méthode que j'ai trouvée pour soulager ma maladie est de continuer à créer de l'art.
— Documentaire Kusama - Infinity, 2018 (traduit de l'anglais)
Tout a commencé par les hallucinations. Un jour, après avoir vu, sur la table, la nappe au motif de fleurettes rouges, j'ai porté mon regard vers le plafond. Là, partout, s'étendaient les formes des fleurettes rouges. Toute la pièce, tout mon corps, tout l'univers en étaient pleins.
— Autobiographie Infinity Net, Sakuhin Sha, Tokyo, 2002 (traduit du japonais)
Le pois a la forme du soleil, il signifie énergie masculine, source de la vie. Le pois a la forme de la lune, il symbolise le principe féminin de la reproduction et de la croissance. Les pois suggèrent la multiplication à l'infini. Notre terre n'est qu'un pois parmi les millions d'autres.
— Nouveau dictionnaire des artistes contemporains, Pascale Le Thorel, ed. Larousse, 2010