Anne-Aymone Giscard d'Estaing, née Sauvage de Brantes le 10 avril 1933 à Paris, n'a jamais voulu la lumière. Orpheline de père à onze ans, première dame sans mandat ni titre, elle a traversé soixante-huit ans de mariage avec Valéry Giscard d'Estaing en construisant sa propre façon d'être utile, loin des photographes et des plateaux. Derrière la réserve aristocratique se trouve une femme qui a accompagné des familles en détresse à Aubervilliers avant d'entrer à l'Élysée, créé une fondation contre l'avis de Simone Veil, et continue à quatre-vingt-douze ans de tailler elle-même ses rosiers à Authon en se demandant pourquoi personne ne protège vraiment les enfants.
Scolarisée à l'école Notre-Dame-des-Oiseaux à Paris, Anne-Aymone Sauvage de Brantes entame des études d'histoire de l'art à l'École du Louvre, qu'elle n'achève pas. En 1969, elle s'engage comme animatrice d'un club d'investissement féminin. Pendant plusieurs années, elle accompagne parallèlement une association à Aubervilliers qui aide des familles en difficulté. C'est là qu'elle forge sa conviction sur l'avortement, bien avant l'Élysée : "J'ai eu l'occasion de rencontrer des jeunes femmes qui se trouvaient dans des situations terribles. Je me souviens d'une en particulier qui avait à peine plus de 30 ans, elle avait déjà 6 enfants, vivait dans un HLM, et nous savions que son mari rentrait souvent le soir aviné. Elle n'avait aucun recours si elle tombait une nouvelle fois enceinte." Elle croise aussi des femmes aisées qui partent avorter à Londres ou en Suisse : "Pour moi, il s'agissait aussi de réparer une injustice sociale profonde" (L'Express, janvier 2025). Elle participe activement à la campagne présidentielle de 1974, collant des affiches, insérant des tracts dans des enveloppes, représentant son mari aux Antilles.
Devenue première dame en mai 1974, elle refuse de s'installer à l'Élysée avec ses quatre enfants adolescents. "L'Élysée n'était pas fait pour une vie de famille", explique-t-elle, et ses enfants "n'avaient pas du tout envie d'en faire un lieu officiel" (TV5 Monde, 2022). Elle obtient néanmoins un bureau au palais, une première pour une épouse de chef d'État français. Elle prend seule l'initiative de visiter chaque mois un département, deux à trois jours sur place : maisons de retraite, mines, usines, musées. "C'est moi qui l'ai décidé, ce n'était pas du tout une idée de mon mari" (TV5 Monde, 2022). Cette discrétion revendiquée repose sur une conviction claire : "Ce n'est pas elle qui a été élue", dit-elle de toute première dame, expliquant ainsi sept ans de retenue calculée (TV5 Monde, 2022). Le 31 décembre 1975, VGE lui propose à l'improviste de co-présenter les vœux télévisés. Sans préparation, elle devient la première conjointe d'un chef d'État français à s'adresser directement au pays. En revoyant les images des années plus tard : "Je n'ai pas l'air très à l'aise, il me semble" (Europe 1, 2022). Lors d'un voyage officiel en Espagne, elle se lève spontanément pour traduire le discours de son mari devant l'assemblée, au grand étonnement du roi Juan Carlos Ier et de la reine Sophie.
En 1977, elle crée la Fondation pour l'enfance, financée par les droits du livre Démocratie française de VGE. L'entreprise est risquée : Simone Veil elle-même lui avait déconseillé de le faire, "en me disant que je n'aurai que des ennuis" (L'Express, janvier 2025). Elle réunit médecins, juges, avocats, policiers et travailleurs sociaux pour construire une approche préventive des violences faites aux enfants, dans un pays où "il n'existait pas grand-chose dans ce domaine" (TV5 Monde, 2022). Elle présidera cette fondation pendant plus de trente-cinq ans. En janvier 2025, à quatre-vingt-douze ans, son bilan est lucide et amer : "Depuis au moins vingt ans, il n'y a pas eu de secrétariat d'État ou de ministère spécifiquement consacré aux problèmes de l'enfance. L'Aide sociale à l'enfance est une institution laissée à l'abandon et sa situation est catastrophique." Et cette phrase qui résume tout : "Peut-être parce que les enfants ne sont pas des électeurs..." (L'Express, janvier 2025). La défaite de 1981 est vécue comme une rupture brutale. La trahison de Chirac reste une blessure à part : "C'était vraiment affreux, c'était les pires à creuser le jeu, c'était une trahison" (TV5 Monde, 2022). L'après-Élysée ressemble à un exil : "Nous nous sommes sentis pratiquement exilés dans notre propre pays", des ambassades françaises à l'étranger ayant reçu instruction de ne pas les recevoir (TV5 Monde, 2022). En 1983, elle est élue conseillère municipale de Chanonat dans le Puy-de-Dôme, mandat qu'elle exerce jusqu'en 1995.
Anne-Aymone Sauvage de Brantes grandit au rythme des affectations militaires de son père, entre Paris, Londres (quartier de Belgravia) et Lisbonne, apprenant l'anglais, le portugais et l'espagnol. Sa mère, la princesse Aymone de Faucigny-Lucinge, descend par sa lignée maternelle du duc de Berry, fils de Charles X. Sa sœur Marguerite (1935-2011) deviendra abbesse de Saint-Jean-Baptiste-de-Keur-Guilaye au Sénégal. Son frère Guy (né en 1937) sera maire des Hermites en Indre-et-Loire de 2008 à 2020. En 1944, à onze ans, son père François, lieutenant-colonel résistant de l'ORA, meurt au camp de concentration de Melk-Mauthausen. Cette perte précoce, dans un milieu aristocratique où l'on ne montre rien, forge ce que VGE décrira plus tard dans Le Pouvoir et la Vie : une femme capable d'"affronter les plus grandes épreuves, sans donner un signe de défaillance".
Elle épouse Valéry Giscard d'Estaing en décembre 1952, qu'elle a rencontré chez son oncle et parrain, le journaliste Alfred Fabre-Luce. Elle a dix-neuf ans, lui vingt-six. Leur mariage durera soixante-huit ans. Sur leur vie conjugale, elle est lucide et sans amertume : "Il n'était pas comme les hommes d'aujourd'hui… mon mari, je crois, n'a jamais donné le biberon" (TV5 Monde, 2022). Elle revendique depuis toujours la sphère privée : "J'étais quand même tout à fait dans la sphère privée depuis de très nombreuses années, il y avait peu de cases où ma voix puisse être perçue" (TV5 Monde, 2022). Le couple a quatre enfants : Valérie-Anne (éditrice, née le 1er novembre 1953), Henri (PDG du Club Méditerranée, né le 17 octobre 1956), Louis (maire de Chamalières, né le 20 octobre 1958) et Jacinte (vétérinaire, née le 3 mai 1960, décédée le 16 janvier 2018). Deux ans séparent la mort de Jacinte en 2018 de celle de VGE en décembre 2020, Anne-Aymone perd sa fille et son mari. Face à ces deuils successifs, sa foi catholique s'exprime avec une certitude tranquille : "Je suis certaine qu'une partie de nous-mêmes est destinée à être immortelle et que dans cette immortalité nous retrouverons les êtres que nous avons côtoyés sur cette terre" (TV5 Monde, 2022).
Son rapport à la nature est un ancrage fondamental, transmis par ses parents qui lui avaient appris "dès le plus jeune âge les noms des plantes et à distinguer les arbres les uns des autres" (TV5 Monde, 2022). Au château de l'Étoile à Authon, où son mari et sa fille reposent dans le parc, elle se rend au minimum trois jours par semaine. Elle y taille les rosiers, désherbe, entretient la forêt. "Le jardinage vide la tête, quand on est en train de tailler les rosiers on ne peut penser à rien d'autre", dit-elle, attribuant sa forme physique à cette activité qui "mobilise l'ensemble du corps" (TV5 Monde, 2022). Elle connaît chaque essence du parc : chênes, châtaigniers, liquidambars en alignement, ifs irlandais qu'elle distingue des cyprès, et un cèdre planté par la famille il y a environ cinquante ans. Son amitié avec le chancelier Helmut Schmidt est l'une des rares qu'elle évoque avec chaleur : il venait en Auvergne, fut invité au mariage de leur fils Louis, et leur lien était "peut-être une amitié assez extraordinaire" (TV5 Monde, 2022). Elle cite aussi le président Anouar el-Sadate et son épouse parmi les amis dont l'assassinat fut "vraiment affreux". De Danielle Mitterrand, elle dit n'avoir eu "aucun contact, jamais" (TV5 Monde, 2022). Lorsque Brigitte Macron l'appelle pour lui demander des conseils après l'élection de 2017, sa réponse est caractéristique : "À chaque personne sa manière de vivre les événements, c'est difficile à transmettre" (Europe 1, 2022). Après le décès de VGE, elle devient présidente d'honneur de la Fondation Valéry Giscard d'Estaing et continue de défendre la mémoire d'un septennat qu'elle juge systématiquement occulté : "Ce matin dans un éditorial on cite Pompidou, Mitterrand, Sarkozy, Chirac, et mon mari n'est pas cité alors qu'il a quand même été président pendant sept ans" (TV5 Monde, 2022). En janvier 2025, dans son appartement parisien entouré de bronzes anciens, de pastels de Pissaro et d'estampes japonaises, elle accorde à L'Express un entretien rare sur la loi Veil, rappelant que son mari "a assumé de tordre le bras de sa propre famille politique" et que "beaucoup ont vécu cette loi comme une remise en cause de leur masculinité" (L'Express, janvier 2025).
Père : François Sauvage de Brantes (lieutenant-colonel de cavalerie, résistant de l'ORA, décédé en 1944 au camp de Melk-Mauthausen)
Mère : Aymone de Faucigny-Lucinge, descendante des princes de Faucigny-Lucinge et Coligny, elle-même descendante du duc de Berry (fils de Charles X)
Fratrie : Rosamée (1931-2021), Paul (1932-2007), Marguerite (1935-2011, abbesse au Sénégal), Guy (né en 1937, maire des Hermites 2008-2020)
Époux : Valéry Giscard d'Estaing (2 février 1926, Coblence - 2 décembre 2020, Authon)
Enfants : Valérie-Anne (née le 1er novembre 1953, éditrice), Henri (né le 17 octobre 1956, PDG du Club Méditerranée), Louis (né le 20 octobre 1958, maire de Chamalières), Jacinte (3 mai 1960 - 16 janvier 2018, vétérinaire)
Le château de l'Étoile à Authon, dans le Loir-et-Cher, est bien plus qu'une résidence. Propriété familiale des Brantes, inscrite à l'inventaire des monuments historiques et construite à partir de 1851, c'est là qu'Anne-Aymone a passé son adolescence, qu'elle s'est mariée religieusement en décembre 1952, que VGE est mort en décembre 2020 et qu'il repose aux côtés de Jacinte dans un terrain privé voisin du cimetière communal. Elle s'y rend au minimum trois jours par semaine, y travaille elle-même la terre, connaît chaque arbre du parc depuis l'enfance. Le parc abrite des chênes, des châtaigniers, des liquidambars en alignement, des ifs irlandais et un cèdre planté par la famille il y a environ cinquante ans. Son appartement parisien, situé dans le quartier de Montparnasse, est meublé de bronzes anciens, de pastels de Pissaro et d'estampes japonaises. Enfant, elle a également vécu à Londres (quartier de Belgravia) puis à Lisbonne, au fil des affectations de son père.
À tous et à toutes, j'exprime mes vœux chaleureux pour cette année.
— INA, archive télévisée, 31 décembre 1975
Je voulais être utile à beaucoup de gens et que cela m'apporte aussi quelque chose.
— Le Figaro Magazine, mai 2024
Cette campagne de 74 était si joyeuse. Toute la famille s'est beaucoup investie. Je me suis découvert une vocation de militante et, je l'avoue, une âme de colleuse d'affiches, j'aimais beaucoup cela .
— Le Figaro Magazine, mai 2024
Nous nous sommes rendu compte à ce moment-là qu'il y a des idées tellement ancrées chez les hommes qu'ils ont des réactions qu'on ne peut pas imaginer. Beaucoup ont vécu cette loi comme une remise en cause de leur masculinité. Ce qui est frappant, c'est qu'à aucun moment dans les expressions des opposants, il n'a été question des droits des femmes, jamais. C'étaient les droits des hommes, avant tout.
— L'Express, janvier 2025
À tous et à toutes, j'exprime mes vœux chaleureux pour cette année.
— INA, archive télévisée, 31 décembre 1975
Je voulais être utile à beaucoup de gens et que cela m'apporte aussi quelque chose.
— Le Figaro Magazine, mai 2024
Cette campagne de 74 était si joyeuse. Toute la famille s'est beaucoup investie. Je me suis découvert une vocation de militante et, je l'avoue, une âme de colleuse d'affiches, j'aimais beaucoup cela .
— Le Figaro Magazine, mai 2024
Nous nous sommes rendu compte à ce moment-là qu'il y a des idées tellement ancrées chez les hommes qu'ils ont des réactions qu'on ne peut pas imaginer. Beaucoup ont vécu cette loi comme une remise en cause de leur masculinité. Ce qui est frappant, c'est qu'à aucun moment dans les expressions des opposants, il n'a été question des droits des femmes, jamais. C'étaient les droits des hommes, avant tout.
— L'Express, janvier 2025