Figure légendaire de la piraterie du XVIIIe siècle, Anne Bonny a défié les conventions sociales de son époque pour écumer les Caraïbes. Aux côtés de Mary Read et Jack Rackham, elle incarne une liberté radicale et une audace guerrière qui ont marqué l'histoire maritime mondiale.
Née sous le nom d'Anne Cormac en Irlande, elle est la fille illégitime de l'avocat William Cormac et de sa servante Mary Brennan. Pour dissimuler ce scandale, son père la déguise initialement en garçon avant de s'exiler avec elle et sa mère vers la Caroline du Sud, aux États-Unis. À Charleston, William Cormac fait fortune dans le commerce et les plantations, offrant à sa fille une éducation aisée. Cependant, Anne manifeste un tempérament rebelle et refuse les mariages arrangés par son père. Elle finit par épouser James Bonny, un marin sans fortune, et s'enfuit avec lui vers l'île de New Providence, aux Bahamas, alors véritable sanctuaire de pirates. Déçue par son mari devenu informateur pour le gouverneur Woodes Rogers, elle rencontre le capitaine John Rackham, dit Calico Jack. En août 1720, elle abandonne sa vie passée, vole le sloop William dans le port de Nassau avec Rackham et Mary Read, et entame une campagne de pillages qui va la rendre célèbre dans toutes les Antilles.
À bord, Anne Bonny ne se contente pas de suivre les hommes ; elle participe activement aux abordages, manie le sabre et les armes à feu avec une redoutable efficacité. Bien que la légende raconte qu'elle se déguisait en homme, les témoignages de l'époque indiquent qu'elle ne cachait son identité que lors des combats pour faciliter ses mouvements. Sa carrière de pirate est intense mais brève. En octobre 1720, le chasseur de pirates Jonathan Barnet attaque leur navire près de la Jamaïque. Alors que la plupart des marins, ivres, se cachent en cale, Anne et Mary Read sont les seules à opposer une résistance farouche sur le pont. Capturée et emmenée à Spanish Town, elle est jugée pour piraterie en novembre 1720. Condamnée à la pendaison, elle évite l'exécution immédiate en déclarant être enceinte, une procédure juridique appelée plaider le ventre. Sa trace officielle disparaît des registres après 1721, laissant place à de multiples théories sur sa fin de vie.
1700 : Naissance probable près de Cork, en Irlande.
1710 : Émigration vers Charleston, en Caroline du Sud, avec son père.
1718 : Mariage avec James Bonny et départ pour les Bahamas.
1719 : Rencontre avec le pirate John Rackham à Nassau.
1720 : Vol du navire William et début de sa carrière de pirate en août.
1720 : Attaque de son navire par les autorités jamaïcaines en octobre.
1720 : Procès pour piraterie à Spanish Town et condamnation à mort en novembre.
1720 : Obtention d'un sursis d'exécution en raison de sa grossesse déclarée.
1721 : Disparition des registres officiels de la prison de Jamaïque en avril.
1724 : Publication de sa biographie dans l'ouvrage Histoire générale des plus fameux pirates.
1782 : Date de décès supposée par certains historiens en Caroline du Sud.
Anne Bonny est le fruit d'une liaison scandaleuse entre William Cormac, procureur renommé, et Mary Brennan, sa domestique. Son enfance est marquée par la dissimulation et le déguisement, une expérience qui forgera sa capacité à naviguer dans des milieux masculins hostiles. Après la mort de sa mère alors qu'elle n'avait que douze ans, elle s'oppose violemment à l'autorité paternelle, allant jusqu'à être déshéritée suite à son mariage avec James Bonny. Sa relation passionnée avec Calico Jack Rackham constitue le pivot de sa vie d'adulte. Bien qu'elle ait eu un enfant né à Cuba, dont le destin demeure inconnu, sa vie privée est indissociable de sa carrière de hors-la-loi, caractérisée par une rupture totale avec les structures familiales traditionnelles de l'époque coloniale.
Ses relations sociales les plus documentées concernent sa collaboration avec Mary Read, avec qui elle a formé le duo féminin le plus célèbre de la piraterie. Leur amitié, forgée dans le combat et le secret, a alimenté de nombreux récits historiques sur la solidarité féminine en haute mer. Au-delà de ses complices, Anne était liée à la République des Pirates de Nassau, un cercle social qui rejetait l'autorité impériale britannique. Engagée dans une lutte personnelle pour son indépendance, elle n'a jamais manifesté de regret pour ses actes, déclarant même à Rackham avant sa mort que s'il s'était battu comme un homme, il n'aurait pas été pendu comme un chien. Sa passion pour l'aventure et son rejet des normes de genre font d'elle une figure pionnière de l'insoumission féminine.
Aucune sépulture officielle n'est identifiée pour Anne Bonny. Des plaques commémoratives existent à Nassau, aux Bahamas, et à Spanish Town, en Jamaïque. Un monument moderne lui rend hommage à Wapping, Londres, aux côtés de Mary Read.
1 - Lors de son procès, des témoins ont affirmé qu'elle était l'une des pirates les plus féroces du navire, jurant et combattant avec une violence qui surpassait souvent celle de ses collègues masculins.
2 - On raconte qu'elle aurait brûlé la plantation de son père à Charleston avant de s'enfuir vers les Bahamas, marquant ainsi une rupture définitive et incendiaire avec son passé aristocratique.
3 - Bien que de nombreux portraits modernes la représentent avec une chevelure rousse flamboyante, aucune description physique contemporaine précise n'existe, les illustrations de 1724 étant des gravures d'artistes n'ayant jamais rencontré la pirate.
4 - Sa survie après 1721 est l'un des plus grands mystères maritimes ; certains historiens pensent que son père, redevenu influent, a payé une rançon pour la ramener discrètement en Amérique du Nord.
- Métier(s) : Pirate
- Résidence principale : Mer des Caraïbes (historique)
- Relations de couple: James Bonny (mari), Jack Rackham (amant)
- Enfants : Au moins 1 enfant (destin inconnu)
- Distinctions : Aucune (pirate recherchée par la Couronne britannique)