Emmanuelle Laborit est une actrice, metteure en scène et directrice de théâtre française, née sourde le 18 octobre 1971 à Paris. Petite-fille du neurobiologiste Henri Laborit, elle est la première comédienne sourde à obtenir un Molière en France (1993) et dirige l'International Visual Theatre depuis 2003.
Emmanuelle Laborit grandit dans une famille de scientifiques et d'artistes. Son père, Jacques Laborit, psychiatre et psychanalyste, lui enseigne la langue des signes française (LSF) à l'âge de 7 ans, en 1978. Cette même année, elle intègre les ateliers de théâtre de l'International Visual Theatre (IVT), institution fondée en 1977 à Paris par Alfredo Corrado et Jean Grémion, dédiée aux arts en LSF et aux arts visuels. Face au modèle oraliste dominant dans l'éducation spécialisée française de l'époque, la LSF devient pour elle le vecteur d'une identité sourde qu'elle revendique. Après une adolescence marquée par une période de révolte, elle obtient son baccalauréat en 1992, au second essai. La même année, elle incarne Sarah dans l'adaptation française de la pièce de Mark Medoff, Les Enfants du silence, dans une mise en scène de Jean Dalric et Levent Beskardes à l'IVT. Le 5 avril 1993, cette performance lui vaut le Molière de la révélation théâtrale : elle est ainsi la première comédienne sourde à recevoir cette récompense en France.
En 1994, Emmanuelle Laborit publie son autobiographie Le Cri de la mouette, co-écrite avec Marie-Thérèse Cuny aux éditions Robert Laffont ; rédigée à 22 ans, l'oeuvre obtient le Prix Vérité de la ville du Cannet et est traduite en 14 langues. Sa carrière cinématographique se développe parallèlement : elle joue dans le film allemand Jenseits der Stille aux côtés de Sylvie Testud, réalisé par Caroline Link (1996), pour lequel elle apprend la langue des signes allemande - l'oeuvre est nommée aux Oscars du meilleur film en langue étrangère (1998) -, puis dans Un Air si pur avec Fabrice Luchini (1997), Marie-Line avec Muriel Robin (2000) et le film collectif 11'09''01 September 11 (2002). En 2003, elle prend la direction de l'IVT, succédant à Alfredo Corrado, Thierry Jouno et Jean-François Labouverie. En janvier 2007, l'IVT s'installe dans les locaux de l'ancien Théâtre du Grand-Guignol, rue Chaptal à Paris (9e). Elle co-dirige l'établissement avec Jennifer Lesage-David.
1971 : Naissance le 18 octobre à Paris (14e arrondissement), sourde profonde de naissance.
1978 : Découverte de la langue des signes française à 7 ans ; débuts aux ateliers de l'IVT.
1992 : Obtention du baccalauréat au second essai ; premier rôle professionnel dans Les Enfants du silence à l'IVT.
1993 : Molière de la révélation théâtrale (5 avril) pour son rôle de Sarah dans Les Enfants du silence.
1994 : Publication de Le Cri de la mouette (Robert Laffont, avec Marie-Thérèse Cuny) ; Prix Vérité de la ville du Cannet.
1995 : Premier rôle au cinéma dans Le Toit du monde, réalisé par Felipe Vega.
1996 : Rôle dans Jenseits der Stille de Caroline Link, nommé aux Oscars du meilleur film en langue étrangère (1998).
1997 : Films Marianna Ucrìa et Un Air si pur aux côtés de Fabrice Luchini.
2000 : Films Marie-Line avec Muriel Robin et Retour à la vie.
2003 : Prise de direction de l'IVT.
2007 : L'IVT s'installe dans les locaux de l'ancien Théâtre du Grand-Guignol, rue Chaptal, Paris 9e (janvier).
2012 : Nommée Officière de l'ordre des Arts et des Lettres par la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, lors du tricentenaire de l'Abbé de l'Épée.
2014 : Co-écriture de la pièce La Reine-Mère avec Praline Gay-Para, mise en scène à l'IVT.
2017 : Récital chansigne Dévaste-moi, mise en scène de Johanny Bert (avant-première à Clermont-Ferrand en octobre).
2026 : Spectacle Je(s) - Version finale à l'IVT (mars-avril), adaptation avec Jennifer Lesage-David.
Née dans le 14e arrondissement de Paris, Emmanuelle Laborit est la fille du psychiatre et psychanalyste Jacques Laborit et la petite-fille du chirurgien et neurobiologiste Henri Laborit (1914-1995), lauréat du Prix Lasker en 1957 pour ses travaux sur les neuroleptiques. Sa tante Maria Laborit est actrice. Sa soeur Marie, entendante, joue pendant l'enfance un rôle de médiatrice entre Emmanuelle et le monde des entendants, les deux soeurs signant ensemble. Elle est l'épouse de Jean Dalric, metteur en scène de théâtre et de cinéma, co-signataire de la mise en scène des Enfants du silence à l'IVT en 1992.
Engagée depuis les années 1990 dans la défense des droits des sourds, Emmanuelle Laborit milite pour la reconnaissance officielle de la langue des signes française, inscrite dans la loi du 11 février 2005 sur le handicap. Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Par son travail à l'IVT - qui forme chaque année environ neuf cents personnes à la LSF et produit des ouvrages pédagogiques sur la culture sourde - elle maintient une présence artistique constante en France et à l'international.
1 - Le 5 avril 1993, lors de la remise des Molières, Emmanuelle Laborit s'adresse pour la première fois au grand public en langue des signes française depuis la scène pour ses remerciements ; cet instant, filmé et conservé par l'INA, marque une première dans l'histoire de la cérémonie.
2 - La première apparition télévisée d'Emmanuelle Laborit, conservée dans les archives de l'INA, remonte à l'âge de 8 ans (vers 1979) : elle y signe un poème intitulé Emmanuelle, document de ses débuts en LSF sur le petit écran.
3 - Publiée en 1994 alors qu'Emmanuelle Laborit n'avait que 22 ans, l'autobiographie Le Cri de la mouette est l'un des premiers ouvrages écrits par une personne sourde usagère de la langue des signes en Europe ; elle sera traduite en 14 langues.
4 - Depuis janvier 2007, l'IVT dirigée par Emmanuelle Laborit occupe les locaux de l'ancien Théâtre du Grand-Guignol, rue Chaptal (Paris 9e), institution connue au début du XXe siècle pour ses spectacles d'horreur, désormais consacrée aux arts visuels et à la culture sourde.
5 - Dans le récital Dévaste-moi, mis en scène par Johanny Bert (2017), Emmanuelle Laborit chansigne un répertoire allant de Nina Simone à Alain Bashung en passant par Maria Callas, dans des costumes créés par la styliste Pétronille Salomé.
- Métier(s) : Actrice, metteure en scène, directrice de théâtre, auteure, chansigneuse
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Jean Dalric (metteur en scène)
- Enfants : non documenté
- Distinctions : Molière de la révélation théâtrale (1993), Prix Vérité de la ville du Cannet (1994), Officière de l'ordre des Arts et des Lettres
La culture sourde est très fragile.
— Interview Le Parisien, à l'occasion du 40e anniversaire de l'IVT, citée par informations.handicap.fr, 2016
Chez moi, mon français et ma langue des signes se nourrissent l'un l'autre.
— AFP/informations.handicap.fr, octobre 2017, à propos du spectacle Dévaste-moi
Mon silence, ce serait plutôt d'avoir les yeux fermés, les mains paralysées, le corps insensible, la peau inerte.
— Le Cri de la mouette, Robert Laffont, 1994
Le problème des sourds est purement linguistique ! Il ne s'agit pas d'un handicap à réparer, nous avons juste une langue différente.
— Interview accordée à la revue Métro (date non précisée), citée par Futura-Sciences
Ce n'est pas une traduction littérale de la chanson en langue des signes. L'important n'est pas de tout comprendre mais de ressentir une émotion.
— AFP/informations.handicap.fr, octobre 2017, à propos du spectacle Dévaste-moi
Je vois comme je pourrais entendre, mes yeux sont mes oreilles, j'écris comme je peux signer, mes mains sont bilingues, mon coeur n'est sourd de rien, voilà ma différence.