Résumé biographique

Maître incontesté de la comédie à l'italienne et chroniqueur désenchanté de la société transalpine, Ettore Scola a su capturer l'âme de l'Italie d'après-guerre. Son cinéma, alliant satire sociale et mélancolie profonde, demeure une référence absolue pour l'analyse des mutations politiques et intimes du vingtième siècle.


Parcours

Né en Campanie, Ettore Scola s'installe jeune à Rome où il commence par des études de droit avant de bifurquer vers le journalisme satirique au sein de la revue Marc'Aurelio. Cette expérience s'avère fondatrice pour son sens du dialogue et du portrait social. Il débute sa carrière cinématographique comme scénariste prolifique dans les années 1950, collaborant sur des chefs-d'œuvre tels que Il Sorpasso (Le Fanfaron). Son passage à la réalisation en 1964 marque le début d'une ascension qui le verra explorer les contradictions de l'Italie. En 1974, il réalise C'eravamo tanto amati (Nous nous sommes tant aimés), une fresque monumentale retraçant trente ans d'histoire italienne à travers le destin de trois amis. Ce film assoit sa renommée internationale et définit son style : une observation acérée des déceptions politiques et de l'érosion des idéaux, portée par une mise en scène d'une grande fluidité spatiale.

La consécration se poursuit en 1976 avec le Prix de la mise en scène à Cannes pour Brutti, sporchi e cattivi (Affreux, sales et méchants), une plongée grotesque et sans concession dans le sous-prolétariat romain. Scola prouve sa capacité à passer du lyrisme à la noirceur absolue. En 1977, Una giornata particolare (Une journée particulière), mettant en scène Sophia Loren et Marcello Mastroianni, traite de l'oppression fasciste et de la marginalité avec une subtilité qui lui vaut une reconnaissance mondiale. Jusqu'à la fin de sa carrière, il expérimente de nouvelles formes narratives, comme dans Le Bal, un film sans paroles qui retrace l'histoire de France par la danse. Membre influent de la gauche intellectuelle italienne, il a présidé de nombreux festivals et a continué de témoigner de l'évolution du septième art, notamment par son hommage ultime à son ami Federico Fellini en 2013.


Repères chronologiques

1931 : Naissance le 10 mai à Trevico, Italie.
1953 : Débuts comme scénariste pour le cinéma italien.
1964 : Première réalisation avec le film Se permettete parliamo di donne.
1974 : Succès mondial de C'eravamo tanto amati.
1976 : Prix de la mise en scène au Festival de Cannes pour Affreux, sales et méchants.
1977 : Sortie du chef-d'œuvre Una giornata particulière.
1980 : Prix du scénario à Cannes pour La Terrazza.
1982 : Réalisation de La Nuit de Varennes sur la Révolution française.
1984 : César du meilleur film étranger et du meilleur réalisateur pour Le Bal.
1987 : Prix spécial du jury à Cannes pour La Famiglia.
2011 : Annonce officielle de sa retraite cinématographique.
2013 : Retour exceptionnel derrière la caméra pour Che strano chiamarsi Federico.
2016 : Décès le 19 janvier à Rome, à l'âge de 84 ans.


Vie personnelle et engagements

Ettore Scola était le fils d'un médecin de campagne, un milieu dont il s'est éloigné pour rejoindre l'effervescence intellectuelle romaine. Il était marié à Gigliola Scola, scénariste et collaboratrice, avec qui il a eu deux filles, Paola et Silvia Scola. Ces dernières ont activement participé à la préservation de son œuvre en co-réalisant des documentaires sur son parcours. Homme de convictions, il était membre du Parti communiste italien et a même fait partie du "gouvernement fantôme" du parti à la fin des années 1980 en tant que ministre de la Culture. Sa vie privée était marquée par une grande fidélité à ses racines romaines et à un cercle d'amis fidèles issus de l'industrie du cinéma.

Sur le plan social, Scola était un pilier des cercles intellectuels de la Via Veneto, ami proche de Federico Fellini, Marcello Mastroianni et Vittorio Gassman. Il s'est engagé tout au long de sa vie pour la défense du cinéma italien face à la concurrence des blockbusters américains et à la montée de la télévision commerciale. Passionné par le dessin et la caricature, il n'a jamais cessé de croquer ses contemporains, utilisant cet art pour préparer ses cadrages cinématographiques. Son engagement associatif s'est notamment manifesté par son soutien aux archives cinématographiques et à la formation des jeunes réalisateurs. Il était perçu comme une conscience morale de l'Italie, n'hésitant pas à critiquer les dérives de la classe politique transalpine lors de ses rares interventions publiques.


Contexte du décès

Ettore Scola s'éteint le 19 janvier 2016 au service de cardio-chirurgie de la polyclinique de Rome, après être tombé dans le coma quelques jours auparavant. La cause exacte de son décès est une défaillance cardiaque suite à des complications post-opératoires. Conformément à son souhait de simplicité, aucune cérémonie religieuse n'a été organisée. Un hommage public lui a été rendu à la Casa del Cinema à Rome, où des milliers de citoyens, de personnalités politiques et de stars du cinéma se sont relayés pour saluer sa mémoire. Le Premier ministre italien de l'époque, Matteo Renzi, a salué "un maître d'une incroyable capacité de lecture de l'Italie". Son éloge funèbre a été marqué par les témoignages de ses filles et de ses collaborateurs de longue date.


Lieux de référence

La mémoire d'Ettore Scola est particulièrement vivante à la Casa del Cinema au sein de la Villa Borghese à Rome, lieu qu'il fréquentait assidûment. Sa dépouille a été incinérée et ses cendres reposent dans le caveau familial en Italie. Son village natal de Trevico lui a également dédié un centre culturel et organise régulièrement des projections en son honneur pour maintenir le lien entre l'œuvre du cinéaste et ses racines méridionales.


Anecdotes

1 - Ettore Scola a commencé sa carrière en vendant des dessins humoristiques à des journaux dès l'âge de 15 ans pour aider sa famille. Cette formation de caricaturiste est la clé de son talent pour croquer des personnages en quelques traits visuels marquants à l'écran.
2 - Le film Le Bal est une prouesse technique et artistique totale : il ne comporte aucune ligne de dialogue. Scola a réussi le pari de raconter cinquante ans d'histoire de France uniquement par le mouvement des corps, la musique et les expressions faciales des danseurs.
3 - Sur le tournage de Une journée particulière, Scola a dû faire face à la méfiance des producteurs qui doutaient de voir Sophia Loren en femme au foyer épuisée. Il a imposé un maquillage minimaliste et un éclairage terne pour casser l'image glamour de la star, créant ainsi son rôle le plus poignant.
4 - Scola était réputé pour son humour caustique sur les plateaux. Il aimait dire qu'il ne réalisait pas de films pour donner des leçons, mais pour que les gens "se sentent moins seuls avec leurs propres défauts et leurs propres espoirs déçus".


Points clés

- Métier(s) : Réalisateur, scénariste, journaliste satirique.
- Résidence principale : Rome, Italie.
- Relations de couple : Gigliola Scola (épouse).
- Enfants : Paola Scola, Silvia Scola.
- Distinctions : Prix de la mise en scène à Cannes, César du meilleur film étranger.