Jérôme Savary, né le 27 juin 1942 à Buenos Aires et mort le 4 mars 2013 à Levallois-Perret, est un metteur en scène, comédien et directeur de théâtre franco-argentin, fondateur du Grand Magic Circus, compagnie qui a durablement reconfiguré l'esthétique du théâtre musical français.
Né dans une famille franco-américaine à Buenos Aires, Jérôme Savary passe sa jeunesse en France après le retour de sa mère en 1947, puis suit sa scolarité au collège Cévenol du Chambon-sur-Lignon. Il apprend la musique avec la famille de Maurice Martenot et intègre l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. A dix-neuf ans, il part pour New York avec une bourse, s'immerge dans le milieu du jazz et fréquente Count Basie, Thelonious Monk, ainsi que des auteurs comme Jack Kerouac et Allen Ginsberg. De retour en Argentine en 1962, il accomplit sept mois de service militaire dans un régiment d'artillerie hippomobile, puis travaille comme illustrateur de dictionnaire et dessinateur de bandes dessinées dans la même revue que Copi. Rentré à Paris en 1965, il rencontre Jacques Coutureau et fonde la Compagnie Jérôme Savary, qui deviendra le Grand Magic Circus et ses animaux tristes en 1966, avec Fernando Arrabal, Alejandro Jodorowsky et Roland Topor.
Le Grand Magic Circus s'impose rapidement comme une forme inédite mêlant théâtre, cirque et music-hall, portée par des parades musicales et un humour parodique. En 1971, la création de Zartan, frère mal-aimé de Tarzan au Théâtre de la Cité internationale constitue un tournant reconnu dans l'histoire du théâtre de la fête. En 1982, Jack Lang nomme Savary à la tête du Centre dramatique national du Languedoc-Roussillon à Montpellier, première étape d'un parcours institutionnel qui le mène au Centre dramatique de Lyon de 1986 à 1988. En 1987, il remporte le Molière du spectacle musical pour sa mise en scène de Cabaret avec Ute Lemper. De 1988 à 2000, il dirige le Théâtre national de Chaillot, où il monte notamment La Légende de Jimmy de Michel Berger et Luc Plamondon, Rigoletto de Giuseppe Verdi à l'Opéra Bastille, et Le Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare au Festival d'Avignon en 1990. De 2000 à 2007, il assure la direction de l'Opéra-Comique, où Jérôme Deschamps lui succédera.
1942 : naissance à Buenos Aires le 27 juin, de père français écrivain et de mère américaine
1961 : départ pour New York, fréquentation du milieu du jazz (Count Basie, Thelonious Monk)
1962 : service militaire en Argentine dans un régiment d'artillerie hippomobile ; travail à Buenos Aires comme illustrateur et dessinateur de bandes dessinées
1965 : fondation de la Compagnie Jérôme Savary à Paris ; premiers spectacles (Les Boîtes, L'Invasion du vert olive)
1966 : création du Grand Magic Circus et ses animaux tristes avec Jacques Coutureau et Michel Lebois
1971 : Zartan, frère mal-aimé de Tarzan, au Théâtre de la Cité internationale -- succès qui inscrit le Magic Circus dans l'histoire du théâtre
1982 : direction du Centre dramatique national du Languedoc-Roussillon à Montpellier (jusqu'en 1986)
1983 : mise en scène de Cyrano de Bergerac avec Jacques Weber au Théâtre Mogador ; mise en scène d'Anacréon de Cherubini à la Scala de Milan
1986 : direction du Centre dramatique de Lyon -- Carrefour européen du théâtre (jusqu'en 1988) ; mise en scène de Cabaret avec Ute Lemper
1987 : Molière du spectacle musical pour Cabaret, lors de la première cérémonie de la Nuit des Molières
1988 : prise de direction du Théâtre national de Chaillot (jusqu'en 2000)
1996 : mise en scène de Rigoletto de Verdi à l'Opéra Bastille
2000 : prise de direction de l'Opéra-Comique (jusqu'en 2007)
2007 : création de La Boîte à rêves, structure indépendante basée à Béziers dans le théâtre des Franciscains
2013 : décès le 4 mars à l'hôpital franco-britannique de Levallois-Perret, des suites d'un cancer
Son père, écrivain français, et sa mère, américaine issue d'une famille de la haute société -- petite-fille de Frank Higgins, gouverneur de l'Etat de New York de 1905 à 1907 -- font de Savary un enfant du bilinguisme franco-américain. Il a eu quatre enfants de trois unions distinctes : Robinson, photographe et cinéaste, né de sa relation avec Sabine Monirys ; Manon, metteure en scène, et Nina, comédienne et chanteuse, de sa relation avec Mona Heftre, actrice qui fut aussi membre du Grand Magic Circus ; et Béatriz-Carmen, née de sa relation avec Gretel, comédienne cubaine.
Jérôme Savary entretenait des liens étroits avec Jacques Weber, qui interprétait Cyrano de Bergerac sous sa direction dès 1983. Passionné de jazz depuis son séjour new-yorkais, il jouait de la trompette, instrument présent dans nombre de ses productions. Il publia cinq ouvrages, dont trois autobiographies -- parmi lesquelles Ma vie commence à 20h30 (Stock, 1991) -- ainsi que le roman Habana Blues (Grasset, 2000) et le Dictionnaire amoureux du spectacle (Plon, 2004). Il se définissait lui-même comme un grand "mélancomique", contraction qu'il avait forgée pour désigner l'alliance de la mélancolie et du comique dans son rapport au monde.
Jérôme Savary est mort le 4 mars 2013 des suites d'un cancer de la gorge, à l'hôpital franco-britannique de Levallois-Perret, dans la banlieue parisienne. Sa famille en a fait l'annonce le 5 mars 2013. Les obsèques ont eu lieu le 12 mars au crématorium du Père-Lachaise, en présence de la famille et de nombreuses personnalités du théâtre, dans une cérémonie publique ponctuée par un jazz-band interprétant Duke Ellington, Louis Armstrong et Django Reinhardt, morceaux choisis par Savary et ses enfants. Le ministère de la Culture a publié un hommage officiel. Jack Lang, ancien ministre de la Culture, a salué sur France Info un "personnage qui a profondément imprégné, marqué, le paysage théâtral français". Jacques Weber, comédien et proche de longue date, a déclaré : "Je perds un grand compagnon à qui je dois énormément dans mon métier."
Les cendres de Jérôme Savary sont déposées au columbarium du cimetière du Père-Lachaise, à Paris (case 392). Il n'existe pas à ce jour de lieu ou d'institution publique portant officiellement son nom, selon les sources consultées.
1 - En 1962, Savary accomplit son service militaire dans un régiment d'artillerie hippomobile en Argentine -- une unité encore dotée de chevaux --, expérience radicalement décalée pour un futur homme de théâtre formé aux arts décoratifs de Paris.
2 - A New York au début des années 1960, il travaille de petits emplois tout en fréquentant les milieux du jazz : Miles Davis, John Coltrane, Count Basie et Thelonious Monk font partie de ses rencontres, aux côtés des écrivains beats Jack Kerouac et Allen Ginsberg.
3 - Pour expliquer le nom de sa compagnie, Savary avait une formule directe : "L'homme est un animal triste parce qu'il a perdu le sens de l'animalité." Cette définition philosophique servait de boussole esthétique à l'ensemble de ses productions.
4 - En 1983, la Scala de Milan lui confie la mise en scène d'Anacréon de Cherubini, oeuvre rarissime du répertoire, aux côtés de ses créations populaires -- signe d'une crédibilité acquise dans les cercles lyriques internationaux.
5 - Lors de ses propres obsèques au crématorium du Père-Lachaise le 12 mars 2013, son fils Robinson a déclaré devant l'assistance : "Même à son propre enterrement, il a réussi à faire tomber la neige ! Ca s'appelle le talent." La cérémonie s'était déroulée sous une chute de neige inattendue.
6 - Savary avait confié à une journaliste une formule résumant sa philosophie de travail : "Il y a l'art, les gens et avec les deux quand on est doué, on fait de l'ar(t)gent." Le jeu de mots, contraction d'art et d'argent, caractérisait son rapport au théâtre populaire et à son financement.
- Métier(s) : metteur en scène, directeur de théâtre, comédien, trompettiste, auteur
- Résidence principale : Paris (Levallois-Perret au moment du décès) ; Béziers (dernière base professionnelle)
- Relations de couple : Sabine Monirys ; Mona Heftre ; Gretel (comédienne cubaine)
- Enfants : Robinson, Manon, Nina, Béatriz-Carmen
- Distinctions : Molière du spectacle musical 1987 (Cabaret) ; chevalier de la Légion d'honneur ; chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres
L'homme est un animal triste parce qu'il a perdu le sens de l'animalité.
— Encyclopédie Universalis, biographie de Jérôme Savary (propos rapportés en réponse à la question sur le nom du Grand Magic Circus)
Il y a l'art, les gens et avec les deux quand on est doué, on fait de l'ar(t)gent.
— Interview accordée à une journaliste, rapportée dans Jim le Pariser (témoignage direct)
Je pense vraiment faire du théâtre populaire ! Pour mon théâtre, il n'y a pas besoin de décodeur.
— émission Radio Télévision Suisse, 1995, citée par Cultur'easy