Mathématicien, mécanicien et astronome d'origine italienne naturalisé français né le 25 janvier 1736 à Turin, Joseph-Louis Lagrange a révolutionné l'analyse mathématique et la mécanique céleste. Son œuvre fondamentale pose les bases de la physique moderne à travers des formulations analytiques novatrices.
D'abord destiné à une carrière juridique par son père, il se passionne pour la géométrie après la lecture d'un mémoire d'Halley. À seulement dix-neuf ans, il devient professeur à l'École royale d'artillerie de Turin et fonde une société savante qui deviendra l'Académie des sciences de Turin. Ses premiers travaux sur le calcul des variations attirent l'attention de Leonhard Euler, avec qui il entretient une correspondance scientifique majeure. En 1766, sur recommandation d'Euler et de d'Alembert, il succède à ce premier comme directeur de la classe de mathématiques à l'Académie de Berlin. Durant vingt ans en Prusse, il publie des mémoires fondamentaux sur le problème des trois corps, les équations différentielles et la théorie des nombres, consolidant sa réputation comme l'un des plus grands mathématiciens d'Europe avant son départ pour la France.
Invité par Louis XVI, il s'installe à Paris en 1787 et publie son chef-d'œuvre, la Mécanique analytique, l'année suivante. Ce traité réduit la mécanique à des opérations algébriques, supprimant toute dépendance aux figures géométriques. Sous la Révolution française, il préside la commission chargée de l'établissement du système métrique et devient l'un des premiers professeurs de l'École polytechnique et de l'École normale supérieure lors de leur création. Napoléon Bonaparte, qui l'admire profondément, le nomme sénateur et grand officier de la Légion d'honneur, le titrant également comte d'Empire. Jusqu'à sa mort en 1813, il continue de perfectionner ses théories sur les fonctions analytiques. Ses travaux sur les points de libration, désormais appelés points de Lagrange, restent aujourd'hui essentiels pour le positionnement des satellites de recherche spatiale contemporains.
1736 : Naissance le 25 janvier à Turin, Royaume de Sardaigne.
1755 : Nommé professeur de mathématiques à l'École d'artillerie de Turin.
1764 : Remporte le prix de l'Académie des sciences de Paris pour l'étude de la libration de la Lune.
1766 : Installation à Berlin pour diriger l'Académie des sciences de Prusse.
1772 : Publication de ses travaux sur les points d'équilibre gravitationnel (points de Lagrange).
1787 : Arrivée à Paris et accueil au Louvre par la famille royale.
1788 : Publication du traité historique Mécanique analytique.
1793 : Présidence du Bureau des longitudes et travail sur le système décimal.
1794 : Début de l'enseignement à l'École polytechnique nouvellement fondée.
1797 : Publication de la Théorie des fonctions analytiques.
1799 : Nomination au Sénat conservateur par le Premier Consul.
1808 : Nommé Comte de l'Empire par décret impérial.
1813 : Décès le 10 avril à Paris après une phase d'épuisement physique.
Fils de Giuseppe Francesco Lodovico Lagrangia, trésorier de l'artillerie, et de Maria Teresa Grosso, il est l'aîné d'une fratrie de onze enfants dont seuls deux survivront. Son milieu social, bien que lié à l'administration de l'État sarde, subit des revers financiers qui obligent le jeune Joseph-Louis à s'appuyer uniquement sur son talent intellectuel. En 1767, il épouse sa cousine Vittoria Conti à Berlin, mais son décès en 1783 le plonge dans une profonde mélancolie. Plus tard, à Paris en 1792, il se remarie avec Renée-Françoise-Adélaïde Le Monnier, fille de l'astronome Pierre Charles Le Monnier, qui lui apporte une stabilité familiale essentielle durant les troubles révolutionnaires. Il n'aura aucune descendance de ses deux unions.
Discret et fuyant les polémiques, il entretient des liens d'amitié profonds avec Jean le Rond d'Alembert et Antoine Lavoisier, dont il déplore amèrement l'exécution en 1794. Ses engagements se manifestent par son dévouement aux institutions éducatives républicaines et son travail rigoureux au sein du Bureau des longitudes. Bien que favorisé par Napoléon, il conserve un habitus de savant austère, se tenant à l'écart des intrigues politiques du Sénat. Ses mentors, Euler et d'Alembert, ont façonné son approche rigoureuse de l'analyse. Passionné de philosophie naturelle, il passe ses rares moments de loisir à étudier la chimie et la botanique, cherchant toujours l'unité des lois physiques derrière la diversité des phénomènes observés.
À l'âge de 77 ans, Joseph-Louis Lagrange meurt d'épuisement généralisé à son domicile parisien le 10 avril 1813. Sentant sa fin proche, il discute encore de mathématiques avec ses amis Monge et Lacepède quelques jours avant son dernier souffle. L'Empereur Napoléon Ier ordonne des funérailles solennelles pour honorer celui qu'il considérait comme la haute pyramide des sciences mathématiques. Gaspard Monge prononce son éloge funèbre, saluant l'homme qui avait élevé l'esprit humain. Il est inhumé au Panthéon de Paris, où sa dépouille repose toujours parmi les grands hommes de la Nation française. Cet hommage national souligne l'importance exceptionnelle de sa contribution à la science et au rayonnement intellectuel de la France sous l'Empire.
Sa sépulture se trouve au Panthéon de Paris, dans le cinquième arrondissement. Son nom est gravé sur la Tour Eiffel parmi les 72 savants honorés par Gustave Eiffel. On peut également trouver un buste de Lagrange dans la galerie des bustes de l'Académie des sciences de Turin et une statue à son effigie ornant une façade du Palais du Louvre.
1 - Joseph-Louis Lagrange affirmait souvent que s'il avait été riche par héritage, il n'aurait probablement jamais consacré sa vie aux mathématiques, la nécessité l'ayant poussé à l'excellence dès son plus jeune âge.
2 - Dans son traité Mécanique analytique de 1788, il se targuait avec fierté de n'avoir utilisé aucun diagramme ni dessin géométrique, considérant que seule l'analyse pure devait régir la mécanique physique.
3 - Malgré sa naturalisation française et sa carrière parisienne, il conserva toute sa vie un léger accent italien, témoignant de ses racines turinoises qu'il ne renia jamais tout en servant fidèlement l'État français.
4 - Lors de la création du calendrier républicain, il fut consulté pour les calculs astronomiques, bien qu'il restât sceptique sur la pérennité d'un système qui s'éloignait trop des usages séculaires établis par l'astronomie classique.
- Métier(s) : Mathématicien, Astronome, Sénateur
- Résidence principale : Paris, France (quartier du Louvre)
- Relations de couple : Veuf de Vittoria Conti, marié à Adélaïde Le Monnier (1792)
- Enfants : Aucun
- Distinctions : Grand-Croix de l'Ordre de la Réunion, Comte de l'Empire