Lorin Maazel restera dans l'histoire de la musique classique comme l'un des chefs d'orchestre les plus prolifiques et les plus controversés du vingtième siècle, passé du statut d'enfant prodige à celui de titan autoritaire des podiums internationaux. Né en France de parents américains en pleine tournée européenne, il dirige son premier orchestre symphonique à l'âge de huit ans, entame une carrière mondiale dès les années 1960 et conquiert les plus grandes institutions musicales sur trois continents, de Cleveland à Munich, de Paris à New York. Derrière la baguette de ce perfectionniste infatigable se cache un homme aux mille facettes : polyglotte, violoniste virtuose, compositeur et même propriétaire d'un domaine viticole en Virginie.
Lorin Varencove Maazel naît le 6 mars 1930 à Neuilly-sur-Seine, où ses parents, Lincoln Maazel et Marie Varencove, séjournent temporairement pour des engagements artistiques. La famille rentre rapidement aux États-Unis et s'installe à Los Angeles, puis à Pittsburgh. Dès l'âge de cinq ans, Lorin Maazel commence l'étude du violon et du piano. Son talent exceptionnel se révèle lorsqu'à sept ans il dirige pour la première fois un orchestre universitaire. En 1939, à neuf ans, il est invité à diriger l'Orchestre philharmonique de New York lors d'un concert au Pavillon de la Musique de l'Exposition universelle, événement qui le propulse sur la scène nationale. Il étudie ensuite les mathématiques et la philosophie à l'Université de Pittsburgh tout en poursuivant sa formation musicale.
Dans les années 1950, après une période de relatif anonymat où il joue du violon dans l'Orchestre symphonique de Pittsburgh, Lorin Maazel relance sa carrière de chef en Europe. En 1960, il devient le premier Américain à diriger au Festival de Bayreuth, temple wagnérien en Allemagne. Cette consécration européenne ouvre les portes des plus grandes maisons d'opéra et orchestres symphoniques. Il prend la direction musicale de l'Orchestre symphonique de la Radio de Berlin entre 1965 et 1971, puis de l'Orchestre de Cleveland de 1972 à 1982, formation qu'il hisse au sommet de l'excellence mondiale par sa rigueur légendaire et ses tournées triomphales. Après Cleveland, il dirige l'Orchestre national de France de 1988 à 1991, l'Orchestre symphonique de la radiodiffusion bavaroise de 1993 à 2002 et enfin l'Orchestre philharmonique de New York de 2002 à 2009. En parallèle, il occupe des postes à l'Opéra d'État de Vienne entre 1982 et 1984 et dirige régulièrement au Metropolitan Opera de New York, à La Scala de Milan et au Royal Opera House de Londres.
Au-delà des concerts, Lorin Maazel se distingue par sa mémoire phénoménale, dirigeant la plupart de ses programmes sans partition, et par son répertoire d'une ampleur colossale incluant opéras, symphonies et musique contemporaine. Il crée en 2009 le festival Castleton à Castleton Farms, sa propriété en Virginie, où il forme de jeunes musiciens et dirige jusqu'à ses derniers jours. Compositeur, il écrit plusieurs œuvres dont un opéra inspiré de George Orwell, 1984, créé au Royal Opera House en 2005. Il laisse une discographie imposante chez Deutsche Grammophon, Decca, Sony Classical et d'autres labels, témoignant de son insatiable curiosité artistique.
Lorin Maazel fut régulièrement critiqué pour son tempérament autoritaire et ses méthodes de travail jugées tyranniques par certains musiciens. Plusieurs membres de l'Orchestre philharmonique de New York ont publiquement exprimé leur frustration face à son approche micromanagériale, lui reprochant de privilégier la perfection technique au détriment de la spontanéité et de l'expression musicale. En 2008, des tensions internes ont conduit à un renouvellement anticipé de son contrat, l'orchestre décidant de ne pas prolonger son mandat au-delà de 2009. Par ailleurs, sa décision de diriger un concert historique en Corée du Nord en février 2008, premier orchestre américain à se produire à Pyongyang, a suscité débats et critiques sur l'opportunité d'un tel geste diplomatique en plein contexte de tensions internationales.
Lorin Maazel fut marié trois fois et père de sept enfants. Sa première épouse fut la pianiste Miriam Sandbank, avec qui il eut deux enfants avant leur divorce. Il épousa ensuite la soprano israélienne Israela Margalit en 1969, union dont naquirent trois enfants et qui se termina également par un divorce. En 1986, il se maria avec Dietlinde Turban, violoniste allemande renommée et sœur du violoniste Ingolf Turban, avec qui il eut deux enfants et forma un couple uni jusqu'à son décès. Polyglotte maîtrisant huit langues dont le français, l'allemand, l'italien et le russe, Lorin Maazel cultivait également une passion pour le vin et possédait un domaine viticole de 200 hectares à Castleton en Virginie, où il produisait des vins primés et organisait chaque été un festival de musique classique accueillant de jeunes talents du monde entier. Violoniste accompli, il jouait régulièrement en soliste et en musique de chambre, perpétuant ainsi son premier amour musical. Amateur de mathématiques et de philosophie, disciplines qu'il avait étudiées à l'université, il aimait établir des ponts entre logique abstraite et architecture musicale.
Lorin Maazel s'engagea dans plusieurs projets de diplomatie culturelle, convaincu du pouvoir de la musique comme langage universel. Son concert à Pyongyang en 2008, malgré les polémiques, visait à ouvrir un dialogue avec la Corée du Nord par l'art. Il soutint activement la formation des jeunes musiciens, notamment à travers le festival Castleton qu'il créa sur son domaine, offrant bourses et master classes gratuites à des talents émergents. Il entretint des amitiés durables avec plusieurs grands musiciens, dont le violoncelliste Mstislav Rostropovitch et le pianiste Vladimir Ashkenazy, avec qui il enregistra plusieurs disques. Lorin Maazel apporta également son soutien financier à des institutions musicales et éducatives aux États-Unis et en Europe.
Lorin Maazel meurt le 13 juillet 2014 à l'âge de 84 ans des complications d'une pneumonie aiguë à son domaine de Castleton Farms en Virginie. Quelques semaines auparavant, il avait encore dirigé des répétitions et des concerts au festival Castleton qu'il avait fondé. Sa disparition soudaine survient en pleine activité artistique, alors qu'il préparait de nouveaux projets pour la saison suivante. De nombreux hommages lui sont rendus par les grandes institutions musicales du monde entier, saluant sa contribution exceptionnelle à la vie symphonique et lyrique du vingtième siècle. Le violoncelliste Yo-Yo Ma déclare avoir perdu un mentor et un ami, tandis que le directeur du Metropolitan Opera Peter Gelb souligne son génie musical et son engagement sans faille. Ses funérailles se déroulent dans l'intimité familiale à Castleton, entourées de ses proches et de quelques musiciens fidèles.
Lorin Maazel repose à Castleton Farms, son domaine de Virginie qu'il avait acquis dans les années 1980 et transformé en centre culturel et viticole. Ce lieu emblématique de 200 hectares, situé près de la ville de Castleton, reflétait ses multiples passions : la musique, le vin et la transmission aux jeunes générations. C'est là qu'il avait fait construire un auditorium de 200 places et des installations permettant d'accueillir chaque été le festival qu'il avait créé. Bien que né à Neuilly-sur-Seine, Lorin Maazel grandit à Pittsburgh en Pennsylvanie, ville qui joua un rôle fondamental dans sa formation musicale. Il passa également de longues périodes en Europe, notamment à Munich où il dirigea l'Orchestre symphonique de la radiodiffusion bavaroise, et à New York où il occupa plusieurs postes prestigieux. Son attachement à l'Europe, continent de ses premières consécrations artistiques, et aux États-Unis, terre de ses racines familiales, marqua profondément son identité et sa carrière cosmopolite.