Cette année marque le 1er anniversaire de sa disparition.
Lalo Schifrin, de son vrai nom Boris Claudio Schifrin, est un compositeur, pianiste, arrangeur et chef d'orchestre argentin naturalisé américain, né le 21 juin 1932 à Buenos Aires et décédé le 26 juin 2025 à Los Angeles. Auteur du thème de la série télévisée Mission impossible (1966), il a signé plus de cent bandes originales pour le cinéma et la télévision en six décennies de carrière.
Fils de Luis Schifrin, premier violon et chef de l'orchestre philharmonique du Teatro Colón de Buenos Aires pendant trente ans, Boris Claudio Schifrin commence le piano vers l'âge de cinq ans avec Enrique Barenboim, père du pianiste et chef d'orchestre Daniel Barenboim. Il fréquente le Colegio Nacional de Buenos Aires, puis entame des études de droit à l'Université de Buenos Aires tout en suivant les cours de piano du compositeur Andreas Karalis, ancien directeur du Conservatoire de Kiev, et ceux de composition de Juan Carlos Paz. En 1952, il réussit le concours du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, où il étudie notamment auprès d'Olivier Messiaen et de Charles Koechlin. Le soir, pour subvenir à ses besoins, il joue dans des clubs de jazz parisiens comme Le Club Saint-Germain et travaille comme arrangeur pour le label d'Eddie Barclay et pour RCA France. En 1955, il représente l'Argentine au Festival international de jazz de Paris aux côtés du bandonéoniste Ástor Piazzolla. De retour à Buenos Aires en 1956, il fonde un orchestre de jazz de seize musiciens avec le saxophoniste Gato Barbieri, qui se produit à la radio et à la télévision argentines. La même année, il rencontre Dizzy Gillespie, pour qui il compose la suite Gillespiana, enregistrée en 1960 et saluée par la critique jazz internationale.
Après deux ans d'attente pour obtenir un visa, Schifrin rejoint New York en 1958, où il travaille provisoirement comme pianiste et arrangeur pour l'orchestre de Xavier Cugat. En 1960, il intègre officiellement le quintette de Dizzy Gillespie comme pianiste et arrangeur, puis compose pour lui The New Continent (1962). Il enregistre également en 1963 l'album Buenos Aires Blues avec le saxophoniste Johnny Hodges, collaborateur de Duke Ellington. La Metro-Goldwyn-Mayer lui propose sa première commande hollywoodienne pour le film Rhino! (1964), et il s'installe définitivement à Los Angeles. C'est toutefois la bande originale des Félins du réalisateur René Clément (1964), avec Jane Fonda et Alain Delon, qu'il considère comme le véritable fondement de sa carrière au cinéma. Appelé par le producteur Bruce Geller en 1966 pour composer le générique de la série Mission impossible, il crée un thème en cinq temps devenu l'un des airs les plus reconnus du XXe siècle. L'année suivante, pour le même producteur, il signe le générique de Mannix. Sa collaboration avec le réalisateur Don Siegel et l'acteur Clint Eastwood débute avec Coogan's Bluff (1968), et se poursuit sur la quasi-totalité de la série L'Inspecteur Harry jusqu'en 1988. Parmi ses partitions les plus commentées figurent celles de Bullitt (Peter Yates, 1968), de Luke la main froide (Stuart Rosenberg, 1967), nominée aux Oscars, et d'Opération Dragon (1973), choisie par Bruce Lee parce qu'il s'entraînait quotidiennement sur le thème de Mission impossible. En 1973, sa composition pour L'Exorciste est rejetée par William Friedkin. Il compose le fanfare de Paramount Pictures en 1976, utilisée jusqu'en 2004. Dans les années 1990, il arrange les concerts des Trois Ténors (Rome 1990, Los Angeles 1994, Paris 1998) et dirige des programmes lyriques à Paris, Londres, Los Angeles et Vienne. En 1998, il fonde son propre label, Aleph Records, et signe la trilogie Rush Hour pour le réalisateur Brett Ratner (1998, 2001, 2007). En parallèle, il mène une carrière de compositeur classique avec plus de soixante oeuvres pour orchestre, dont deux concertos pour piano, un concerto pour contrebasse et la suite Cantos Aztecas (1988), chantée en nahuatl par Plácido Domingo devant la pyramide de la Lune à Teotihuacan. Sa dernière grande oeuvre, une symphonie intitulée Viva la Libertad, coécrite avec Rod Schejtman et dédiée à l'Argentine, est créée au Teatro Colón de Buenos Aires le 5 avril 2025, deux mois avant sa mort.
1932 : naissance le 21 juin à Buenos Aires dans une famille de musiciens.
1952 : obtention d'une bourse pour le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, études auprès d'Olivier Messiaen et Charles Koechlin.
1955 : représentation de l'Argentine au Festival international de jazz de Paris, collaboration avec Ástor Piazzolla.
1956 : rencontre de Dizzy Gillespie à Buenos Aires, fondation d'un big band de jazz avec Gato Barbieri.
1960 : installation à New York, entrée dans le quintette de Dizzy Gillespie ; enregistrement de Gillespiana.
1963 : installation à Los Angeles, premiers travaux pour la Metro-Goldwyn-Mayer.
1964 : bande originale des Félins de René Clément, première partition majeure pour le cinéma français.
1966 : composition du générique de Mission impossible pour la télévision américaine.
1967 : bande originale de Luke la main froide, première nomination aux Oscars.
1968 : bande originale de Bullitt de Peter Yates.
1969 : naturalisation américaine.
1971 : bande originale de L'Inspecteur Harry de Don Siegel avec Clint Eastwood, début d'une longue collaboration.
1973 : bande originale d'Opération Dragon avec Bruce Lee ; rejet de sa partition pour L'Exorciste par William Friedkin.
1976 : composition du fanfare officiel de Paramount Pictures.
1990 : début de la collaboration avec les Trois Ténors comme arrangeur du concert de Rome.
1998 : fondation d'Aleph Records ; bande originale de Rush Hour de Brett Ratner.
2008 : publication de l'autobiographie Mission Impossible: My Life in Music.
2016 : nomination au grade de commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres par la ministre française de la Culture Audrey Azoulay ; étoile sur le Hollywood Walk of Fame ; inscription du thème de Mission impossible au Grammy Hall of Fame.
2018 : Oscar d'honneur décerné lors des Governors Awards, remis en mains propres par Clint Eastwood.
2025 : création mondiale de la symphonie Viva la Libertad au Teatro Colón de Buenos Aires le 5 avril ; décès le 26 juin au Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles.
Lalo Schifrin est né dans une famille de confession mixte : son père Luis Schifrin était juif, sa mère catholique. Il passe son adolescence à Buenos Aires, fréquente le Colegio Nacional de Buenos Aires, puis entame des études de droit à l'Université de Buenos Aires. Il épouse Sylvia Schon à Buenos Aires en 1958 : le couple a deux enfants avant de divorcer. En 1971, il se marie avec Donna Cockrell, qui deviendra la gestionnaire de son label Aleph Records et de ses affaires professionnelles. De cette union naît un fils, Ryan Schifrin. Ce dernier, ainsi que son frère Will Schifrin, ont confirmé le décès de leur père auprès de la presse en juin 2025. Schifrin se naturalise américain en 1969 et réside à Los Angeles la majeure partie de sa vie adulte.
Cinéphile passionné depuis son enfance à Buenos Aires, Schifrin se rendait plusieurs fois dans les mêmes salles pour réécouter les bandes originales des films. À Paris, il fréquente assidûment la Cinémathèque française. Sur le plan des engagements culturels, il s'est impliqué dans la transmission musicale par l'intermédiaire d'organisations comme Music Fund Los Angeles. En 2003, il est sollicité par le sultan Qaboos bin Said pour composer une oeuvre symphonique intitulée Symphonic Impressions of Oman. Sa musique a été largement reprise par des artistes de hip-hop et de trip-hop, notamment Portishead sur le titre Sour Times et Heltah Skeltah, tous deux ayant samplé son thème "Danube Incident" issu de la série Mission impossible.
Lalo Schifrin est décédé le 26 juin 2025 des suites de complications d'une pneumonie au Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles, cinq jours après son quatre-vingt-treizième anniversaire. Son décès a été annoncé par ses fils Ryan et Will Schifrin à plusieurs titres de la presse spécialisée, dont Variety. L'Académie des Oscars lui a rendu hommage sur le réseau X, soulignant qu'il "ne se contentait pas d'écrire de la musique" mais "créait du suspense, faisait monter l'adrénaline et donnait du rythme aux histoires". Clint Eastwood, pour qui Schifrin avait composé huit partitions, a publié un hommage personnel sur les réseaux sociaux, évoquant un héritage "indélébile" dans l'histoire du cinéma. Le secrétaire à la Culture argentin Leonardo Cifelli a déclaré que l'héritage du compositeur "s'étendra à jamais dans l'histoire culturelle" de l'Argentine et du monde.
Lalo Schifrin dispose d'une étoile sur le Hollywood Walk of Fame, à l'adresse 7000 Hollywood Boulevard, inaugurée le 21 juin 1988. Le lieu de son inhumation n'a pas été rendu public par la famille au moment de la rédaction de ce portrait. Son thème de Mission impossible est inscrit au Grammy Hall of Fame depuis 2016.
1 - Le thème de Mission impossible, composé en 1966, est écrit en 5/4, une mesure inhabituelle pour la télévision. Selon Schifrin lui-même, le producteur Bruce Geller lui avait simplement demandé un air capable d'attirer les téléspectateurs depuis leur cuisine. 2 - Pour la scène de poursuite en voiture de Bullitt (1968), le réalisateur Peter Yates souhaitait une musique en continu. Schifrin a refusé, estimant que le son des moteurs noierait la partition, et a limité la musique à la séquence précédant la course, une décision qui a depuis été analysée dans de nombreux cours de composition pour l'image. 3 - En 1973, sa partition pour L'Exorciste a été rejetée par William Friedkin car les spectateurs des avant-premières étaient trop effrayés par la combinaison des images et de la musique. Schifrin a décrit cette expérience comme l'une des plus désagréables de sa carrière, et a réutilisé certains de ces matériaux dans d'autres films. 4 - En 1976, Schifrin a enregistré une version du thème des Dents de la mer de John Williams pour le label CTI, qui a passé neuf semaines dans les charts britanniques en atteignant la quatorzième place, un résultat atypique pour un compositeur de musique de film. 5 - Bruce Lee a personnellement choisi Lalo Schifrin pour la bande originale d'Opération Dragon (1973) parce qu'il s'entraînait chaque jour sur le thème de Mission impossible. Schifrin a intégré dans la partition des échantillons vocaux de Bruce Lee enregistrés spécialement à Hong Kong à sa demande. 6 - Pour obtenir le droit de passer du concours du Conservatoire de Paris à Buenos Aires en 1952, Schifrin a dû obtenir une autorisation de la police secrète du régime de Juan Perón, qui contrôlait les déplacements à l'étranger.
- Métier(s) : compositeur, pianiste, arrangeur, chef d'orchestre
- Résidence principale : Los Angeles (Californie)
- Relations de couple : Sylvia Schon (1958, div.), Donna Cockrell (1971)
- Enfants : trois fils, dont Ryan Schifrin et Will Schifrin
- Distinctions : cinq Grammy Awards (dont un Grammy Latin), six nominations aux Oscars, Oscar d'honneur (2018), commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres (France, 2016), étoile sur le Hollywood Walk of Fame (1988)
Je suis un caméléon. Il faut changer de style constamment. On ne peut pas dire qu'il y a un style Lalo Schifrin, car Lalo Schifrin c'est tout.
— Interview Cinezik, propos recueillis par Benoît Basirico en 2007 et publiés le 30 novembre 2012
Composer pour le cinéma m'a donné une vie de joie et de créativité. Recevoir cet Oscar d'honneur est l'aboutissement d'un rêve. C'est mission accomplie.
— Discours lors des Governors Awards, Hollywood, 18 novembre 2018 (traduit de l'anglais)
René Clément m'a permis de révéler ce potentiel, de combiner musique symphonique, jazz et électronique. Si l'on compare ma carrière cinématographique à une maison, Les Félins en sont les fondations.
— Propos cités dans la biographie francophone de Lalo Schifrin, reproduits par la Wikipédia francophone et le site Fremeaux.com (entretien de 2007 avec Jean-Michel Reisser)
En musique, les choix sont infinis. Les possibilités de combinaisons sonores avec les instruments acoustiques d'un orchestre symphonique, d'un big band de jazz ou d'un ensemble de chambre n'ont pas encore été épuisées.
— Autobiographie Mission Impossible: My Life in Music, 2008 (traduit de l'anglais)
Le créateur de la série Mission impossible, Bruce Geller, m'a demandé d'écrire un thème qui soit mémorisable, excitant, pour que quand les gens sont dans la cuisine en train de boire un coca-cola et écoutent la télévision du salon, quand ils entendent la musique, ils vont tout de suite voir Mission impossible.
— Interview Cinezik, propos recueillis par Benoît Basirico en 2007 et publiés le 30 novembre 2012