Pianiste, compositeur et chef d'orchestre américain, Duke Ellington, né Edward Kennedy Ellington le 29 avril 1899 à Washington et mort le 24 mai 1974 à New York, est l'un des artisans majeurs du jazz orchestral. Son orchestre, fondé en 1923, a tourné sur tous les continents pendant un demi-siècle.
Edward Kennedy Ellington reçoit ses premières leçons de piano à sept ans auprès de Marietta Clinkscales. Il compose à quinze ans Soda Fountain Rag, puis abandonne une formation en arts graphiques pour se consacrer à la musique professionnelle. À Washington, il fonde le groupe The Duke's Serenaders avec Otto Hardwick, Arthur Whetsol et le batteur Sonny Greer. En 1923, il s'installe à Harlem et reprend la direction des Washingtonians, qu'il transforme progressivement en grand orchestre. Décembre 1927 marque un tournant décisif : engagé au Cotton Club de Harlem, il y développe le « jungle sound » caractérisé par les sourdines growl du trompettiste Bubber Miley et du tromboniste Joe Nanton. Son manager Irving Mills lui obtient des contrats avec Brunswick, Victor et Columbia, propulsant l'orchestre à la radio nationale puis sur les écrans avec le court-métrage Black and Tan en 1929.
Au cours des années 1930, Ellington compose des standards désormais incontournables : Mood Indigo, Sophisticated Lady, Solitude, In a Sentimental Mood, Caravan et It Don't Mean a Thing (If It Ain't Got That Swing) avec la chanteuse Ivie Anderson. La rencontre avec Billy Strayhorn en 1938 ouvre une collaboration de près de trente ans ; Strayhorn signe en 1941 l'indicatif Take the A Train. La période dite « Blanton-Webster », avec les arrivées de Jimmy Blanton et Ben Webster en 1940, produit Cotton Tail, Ko-Ko et Concerto for Cootie. La suite orchestrale Black, Brown and Beige, créée à Carnegie Hall le 23 janvier 1943, ambitionne d'élargir la forme jazz au format symphonique. Le festival de Newport, en 1956, relance sa carrière grâce à un solo prolongé de Paul Gonsalves.
1899 : naissance à Washington, district de Columbia
1914 : composition de sa première pièce, Soda Fountain Rag
1918 : mariage avec Edna Thompson le 2 juillet
1919 : naissance de son fils unique Mercer Kennedy Ellington le 11 mars
1923 : installation à New York et direction des Washingtonians
1927 : premier engagement au Cotton Club le 4 décembre
1933 : première tournée britannique
1943 : création de Black, Brown and Beige à Carnegie Hall
1956 : triomphe au festival de jazz de Newport le 7 juillet
1959 : composition de la bande originale d'Autopsie d'un meurtre d'Otto Preminger
1965 : création du premier Concert of Sacred Music
1969 : Médaille présidentielle de la Liberté remise par Richard Nixon
1973 : Légion d'honneur reçue en France
1974 : dernier concert orchestral complet à DeKalb (Illinois) le 20 mars
1974 : mort à New York le 24 mai
Edward Kennedy Ellington est le fils de James Edward Ellington, majordome ayant travaillé à la Maison-Blanche, et de Daisy Kennedy Ellington, deux pianistes amateurs issus de la classe moyenne afro-américaine de Washington. Sa sœur cadette Ruth Ellington dirigera plus tard la maison d'édition musicale Tempo Music, fondée par son frère. Il étudie à l'Armstrong Manual Training High School, où il s'oriente initialement vers les arts graphiques avant de se consacrer au piano. Il épouse sa camarade de quartier Edna Thompson le 2 juillet 1918 ; leur fils Mercer Kennedy Ellington naît le 11 mars 1919. Le couple se sépare à la fin des années 1920 mais ne divorce jamais officiellement.
Sa collaboration avec Billy Strayhorn, qu'il qualifiait d'« alter ego », constitue la relation artistique centrale de sa vie. Il fréquente Sidney Bechet, Django Reinhardt, rencontré à Paris en 1939, et plus tard Ella Fitzgerald, Louis Armstrong et John Coltrane. Soutien actif du mouvement des droits civiques, il refuse de jouer devant des publics ségrégués dans le Sud et crée en 1941 la comédie musicale Jump for Joy, dont le propos progressiste s'adresse explicitement à la communauté afro-américaine. Initié à la franc-maçonnerie dans la Social Lodge n°1 de l'Obédience Prince Hall à Washington, il consacre les dernières années de sa carrière aux Concerts of Sacred Music.
Diagnostiqué d'un cancer du poumon en 1973, Duke Ellington donne son dernier concert orchestral complet le 20 mars 1974 à la Northern Illinois University de DeKalb, déjà très affaibli. Il succombe le 24 mai 1974 au Columbia Presbyterian Medical Center de New York à des complications combinées de cancer pulmonaire et de pneumonie, un mois après son 75e anniversaire. Ses obsèques publiques se déroulent le 27 mai 1974 à la Cathedral Church of Saint John the Divine de Manhattan devant plus de 12 000 personnes. L'éloge funèbre est prononcé par son biographe Stanley Dance et le père catholique Gerald Pocock ; Ella Fitzgerald, Earl Hines, Billy Taylor et Ray Nance se produisent durant la cérémonie. Le président Richard Nixon publie une déclaration officielle saluant le compositeur.
Duke Ellington est inhumé au Woodlawn Cemetery du Bronx, à New York, à proximité des sépultures de Miles Davis et Lionel Hampton, dans une section désormais surnommée Jazz Corner. À Washington, son nom est porté par la Duke Ellington School of the Arts et par le pont Duke Ellington reliant Woodley Park à Adams Morgan. Un monument du sculpteur Robert Graham, inauguré en 1997 à Central Park, marque le Duke Ellington Circle.
1 - Ellington était synesthète : il associait spontanément les sons à des couleurs, perception qu'il évoquait pour expliquer la richesse de ses orchestrations et la façon dont il distribuait les voix entre les pupitres.
2 - En 1966, lors d'un séjour en France, il enregistre son unique disque en piano solo au château de Goutelas, à Marcoux dans la Loire, dans des conditions improvisées avec un piano local.
3 - Le 24 février 2009, il devient le premier Afro-Américain à figurer seul sur une pièce de monnaie américaine en circulation, sur le quarter dédié au district de Columbia, représenté assis à son piano.
4 - Tout au long de sa vie, il a refusé de classer sa musique comme « jazz », préférant l'appellation générique d'« American music » pour s'affranchir des catégorisations raciales et stylistiques imposées par l'industrie.
5 - L'écrivain Boris Vian le cite à plusieurs reprises dans L'Écume des jours en 1947 ; le personnage de Chloé tire son prénom d'un arrangement signé Ellington.
6 - Sa composition Mood Indigo a été intégrée à la bande-son de l'attraction The Twilight Zone Tower of Terror dans les parcs Disney's Hollywood Studios, Walt Disney Studios Paris et Disney California Adventure.
- Métier(s) : pianiste, compositeur et chef d'orchestre de jazz
- Résidence principale : New York, Manhattan (angle Riverside Drive et West 106th Street)
- Relations de couple : Edna Thompson, épousée en 1918, séparation de fait à la fin des années 1920
- Enfants : Mercer Kennedy Ellington, né en 1919
- Distinctions : 13 Grammy Awards, Médaille présidentielle de la Liberté (1969), Légion d'honneur (1973), Pulitzer Prize Special Award à titre posthume (1999), Spingarn Medal de la NAACP (1959)
14 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
« Il n'existe que deux sortes de musique : la bonne et l'autre. »
— Music Journal, « Where Is Jazz Going? », 1962 (traduit de l'anglais)
« Jouer du bop, c'est comme jouer au Scrabble sans aucune voyelle. »
— Magazine Look, 10 août 1954 (traduit de l'anglais)
« La musique est ma maîtresse, et elle joue le second rôle après personne. »
— Music Is My Mistress, autobiographie, Doubleday, 1973 (traduit de l'anglais)
« J'ai eu trois éducations : la rue, l'école, la Bible ; c'est finalement la Bible qui compte le plus. C'est l'unique livre que nous devrions posséder. »
— Déclaration rapportée à propos des Sacred Concerts, citée dans la biographie de référence (traduit de l'anglais)
Il n'existe que deux sortes de musique : la bonne et la mauvaise.
« Il n'existe que deux sortes de musique : la bonne et l'autre. »
— Music Journal, « Where Is Jazz Going? », 1962 (traduit de l'anglais)
« Jouer du bop, c'est comme jouer au Scrabble sans aucune voyelle. »
— Magazine Look, 10 août 1954 (traduit de l'anglais)
« La musique est ma maîtresse, et elle joue le second rôle après personne. »
— Music Is My Mistress, autobiographie, Doubleday, 1973 (traduit de l'anglais)
« J'ai eu trois éducations : la rue, l'école, la Bible ; c'est finalement la Bible qui compte le plus. C'est l'unique livre que nous devrions posséder. »
— Déclaration rapportée à propos des Sacred Concerts, citée dans la biographie de référence (traduit de l'anglais)
Il n'existe que deux sortes de musique : la bonne et la mauvaise.