Résumé biographique

Réalisateur et producteur austro-américain, Otto Preminger s’impose comme une figure majeure d’Hollywood en signant des films qui bousculent la censure, de The Moon Is Blue à The Man with the Golden Arm, Anatomy of a Murder et Exodus.


Parcours

Né en 1905 à Wischnitz, en Bucovine alors austro-hongroise, Otto Ludwig Preminger grandit dans une famille juive et s’installe à Vienne, où son père est magistrat. Il étudie le droit à l’université tout en se rapprochant du théâtre et devient l’un des jeunes metteurs en scène formés par Max Reinhardt. Au début des années 1930, il signe son premier long métrage, puis, face à la montée du nazisme, accepte l’offre de Joseph Schenck et Darryl F. Zanuck de travailler pour la 20th Century-Fox aux États-Unis. Après des débuts contrastés au sein du studio, marqués par des conflits avec Zanuck, il s’impose comme réalisateur avec des films noirs tels que Laura et Fallen Angel, qui installent son goût pour les intrigues complexes et les personnages moralement ambigus.

Dans les années 1950 et 1960, Preminger se spécialise dans les adaptations de pièces et de romans contemporains, en s’attaquant à des sujets considérés comme sensibles pour le Code de production hollywoodien. The Moon Is Blue sort sans visa de la censure et est condamné par la Catholic Legion of Decency, tandis que The Man with the Golden Arm aborde frontalement la dépendance à l’héroïne. Avec Anatomy of a Murder, il impose un vocabulaire juridique explicite autour du viol, et avec Exodus il crédite au générique le scénariste Dalton Trumbo, encore frappé par la liste noire. Il réalise aussi Carmen Jones, Porgy and Bess, Advise & Consent, The Cardinal, In Harm’s Way ou Bunny Lake Is Missing, et obtient plusieurs nominations aux Oscars, notamment comme meilleur réalisateur.


Controverse

Au début des années 1950, Otto Preminger entre en conflit direct avec le Production Code Administration en refusant de modifier le scénario de The Moon Is Blue, jugé inacceptable pour son vocabulaire jugé trop explicite. Le film est distribué sans visa, condamné par la Catholic Legion of Decency et parfois interdit localement, avant qu’une décision de la Cour suprême n’élargisse la protection de la liberté d’expression au cinéma. Quelques années plus tard, The Man with the Golden Arm est également exploité sans approbation du Code, et Anatomy of a Murder provoque de nouveaux débats sur les limites du langage sexuel à l’écran. En 1960, avec Exodus, Preminger contribue aussi à l’affaiblissement de la liste noire hollywoodienne en créditant publiquement Dalton Trumbo comme scénariste.


Repères chronologiques

1905 : Naissance à Wischnitz, en Bucovine, dans l’Empire austro-hongrois, au sein d’une famille juive.
1923 : Entrée dans la troupe de Max Reinhardt à Vienne et débuts comme metteur en scène de théâtre.
1935 : Recrutement par Joseph Schenck et Darryl F. Zanuck et départ pour les États-Unis pour travailler à la 20th Century-Fox.
1944 : Succès du film noir Laura, qui impose Preminger comme réalisateur important à Hollywood.
1953 : Sortie de The Moon Is Blue, lancé sans visa du Production Code et condamné par la Catholic Legion of Decency.
1955 : The Man with the Golden Arm traite ouvertement la dépendance à l’héroïne dans un cadre hollywoodien.
1959 : Anatomy of a Murder relance le débat sur le langage sexuel explicite dans un film de procès.
1960 : Avec Exodus, il crédite Dalton Trumbo, scénariste frappé par la liste noire, au générique du film.
1962 : Réalisation du drame politique Advise & Consent, adapté du roman d’Allen Drury.
1963 : Nomination à l’Oscar du meilleur réalisateur pour The Cardinal, drame centré sur l’ascension d’un prélat catholique.
1965 : Réalisation de In Harm’s Way, fresque de guerre tournée en grande partie en décors naturels.
1967 : Sortie de Hurry Sundown, drame situé dans le Sud des États-Unis, qui suscite des critiques partagées.
1971 : Mariage avec la costumière Hope Bryce et naissance de jumeaux, Mark William et Victoria Elizabeth.
1979 : Fin de sa carrière de réalisateur après plusieurs productions tournées entre États-Unis et Europe.
1986 : Mort à New York, crémation et dépôt de ses cendres à Woodlawn Cemetery, dans le Bronx.


Vie personnelle et engagements

Issu d’une famille juive, Otto Preminger est le fils de Markus Preminger, haut magistrat, et de Josefa, née Fraenkel, et a un frère cadet, Ingo, futur producteur. Installé à Vienne dès l’enfance, il y suit des études de droit avant de se tourner vers le théâtre. En 1931, il épouse Marion Mill, dont il divorce à la fin des années 1940. Pendant son mariage, il entretient une relation avec l’artiste de burlesque Gypsy Rose Lee, dont naît en 1944 un fils, Erik, dont la paternité n’est révélée publiquement que bien plus tard. En 1951, il se remarie avec le mannequin Mary Gardner, union qui se termine également par un divorce.

En 1971, Preminger épouse la costumière Hope Bryce, avec laquelle il reste jusqu’à sa mort et dont il a des jumeaux, Mark William et Victoria Elizabeth. Naturalisé citoyen américain en 1943, il partage sa vie entre les États-Unis et l’Europe mais s’installe durablement à New York, notamment sur l’Upper East Side. Reconnaissant publiquement Erik comme son fils à l’âge adulte, il maintient des liens avec lui. Sur le plan politique, il soutient notamment la campagne présidentielle de Robert F. Kennedy en 1968 et se montre engagé, par son travail, dans la défense de la liberté d’expression au cinéma, en contestant ouvertement la censure et la liste noire hollywoodienne.


Contexte du décès

Otto Preminger meurt le 23 avril 1986 à son domicile de l’Upper East Side, à New York, à l’âge de 80 ans. Les nécrologies publiées à l’époque indiquent un cancer du poumon comme cause principale du décès, certaines sources mentionnant également des troubles liés à la maladie d’Alzheimer évoqués par des proches, point que son épouse conteste dans des entretiens ultérieurs. Au moment de sa disparition, il laisse derrière lui sa femme Hope, leur jumeaux Mark et Victoria, ainsi que son fils aîné Erik. Après la crémation, ses cendres sont déposées dans une niche de la chapelle commémorative Velma B. Woolworth au cimetière de Woodlawn, dans le Bronx.


Où se recueillir ?

Les cendres d’Otto Preminger reposent au Woodlawn Cemetery, vaste nécropole historique située dans le Bronx, à New York. Elles sont placées dans une niche de l’Azalea Room, au sein de la Velma B. Woolworth Memorial Chapel, espace intérieur réservé aux urnes funéraires. Les visiteurs qui souhaitent se recueillir peuvent accéder au cimetière pendant les heures d’ouverture prévues par l’administration, puis se diriger vers la chapelle, qui accueille également d’autres personnalités du spectacle et de la musique, dans un environnement conçu comme un lieu de mémoire discret et peu spectaculaire.


Anecdotes

1 - Sur les plateaux, Otto Preminger est réputé pour une direction d’acteurs très autoritaire, au point de recevoir les surnoms d’« Otto the Ogre » ou « Otto the Monster ». Plusieurs témoignages d’interprètes évoquent des colères spectaculaires et un contrôle minutieux de chaque réplique et déplacement.

2 - À partir du milieu des années 1950, il collabore régulièrement avec le graphiste Saul Bass pour les génériques animés de ses films, contribuant à populariser une approche très graphique de l’ouverture. Cette association, combinée à l’usage fréquent de partitions jazz, donne une identité visuelle et sonore immédiatement reconnaissable à son œuvre.

3 - Sur Laura, Preminger s’oppose à la direction initiale confiée à Rouben Mamoulian et à certains choix de distribution. Après des tensions avec le studio, Mamoulian est remplacé et Preminger prend la mise en scène, imposant notamment Clifton Webb dans le rôle de Waldo Lydecker, ce qui contribue fortement à la singularité du film noir.


Points clés

- Métier(s) : Réalisateur, producteur, acteur
- Résidence principale : New York (Upper East Side), États-Unis
- Relations : Marion Mill, Gypsy Rose Lee, Mary Gardner, Hope Bryce
- Enfants : Erik (1944), Mark William, Victoria Elizabeth
- Distinctions : Nominations aux Oscars pour Laura, Anatomy of a Murder et The Cardinal, Ours de bronze à Berlin pour Carmen Jones