Première femme à occuper de plein droit le trône d'Angleterre, Marie Ire, dite Marie Tudor, a marqué l'histoire par sa volonté de restaurer le catholicisme. Son règne, bien que bref, a profondément transformé les structures administratives et navales du royaume britannique.
Née le 18 février 1516, Marie Tudor est l'unique enfant survivante du roi Henri VIII et de Catherine d'Aragon. Son éducation précoce et humaniste est supervisée par sa mère et l'espagnol Juan Luis Vives. En 1525, elle est envoyée au pays de Galles pour présider le conseil de Ludlow, recevant des prérogatives princières. Toutefois, la rupture de son père avec l'Église catholique et son remariage avec Anne Boleyn entraînent sa déclaration d'illégitimité en 1534. Écartée de la succession, elle est contrainte de servir comme dame d'honneur de sa demi-sœur Élisabeth. Ce n'est qu'en 1543, avec la troisième loi de succession, qu'elle retrouve ses droits au trône, se plaçant après son demi-frère Édouard.
À la mort d'Édouard VI en 1553, elle s'oppose à la proclamation de Jeanne Grey, désignée par lettre patente pour lui succéder. Marie rassemble une armée en Est-Anglie, dépose Jeanne et entre triomphalement dans Londres le 3 août 1553. Couronnée le 1er octobre 1553, elle entreprend immédiatement une politique de retour à l'orthodoxie catholique. En 1554, son mariage avec Philippe II d'Espagne renforce cette orientation religieuse et politique, bien que l'union soit impopulaire auprès d'une partie de la noblesse et du peuple anglais. Malgré les tensions diplomatiques et la perte de Calais en 1558, son administration initie des réformes fiscales durables qui bénéficieront aux règnes suivants.
Marie Tudor grandit dans un environnement marqué par les épreuves matrimoniales de ses parents et une santé fragile, souffrant régulièrement d'épisodes dépressifs et de troubles physiques. Sa foi catholique, centrale dans son existence, dicte ses choix politiques et personnels. En 1554, elle épouse Philippe II d'Espagne dans l'espoir d'engendrer un héritier catholique pour sécuriser la Couronne. Ce mariage est motivé par des intérêts stratégiques communs entre les Tudor et les Habsbourg. Elle connaît deux épisodes de grossesses nerveuses, en 1555 puis en 1558, qui affectent profondément son moral et sa position politique, la contraignant finalement à désigner sa demi-sœur Élisabeth comme successeur.
Marie Ire meurt le 17 novembre 1558 au palais Saint James, à l'âge de 42 ans. Affaiblie par des années de santé précaire, elle succombe probablement à une épidémie de grippe, bien que des hypothèses médicales évoquent également un kyste ovarien ou un cancer de l'utérus. Son décès survient le même jour que celui de son proche conseiller Reginald Pole. Ses obsèques sont célébrées le 14 décembre 1558. Conformément à ses dernières volontés, elle est inhumée en l'abbaye de Westminster. Elle partage aujourd'hui son caveau avec sa demi-sœur Élisabeth Ire, sous une plaque ajoutée en 1603 symbolisant leur réunion dans la mort malgré leurs divergences terrestres.
Le palais de Placentia à Greenwich est son lieu de naissance et l'un de ses points d'attache privilégiés. Le château de Ludlow, dans les Marches galloises, marque sa période de résidence en tant que figure d'autorité régionale durant son adolescence. En tant que souveraine, elle réside alternativement aux palais de Westminster, de Hampton Court et de Saint James. L'abbaye de Westminster reste le lieu emblématique de son couronnement et de sa sépulture finale. Ses origines espagnoles par sa mère Catherine d'Aragon ont également influencé son attachement culturel et diplomatique envers l'Espagne.
Précocement douée pour la musique, elle donnait des concerts de clavecin dès l'âge de quatre ans pour les délégations étrangères. Elle possédait une perle célèbre, la Pérégrine, qu'elle portait souvent sur ses portraits officiels. Ses contemporains rapportaient qu'elle ne pleurait jamais, une force de caractère dont s'enorgueillissait son père Henri VIII. Passionnée par l'étude des langues, elle maîtrisait parfaitement le latin, le français et l'espagnol. À sa cour, elle offrait des vêtements et des chaussures à ses "folles" Jane et Lucretia, témoignant d'une attention particulière pour son entourage proche.