Résumé biographique

Le cinéaste canadien Norman Jewison a marqué l'histoire du septième art par sa polyvalence exceptionnelle et son engagement social profond. Réalisateur de chefs-d'œuvre multi-récompensés, il a su conjuguer avec succès le grand spectacle hollywoodien et la dénonciation des injustices raciales et politiques.


Parcours

Norman Frederick Jewison naît le 21 juillet 1926 à Toronto. Après avoir servi dans la Marine royale canadienne durant la Seconde Guerre mondiale, il obtient un diplôme au Victoria College de l'Université de Toronto. Il débute sa carrière artistique à la BBC à Londres, puis à la CBC au Canada, où il se distingue comme un pionnier de la réalisation télévisuelle en direct. Ses succès sur le petit écran attirent l'attention de Hollywood, qu'il rejoint au début des années 1960. Ses premiers longs-métrages, principalement des comédies comme Des ennuis à la pelle avec Doris Day, révèlent un sens aigu du rythme et de la direction d'acteurs. Cependant, c'est en 1967 qu'il accède au rang de cinéaste majeur avec Dans la chaleur de la nuit. Ce film policier, porté par Sidney Poitier, traite frontalement du racisme dans le Sud des États-Unis et remporte cinq Oscars, dont celui du meilleur film, imposant Jewison comme une conscience morale influente au sein de l'industrie cinématographique américaine.

Durant les décennies suivantes, Norman Jewison démontre une capacité rare à s'approprier des genres cinématographiques radicalement différents. Il signe des œuvres cultes telles que le thriller sophistiqué L'Affaire Thomas Crown, l'opéra-rock audacieux Jesus Christ Superstar, ou encore la fresque musicale Un violon sur le toit. Son cinéma se caractérise par une humanité vibrante et une attention méticuleuse portée aux détails de production. En 1987, il renoue avec un immense succès populaire et critique grâce à la comédie romantique Éclair de lune (Moonstruck), qui vaut un Oscar à Cher. Parallèlement à sa carrière de réalisateur, il fonde le Centre canadien du film en 1988, une institution dédiée à la formation des nouveaux talents de son pays d'origine. Honoré par l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences du prestigieux prix commémoratif Irving G. Thalberg en 1999, il laisse derrière lui une filmographie éclectique ayant généré un total de 46 nominations aux Oscars.


Repères chronologiques

1926 : Naissance de Norman Jewison à Toronto le 21 juillet
1952 : Débuts comme réalisateur et scénariste à la télévision canadienne (CBC)
1962 : Réalisation de son premier long-métrage, Des ennuis à la pelle
1965 : Succès critique avec le drame Le Kid de Cincinnati porté par Steve McQueen
1967 : Sortie de Dans la chaleur de la nuit, sacré meilleur film aux Oscars
1968 : Réalisation du film L'Affaire Thomas Crown avec Faye Dunaway
1971 : Adaptation cinématographique de la comédie musicale Un violon sur le toit
1973 : Sortie de Jesus Christ Superstar filmé en Israël
1984 : Réalisation du drame militaire A Soldier's Story
1987 : Immense succès mondial de la comédie Éclair de lune
1999 : Réception du prix Irving G. Thalberg pour l'ensemble de sa carrière
2003 : Réalisation de son dernier film, le thriller Crime contre l'humanité
2024 : Décès du cinéaste à son domicile de Los Angeles le 20 janvier


Vie personnelle et engagements

Norman Jewison a partagé sa vie durant cinquante-et-un ans avec Margaret "Maggie" Anne Dixon, une mannequin rencontrée à Toronto, jusqu'au décès de celle-ci en 2004. De cette union sont nés trois enfants : Kevin, Jennifer Ann et Michael. En 2010, il s'est remarié avec Lynne St. David. Malgré sa réussite éclatante en Californie, il a toujours maintenu un lien indéfectible avec le Canada, possédant une ferme en Ontario où il produisait du sirop d'érable et élevait des chevaux. Il était réputé pour sa simplicité et son refus des excès hollywoodiens, privilégiant une vie familiale stable et des amitiés durables avec ses collaborateurs techniques et artistiques.

Ses engagements civiques ont profondément irrigué son œuvre. Marqué par un voyage en auto-stop dans le Sud ségrégationniste durant sa jeunesse, il est devenu un fervent défenseur des droits civiques. Il a utilisé sa position à Hollywood pour briser les barrières raciales, tant devant que derrière la caméra. Outre la création du Centre canadien du film, il a soutenu de nombreuses bourses d'études et des programmes de mentorat pour les minorités. Passionné par les questions de justice sociale, il a souvent pris des risques financiers pour produire des films traitant de sujets controversés. Son humanisme se manifestait également par son soutien à diverses organisations caritatives luttant contre la faim et pour l'accès à l'éducation dans les milieux défavorisés de Toronto et de Los Angeles.


Contexte du décès

Norman Jewison s'est éteint le 20 janvier 2024 à l'âge de 97 ans. Il est décédé paisiblement à son domicile de Los Angeles, entouré des membres de sa famille. Bien que la cause exacte n'ait pas été détaillée par son porte-parole, Jeff Sanderson, son décès est attribué à des causes naturelles liées à son grand âge. L'annonce de sa disparition a suscité une vague d'hommages unanimes de la part de l'industrie cinématographique. Des personnalités telles que Cher et Lee Daniels ont salué sa vision humaniste et son talent de conteur. Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a rendu hommage à un « géant du cinéma canadien ». Une cérémonie commémorative a été organisée ultérieurement à Los Angeles et à Toronto pour célébrer son héritage artistique et pédagogique.


Lieux de référence

Norman Jewison partageait son temps entre sa résidence de Los Angeles et sa propriété d'Erin, en Ontario. Le Centre canadien du film (CFC) à Toronto, qu'il a fondé, demeure le lieu de référence principal pour honorer sa mémoire et son engagement envers la formation cinématographique. Une partie de ses archives professionnelles est conservée à l'Université de Toronto, au sein de la bibliothèque Victoria University.


Anecdotes

1 - Durant le tournage de Dans la chaleur de la nuit, Sidney Poitier refusait de tourner dans le Mississippi par crainte pour sa sécurité ; Jewison a donc dû recréer l'ambiance du Sud profond dans l'Illinois.
2 - On lui a souvent demandé s'il était juif en raison de son nom et de sa réalisation de films comme Un violon sur le toit, mais il était en réalité de confession chrétienne protestante.
3 - Il avait l'habitude d'inviter ses acteurs à de grands dîners avant le début de chaque tournage pour créer une atmosphère de troupe théâtrale et briser la glace entre les stars et les techniciens.
4 - Le célèbre baiser entre Steve McQueen et Faye Dunaway dans L'Affaire Thomas Crown a nécessité plusieurs jours de tournage pour obtenir l'esthétique de rotation parfaite que Jewison avait imaginée.


Points clés

- Métier(s) : Réalisateur, producteur
- Résidence principale : Los Angeles, États-Unis
- Relations de couple : Margaret Dixon (1953-2004), Lynne St. David (2010-2024)
- Enfants : Kevin, Jennifer Ann, Michael
- Distinctions : Prix Irving G. Thalberg, Compagnon de l'Ordre du Canada