Claude Chabrol, réalisateur français né le 24 juin 1930 à Paris et mort le 12 septembre 2010, fut l'un des fondateurs de la Nouvelle Vague avec Le Beau Serge (1958), et signa plus de soixante-dix films en cinquante ans de carrière.
Fils d'Yves Chabrol, pharmacien et résistant, et de Madeleine Delarbre, Claude Henri Jean Chabrol naît le 24 juin 1930 à Paris. Envoyé à Sardent, dans la Creuse, pendant la Seconde Guerre mondiale, il aide un passionné local, Georges Mercier, à exploiter une salle de cinéma. De retour à Paris, il est scolarisé au lycée Louis-le-Grand, où il se lie avec Gilles Jacob. Après un baccalauréat obtenu de justesse, il suit des études de lettres et de droit, côtoie Jean-Marie Le Pen à la faculté, puis abandonne la pharmacie après avoir redoublé trois fois sa première année. En 1952, il fréquente la rédaction des Cahiers du cinéma et publie son premier article en novembre 1953 aux côtés de Jean-Luc Godard, François Truffaut, Éric Rohmer et Jacques Rivette. En 1955, il entre comme attaché de presse à la Fox. Avec Éric Rohmer, il cosigne en 1957 le premier livre mondial consacré à Alfred Hitchcock, ce qui lui vaut une reconnaissance immédiate dans les milieux cinéphiles.
Le financement de son premier film vient de l'héritage de sa femme Agnès Goute, qui permet de créer la société AJYM, dont le sigle rassemble les initiales d'Agnès et de leurs fils Jean-Yves et Matthieu. Après le court métrage Le Coup du berger (1956) de Jacques Rivette avec Jean-Claude Brialy, Chabrol réalise Le Beau Serge (1958) à Sardent, considéré comme le premier long métrage de la Nouvelle Vague. Les Cousins (1959) remporte l'Ours d'or à Berlin. Après quelques films de commande, il retrouve son registre grâce à la productrice Christine Gouze-Rénal et à Roger Hanin, puis avec André Génovès à partir de 1967. Ce partenariat produit les films dits pompidoliens, dont Le Boucher (1970) avec Jean Yanne, La Femme infidèle et Les Noces rouges (1973). À partir de Violette Nozière (1978), avec Isabelle Huppert, puis La Cérémonie (1995) et Merci pour le chocolat (2000), Chabrol impose un style sarcastique et une lucidité sociale qui donnent naissance à l'adjectif chabrolien, désormais consacré par plusieurs dictionnaires.
1930 : naissance le 24 juin à Paris (10e arrondissement)
1952 : mariage avec Agnès Goute ; débuts aux Cahiers du cinéma
1957 : cosigne avec Éric Rohmer le premier livre mondial sur Alfred Hitchcock
1958 : réalise Le Beau Serge, premier long métrage de la Nouvelle Vague
1959 : Les Cousins remporte l'Ours d'or au festival de Berlin
1964 : divorce d'Agnès Goute ; épouse l'actrice Stéphane Audran le 4 décembre
1970 : réalise Le Boucher, l'un de ses films les plus reconnus par la critique
1973 : Les Noces rouges censuré administrativement avant le procès des diaboliques de Bourganeuf
1978 : Violette Nozière vaut à Isabelle Huppert le prix d'interprétation à Cannes
1983 : épouse en troisièmes noces Aurore Pajot
1995 : La Cérémonie obtient un succès public et critique international
2003 : reçoit le Lifetime Achievement Award de l'Académie européenne du cinéma
2005 : prix René-Clair de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre
2009 : reçoit la Caméra d'or à la Berlinale ; tourne Bellamy avec Gérard Depardieu
2010 : décès le 12 septembre à son domicile parisien à l'âge de 80 ans
Cadet d'une famille catholique stricte, Claude Chabrol épouse en premières noces Agnès Goute, fille d'un haut fonctionnaire, en 1952 à Marseille. Ils ont deux fils, Jean-Yves (né en 1954, futur architecte) et Matthieu (né en 1956, futur compositeur). Chabrol divorce en 1964 et épouse le 4 décembre 1964 l'actrice Stéphane Audran, née Colette Dacheville, connue depuis 1958. Ils ont un fils, Thomas (né en 1963, futur acteur), et tournent ensemble plus de vingt films avant leur séparation en 1976. En 1983, Chabrol épouse en troisièmes noces Aurore Pajot, sa scripte depuis Les Biches (1968), dont la fille Cécile Maistre (née en 1967, fille de l'acteur François Maistre) devient son assistante sur de nombreux tournages.
Chabrol réside boulevard Beaumarchais à Paris et reçoit ses amis dans sa maison du Croisic, en Loire-Atlantique, acquise en 2004. Amateur de vin et de romans policiers, il affiche des convictions de gauche, déclarant voter communiste dans les années 1960. Proche de l'historien du cinéma Jean Douchet et de la scénariste Odile Barski, sa complice sur six longs métrages depuis Violette Nozière, il travaille avec des équipes fidèles : le chef opérateur Jean Rabier collabore avec lui trente ans, la monteuse Monique Fardoulis assure le montage de vingt-quatre de ses longs métrages. À la fin de sa vie, il prépare un film d'après un roman de Georges Simenon avec Isabelle Huppert, qui ne verra jamais le jour.
Claude Chabrol est hospitalisé à l'Hôtel-Dieu de Paris fin août 2010 pour des examens liés à une cruralgie, révélant un lymphome non soigné à un stade avancé. De retour à son domicile du boulevard Beaumarchais, à Paris, entouré de ses proches, il décède le 12 septembre 2010 d'un arrêt cardiaque lié à des complications respiratoires. Le 17 septembre, une cérémonie réunit environ trois cents personnalités du cinéma sur le parvis de la Cinémathèque française. Costa-Gavras, premier à s'exprimer, salue un homme bon et un grand cinéaste. Isabelle Huppert et le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand prennent également la parole. L'inhumation a lieu dans la stricte intimité familiale au cimetière du Père-Lachaise. Le Grand prix de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques lui avait été décerné quelques mois avant sa mort.
Claude Chabrol est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, dans la 10e division, le long du chemin Denon. Sa tombe est accessible aux visiteurs. La Cinémathèque française, sur le parvis de laquelle s'est tenue sa cérémonie d'hommage, demeure le lieu symbolique central de sa mémoire dans le monde du cinéma.
1 - À onze ans, à Sardent dans la Creuse, Chabrol aide à la gestion d'une salle de cinéma locale : réception des bobines, billetterie, choix des films. L'activité cesse à la Libération lorsque les bals populaires vidèrent les salles.
2 - La société AJYM, qui finança les premiers films de la Nouvelle Vague, tire son nom des initiales d'Agnès, Jean-Yves et Matthieu, épouse et fils de Chabrol. Elle fut fondée grâce à un héritage familial et non à un financement institutionnel.
3 - Chabrol contribua aux Cahiers du cinéma sous deux pseudonymes : Charles Eitel et Jean-Yves Goute. Ce procédé lui permettait de publier davantage d'articles que son quota officiel de collaborateur ne l'autorisait.
4 - Les Noces rouges (1973) est le dernier film français à avoir vu sa sortie repoussée par décision administrative, la commission de contrôle estimant que le film risquait de perturber la sérénité du procès en cours des diaboliques de Bourganeuf.
5 - En guise de registres de condoléances lors de ses obsèques, la famille avait disposé une vingtaine de cahiers à petits carreaux portant chacun le titre d'un de ses films, accompagnés de stylos à bille noire fine : le matériel habituel de Chabrol pour écrire ses scénarios.
- Métier(s) : réalisateur, producteur, scénariste, dialoguiste, acteur
- Résidence principale : Paris (boulevard Beaumarchais)
- Relations de couple : Agnès Goute (1952-1964), Stéphane Audran (1964-1976), Aurore Pajot (1983-2010)
- Enfants : Jean-Yves Chabrol (1954), Matthieu Chabrol (1956), Thomas Chabrol (1963)
- Distinctions : Ours d'or Berlin 1959 (Les Cousins), prix Jean-Vigo 1959 (Le Beau Serge), Lifetime Achievement Award Académie européenne du cinéma 2003, prix René-Clair de l'Académie française 2005, Licorne d'or festival d'Amiens 2008, Caméra d'or Berlinale 2009, Grand prix SACD 2010
Les bons critiques sont ceux qui disent du bien de mes films.
— Pensées, répliques et anecdotes, Le Cherche midi, 2002
La partie du métier que j'aime le plus c'est d'être sur le plateau.
— Interview au festival de Berlin, 2009 (traduit de l'anglais), The Talks
J'aime le polar, c'est comme une bouée de sauvetage pour explorer l'humain.
— Interview, décembre 2007
Je n'avais qu'une seule crainte, avec ces pensées, c'était de paraître sympathique.
— Pensées, répliques et anecdotes, Le Cherche midi, 2002
La bêtise est infiniment plus fascinante que l'intelligence. L'intelligence a des limites, la bêtise n'en a pas.
— Pensées, répliques et anecdotes, Le Cherche midi, 2002
La perversité, c'est l'art de transformer le bien en mal.
Le retour à la norme me paraît plus inquiétant que la folie.
Nous sommes dans une société où les pizzas arrivent plus vite que la police.
J'en ai assez d'être aimé pour moi-même, j'aimerais être aimé pour mon argent.
Je n'avais qu'une seule crainte, avec ces pensées, c'était de paraître sympathique.
Je ne pense pas être gâteux. Mais cela ne veut rien dire, puisque... ne pas penser être gâteux est aussi un des symptômes les plus évidents du gâtisme.