Alfred Stevens

1823–1906 · † à 83 ans
Naissance
11 mai 1823
Décès
Nationalité
Astrologie
15 personnalités prénommées Alfred

Biographie

Alfred Stevens est un peintre belge né le 11 mai 1823 à Bruxelles et mort le 24 août 1906 à Paris, dont la carrière au coeur de la vie artistique parisienne du Second Empire l'a rendu célèbre pour ses représentations d'élégantes femmes de la bourgeoisie moderne.


Parcours

Alfred Émile Léopold Stevens naît à Bruxelles le 11 mai 1823 dans un milieu profondément imprégné des arts. Son père, Jean-François-Léopold Stevens, ancien officier d'ordonnance de Guillaume Ier des Pays-Bas reconverti en collectionneur de tableaux, possède notamment des aquarelles d'Eugène Delacroix. Sa mère est issue d'une famille tenant le Café de l'Amitié à Bruxelles, lieu de rendez-vous de politiciens, écrivains et artistes, où les enfants Stevens côtoient dès l'enfance des personnalités influentes. Après la mort de son père en 1837, Alfred quitte le collège pour s'inscrire à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, où il suit l'enseignement de François Navez, peintre néoclassique et ancien élève de Jacques-Louis David. En 1843, il rejoint son frère aîné Joseph Stevens à Paris, où il est admis à l'École des Beaux-Arts. Il y approfondit son étude des maîtres hollandais du XVIIe siècle, notamment Gerard ter Borch et Gabriel Metsu, dont il retient la précision et le rendu des matières. Il suit également les cours de Camille Roqueplan, peintre mondain parisien qui précise l'orientation de son art.

Dès 1851, ses oeuvres sont présentées au Salon de Bruxelles. En 1853, une médaille de troisième classe au Salon de Paris ouvre sa carrière institutionnelle. Son tableau Ce qu'on appelle le vagabondage (1855, musée d'Orsay), représentant des indigents raflés par des soldats, attire l'attention de Napoléon III, qui ordonne en conséquence de cesser l'usage des militaires pour ramasser les pauvres dans les rues. Stevens s'impose ensuite comme le peintre de la femme moderne parisienne, multipliant les scènes d'intérieur où des élégantes en robes de satin ou de mousseline évoluent parmi des bibelots japonais. Son cercle d'amis comprend Édouard Manet, Edgar Degas, Charles Baudelaire, Berthe Morisot, James Abbott McNeill Whistler et Frédéric Bazille. Il fréquente régulièrement le Café Guerbois, foyer intellectuel du groupe impressionniste. Sa maison de la rue des Martyrs, qu'il occupe à partir de 1875, sert de cadre à plusieurs toiles, dont La Partie de croquet peinte par Édouard Manet en 1873. En 1889, il cosigne avec Henri Gervex le monumental Panorama du Siècle, 1789-1889, fresque de cent vingt mètres exposée dans une rotonde aux Tuileries pendant l'Exposition universelle : Stevens y prend en charge les figures féminines, Gervex les figures masculines, avec l'assistance de quinze collaborateurs. En 1900, l'École des Beaux-Arts de Paris lui consacre la première rétrospective jamais organisée pour un artiste vivant.


Repères chronologiques

1823 : naissance le 11 mai à Bruxelles
1837 : mort du père ; Alfred quitte le collège et s'inscrit à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles
1843 : départ pour Paris, admission à l'École des Beaux-Arts
1851 : première présentation publique au Salon de Bruxelles (trois toiles)
1853 : médaille de troisième classe au Salon de Paris
1855 : médaille de deuxième classe à l'Exposition universelle de Paris ; Ce qu'on appelle le vagabondage attire l'attention de Napoléon III
1858 : mariage avec Fanny Juliette Albertine Marie Hortense Blanc ; Eugène Delacroix est témoin à la cérémonie
1863 : nommé chevalier de la Légion d'honneur par le gouvernement français
1866 : peint La Dame en rose (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles), un de ses tableaux emblématiques
1867 : médaille de première classe à l'Exposition universelle de Paris ; promu officier de la Légion d'honneur
1875 : acquisition de la maison et jardin rue des Martyrs, Paris (9e arrondissement)
1878 : promu commandeur de la Légion d'honneur ; médaille de première classe au Salon
1881 : nommé grand officier de l'ordre de Léopold (Belgique)
1883 : publication des Impressions sur la peinture, Librairie des Bibliophiles, Paris
1889 : exposition du Panorama du Siècle, 1789-1889 à l'Exposition universelle de Paris, en collaboration avec Henri Gervex
1900 : première rétrospective jamais accordée à un artiste vivant, à l'École des Beaux-Arts de Paris, sous le patronage de la comtesse Greffulhe
1906 : mort le 24 août à Paris, seul dans un appartement modeste


Vie personnelle et engagements

Alfred Stevens est le cadet d'une fratrie artistique : son frère aîné Joseph Stevens (1816-1892) est peintre animalier reconnu, notamment des chiens, et leur frère Arthur Stevens (1825-1899) est marchand d'art et critique. Le grand-père maternel d'Alfred tient le Café de l'Amitié à Bruxelles, qui sert de salon informel à la vie intellectuelle de la ville. En 1858, Alfred épouse Fanny Juliette Albertine Marie Hortense Blanc (1836-1891), issue d'une riche famille belge. Eugène Delacroix, qui possédait plusieurs oeuvres dans la collection paternelle des Stevens, est présent à la cérémonie comme témoin. Le couple a quatre enfants : Léopold (1866-1935), qui devient peintre à son tour, Jean, Catherine et Pierre. Après la mort de sa femme en 1891, Alfred Stevens continue à peindre mais connaît des difficultés financières croissantes liées à de mauvais placements.

Installé à Paris depuis 1843, Alfred Stevens fréquente les salons de la princesse Mathilde Bonaparte et se lie avec Alexandre Dumas et Théophile Gautier. Il entretient une relation professionnelle et amicale étroite avec Édouard Manet, dont il conserve des toiles dans son atelier dans l'espoir de les vendre : c'est ainsi que le marchand Paul Durand-Ruel voit et achète ses deux premières toiles de Manet en 1872. À partir de 1880, il prend des élèves privés, dont l'actrice Sarah Bernhardt, qui devient une amie personnelle et dont il réalise plusieurs portraits. Il compte également parmi ses étudiants le peintre américain William Merritt Chase et soutient activement les carrières de peintres femmes telles que Berthe Morisot, Eva Gonzalès et Louise De Hem.


Anecdotes

1 - Le Panorama du Siècle de 1889, toile de cent vingt mètres réalisée avec Henri Gervex, fut exposé sept ans dans une rotonde aux Tuileries, puis découpé en morceaux distribués aux actionnaires de la société anonyme créée pour son financement, et son accord original notarié d'août 1888 est conservé dans les archives d'une galerie londonienne.
2 - Parmi les modèles habituels de Stevens, au moins trois ont été identifiées dans le registre secret de la brigade des moeurs de Paris, un carnet en cuir répertoriant les prostituées sous surveillance, ce que la recherche récente a mis en lumière en soulignant l'écart entre leur statut réel et leur représentation somptueuse sur les toiles.
3 - La rue Alfred Stevens, dans le 9e arrondissement de Paris, porte son nom parce qu'en 1880 il dut quitter sa maison de la rue des Martyrs pour permettre le percement d'une voie nouvelle, à laquelle la ville donna précisément son nom en guise de compensation symbolique.
4 - Stevens présentait Ingres comme le plus grand dessinateur de figures, rappelant que le maître lui avait confié : à quinze ans il avait compris les classiques et les avait suivis toute sa carrière sans se laisser distraire - une leçon que Stevens citait à ses propres élèves en atelier tout en avouant lui-même ne pas toujours avoir su l'appliquer face à l'essor de l'impressionnisme.
5 - Stevens était un des très rares collectionneurs à avoir perçu la valeur de Claude Monet avant sa reconnaissance publique, mais il restait dubitatif sur la durabilité de la nouvelle peinture, disant de ses représentants qu'ils étaient des gamins qui jetaient des cailloux dans les croisées, peut-être pour permettre au Messie d'entrer.
6 - Il utilisait des pigments particulièrement fragiles pour ses harmonies les plus délicates, ce qui entraîna le ternissement ou la décoloration irrémédiable de plusieurs de ses toiles majeures de son vivant, dont La Robe japonaise, retrouvée méconnaissable lors d'une vente vingt ans après sa création.


Contexte du décès

Alfred Stevens meurt le 24 août 1906 à Paris. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille selon les sources consultées. Au moment de sa mort, il vivait seul dans un appartement modeste, ses frères Joseph et Arthur l'ayant précédé, et la plupart de ses amis étant également disparus. Il était néanmoins resté en contact avec ses quatre enfants. Sa mort est annoncée par d'innombrables articles dans la presse française et belge, sous des formules telles que "le peintre de la femme", "un intimiste du XIXe siècle" ou "le peintre de la Parisienne du Second Empire". À ses obsèques, M. Verlant, directeur général des Beaux-Arts de Belgique, prononce l'éloge funèbre devant son cercueil, soulignant en particulier son aptitude unique à rendre la substance matérielle des choses.


Lieux de mémoire

Une rue porte son nom dans le 9e arrondissement de Paris, la rue Alfred Stevens, qui prolonge la rue des Martyrs où il avait établi son atelier et résidence entre 1875 et 1880. Ses oeuvres sont conservées notamment au musée d'Orsay à Paris, aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles, au musée des Beaux-Arts d'Anvers, à l'Ermitage à Saint-Pétersbourg et au Metropolitan Museum of Art à New York.


Points clés

- Métier(s) : peintre
- Résidence principale : Paris (rue des Martyrs puis rue de Calais, 9e arrondissement)
- Relations de couple : Fanny Juliette Albertine Marie Hortense Blanc (épouse, 1858-1891, décédée)
- Enfants : Léopold (1866-1935), Jean, Catherine, Pierre
- Distinctions : chevalier de la Légion d'honneur (1863) ; officier de la Légion d'honneur (1867) ; commandeur de la Légion d'honneur (1878) ; grand officier de l'ordre de Léopold, Belgique (1881)


Autres peintres nés dans les années 1820

Citations

« Il faut pleurer le peintre qui, par son art, vit trop âgé. »

— Alfred Stevens, cité dans Paul Lambotte, L'Oeuvre d'Alfred Stevens, Anvers/Bruxelles, 1907

« On n'est un grand peintre qu'à la condition d'être un maître ouvrier. »

— Alfred Stevens, cité dans Paul Lambotte, L'Oeuvre d'Alfred Stevens, Anvers/Bruxelles, 1907

« Il faut avant tout être peintre. Pas d'artiste complet s'il n'est un parfait ouvrier. »

— Alfred Stevens, propos recueillis par Berthe Art en atelier, cités dans Paul Lambotte, L'Oeuvre d'Alfred Stevens, 1907

« Ces impressionnistes sont fous, je dis fous et non pas sots. Ils sont les gamins qui jettent des cailloux dans les croisées - peut-être pour permettre au Messie d'entrer ! »

— Alfred Stevens, propos d'atelier recueillis par Berthe Art, cités dans Paul Lambotte, L'Oeuvre d'Alfred Stevens, 1907

Questions autour de Alfred Stevens

Pourquoi Alfred Stevens est-il surtout connu ?
Alfred Stevens est connu pour ses représentations d'élégantes femmes de la bourgeoisie parisienne du Second Empire, peintes dans un style réaliste précis influencé par les maîtres hollandais du XVIIe siècle. Il est aussi l'auteur des "Impressions sur la peinture" (1883), recueil d'aphorismes sur l'art traduit en plusieurs langues.
Alfred Stevens était-il impressionniste ?
Non. Bien qu'Alfred Stevens ait été ami proche d'Édouard Manet, Edgar Degas et Berthe Morisot, et qu'il ait intégré certaines influences impressionnistes dans ses marines tardives, il ne s'est jamais rallié au mouvement et a maintenu une technique réaliste fondée sur le rendu minutieux des matières et des couleurs.
Quels sont les tableaux les plus célèbres d'Alfred Stevens ?
Parmi ses oeuvres les plus connues figurent "Ce qu'on appelle le vagabondage" (1855, musée d'Orsay), "La Dame en rose" (1866, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique), "Le Sphinx parisien" (musée des Beaux-Arts d'Anvers), et "Souvenirs et regrets" (vers 1874).
Quel est le lien entre Alfred Stevens et Sarah Bernhardt ?
À partir des années 1880, Alfred Stevens prend l'actrice Sarah Bernhardt comme élève dans son cours de peinture privé. Les deux artistes deviennent amis proches, et Stevens réalise plusieurs portraits de la comédienne.
Quels honneurs Alfred Stevens a-t-il reçus de son vivant ?
Alfred Stevens a reçu la Légion d'honneur française à trois reprises : chevalier (1863), officier (1867) et commandeur (1878). Il est également grand officier de l'ordre de Léopold en Belgique (1881). En 1900, il est le premier artiste vivant à bénéficier d'une rétrospective à l'École des Beaux-Arts de Paris.
Qui est né le même jour que Alfred Stevens ?
Thomas Hugues, Corinne Lepage, Baron de Münchhausen, Laetitia Casta et Brice Hortefeux sont nés le 11 mai comme Alfred Stevens.
À quel âge est mort Alfred Stevens ?
Alfred Stevens est mort à 83 ans, le 24 août 1906.
Qui est mort le même jour que Alfred Stevens ?
Julie Harris, Richard Attenborough, Kenji Mizoguchi, Philippe Bouvard et Simone Weil sont morts le 24 août comme Alfred Stevens.
Quels peintres sont du signe Taureau comme Alfred Stevens ?
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