Alpha Condé incarne l'une des trajectoires politiques les plus controversées de l'Afrique contemporaine. Opposant historique devenu président de la Guinée en 2010, cet intellectuel formé à la Sorbonne a transformé son engagement pour la démocratie en un règne autoritaire marqué par des accusations de répression massive, de corruption et de violations des droits humains, avant d'être renversé par un coup d'État militaire en septembre 2021.
Né le 4 mars 1938 à Boké, en Guinée française, Alpha Condé grandit dans une famille malinké originaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta). Il poursuit des études de droit à la Sorbonne à Paris dès 1958, où il obtient un doctorat en droit public et une thèse de master en sciences politiques sur le PDG et le peuple de Guinée. Durant cette période, il développe une activité militante intense, s'opposant au régime du président guinéen Sékou Touré depuis l'exil. Professeur d'université et consultant international, il enseigne à l'École supérieure de commerce de Paris tout en multipliant les contacts avec les milieux politiques africains et européens.
Sa carrière politique en Guinée débute véritablement après la mort de Sékou Touré en 1984. Alpha Condé fonde le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) en 1991, devenant l'une des figures majeures de l'opposition guinéenne. Il se présente à l'élection présidentielle de 1993, qu'il conteste vigoureusement, puis à celle de 1998, avant d'être arrêté en décembre 1998 et condamné à cinq ans de prison pour atteinte à la sûreté de l'État. Libéré en mai 2001 sous pression internationale, il poursuit son combat depuis l'exil avant de revenir en Guinée en 2005. En 2010, après des décennies d'opposition, il remporte l'élection présidentielle au second tour face à Cellou Dalein Diallo, devenant le premier président démocratiquement élu de Guinée. Réélu en 2015 dans un scrutin contesté, il modifie la Constitution en 2020 pour briguer un troisième mandat, qu'il obtient la même année malgré une violente contestation populaire. Durant sa présidence, il préside l'Union Africaine (2017-2018) et mène des médiations régionales.
Le 5 septembre 2021, un coup d'État militaire dirigé par le colonel Mamadi Doumbouya renverse Alpha Condé. Placé en résidence surveillée puis autorisé à quitter le territoire pour raisons médicales (notamment en mai 2022 vers la Turquie), il s'établit en exil, principalement en Turquie (avec des séjours aux Émirats arabes unis). Depuis son exil, il multiplie les déclarations critiques contre la junte, dénonçant la gestion économique et qualifiant les processus de "masquerade". En décembre 2025, après la victoire électorale de Mamadi Doumbouya (86,72 % des voix au premier tour le 28 décembre), il rejette les résultats comme un "spectacle électoral" et prédit en message du Nouvel An 2026 "une année de grands changements pour la Guinée" face à l'inflation et à l'effondrement économique.
Le régime d'Alpha Condé a été marqué par de multiples accusations de violations des droits humains. La répression de manifestations contre son troisième mandat en 2019 et 2020 a fait des dizaines de morts (plus de 90 selon certaines estimations d'ONG), avec des actes de torture, assassinats politiques et viols systématiques commis par les forces de sécurité. En octobre 2019, la répression d'une manifestation à Conakry a notamment causé la mort de plusieurs opposants. Des scandales de corruption minière ont éclaté, incluant des allégations de pots-de-vin de Sable Mining (campagne 2010) et Rio Tinto (mine Simandou), impliquant notamment son fils Alpha Mohamed Condé. Une tentative d'assassinat en 2011 (bombardement de sa résidence) a conduit à des arrestations massives. En décembre 2022, les États-Unis imposent des sanctions à Alpha Condé pour abus graves des droits humains et corruption (Global Magnitsky Act).
Après son renversement, la justice guinéenne a ouvert plusieurs procédures contre l'ancien président pour corruption, détournement de deniers publics, assassinats, actes de torture, viols et trahison. En 2022, ses comptes bancaires et biens en Guinée ont fait l'objet d'une ordonnance de gel. Sa modification constitutionnelle de 2020, réinitialisant ses mandats, a été dénoncée comme une dérive autoritaire majeure par la communauté internationale et l'opposition, précipitant sa chute.
Alpha Condé est issu de l'ethnie malinké, originaire de la région de Boké. Marié à Djènè Kaba Condé (femme d'affaires et militante des droits des femmes, décédée le 8 avril 2023 en France), il a un fils, Alpha Mohamed Condé, impliqué dans des allégations de corruption liées aux secteurs miniers. Sa vie personnelle reste largement discrète, bien qu'il ait passé la majeure partie de sa vie adulte entre Paris et Conakry. Durant ses décennies d'exil parisien, il a entretenu des liens étroits avec les milieux universitaires et diplomatiques français, tout en maintenant une activité politique clandestine contre les régimes successifs de Guinée.
Professeur de droit pendant de nombreuses années, Alpha Condé a également exercé comme consultant pour diverses organisations internationales avant son accession au pouvoir. Ses convictions panafricanistes affichées lors de son opposition se sont estompées une fois devenu président, au profit d'une gouvernance centrée sur le contrôle du pouvoir et entachée de corruption. Depuis son exil en 2021, il réside principalement en Turquie (avec des séjours aux Émirats arabes unis pour soins), où il continue d'intervenir politiquement à distance contre la junte militaire guinéenne.
Alpha Condé vit actuellement en exil, principalement en Turquie (où il effectue des séjours médicaux récurrents depuis 2021) et aux Émirats arabes unis. Né à Boké, dans la région côtière de Guinée, il a passé la majeure partie de sa vie entre Paris, où il a étudié et enseigné durant plusieurs décennies, et Conakry, capitale guinéenne où il a exercé le pouvoir présidentiel de 2010 à 2021. Son attachement à la France, où il a construit son réseau intellectuel et politique, contraste avec son retour tardif en Guinée pour briguer le pouvoir. Ses biens et comptes bancaires en Guinée, désormais gelés par décision judiciaire, témoignent de son enracinement matériel dans le pays malgré son exil contraint.