Carmine Crocco, dit Donatello, est un hors-la-loi et mémorialiste italien né le 5 juin 1830 à Rionero in Vulture, dans le royaume des Deux-Siciles, et mort en détention le 18 juin 1905 à Portoferraio. Chef de guerre du brigandage post-unitaire en Basilicate, il commanda jusqu'à 2 000 hommes et rédigea en prison une autobiographie demeurée un document historique de référence.
Carmine Crocco naît dans une fratrie de cinq enfants, d'un père berger, Francesco Crocco, au service de la famille noble Santangelo, et d'une mère ménagère, Maria Gerarda Santomauro. L'enfance est marquée par la misère et par une série de violences subies par la famille de la part de notables locaux, qui conduisent à l'emprisonnement du père et à l'internement psychiatrique de la mère, laquelle meurt peu après. Adolescent, Crocco part travailler comme berger dans les Pouilles avec son frère Donato. En 1845, il sauve la vie du noble Giovanni Aquilecchia, en train de se noyer dans l'Aufide en crue, et reçoit en récompense 50 ducats lui permettant de rentrer à Rionero et d'obtenir la libération de son père. Enrôlé de force dans l'artillerie de Ferdinand II des Deux-Siciles, il sert à Palerme puis à Gaeta avec le grade de caporal avant de déserter au terme de quatre ans de service. Après une première période de banditisme, il est arrêté en octobre 1855 et condamné à 19 ans de bagne à Brindisi, dont il s'évade le 13 décembre 1859. En 1860, informé qu'une amnistie pourrait être accordée aux déserteurs ayant rejoint Giuseppe Garibaldi, il participe à l'Expédition des Mille le 17 août 1860 et combat à Santa Maria Capua Vetere puis à la bataille du Volturno.
L'amnistie promise n'est pas accordée et un mandat d'arrêt est émis contre lui. Libéré par la famille royaliste des Fortunato, Crocco décide de prendre la tête de l'insurrection anti-savoyarde en Basilicate, soutenu par les partisans des Bourbons et par le clergé local. Entre avril 1861 et l'été 1864, il commande jusqu'à 2 000 hommes, parmi lesquels des lieutenants redoutables comme Ninco Nanco (Giuseppe Nicola Summa), Giuseppe Caruso et Giovanni Fortunato, dit "Coppa". Il occupe tour à tour Lagopesole, Venosa, Melfi et de nombreuses localités, opposant une guérilla efficace aux troupes savoyardes que le général Emilio Pallavicini est chargé de conduire contre lui. Après la trahison de Caruso, qui livre ses positions aux autorités royales en septembre 1863, Crocco se retrouve isolé. Le 24 août 1864, il franchit la frontière des États pontificaux pour y chercher refuge, mais la gendarmerie papale l'arrête à Veroli. Jugé devant la Grande cour criminelle de Potenza en 1872, il est reconnu coupable de 67 homicides, 20 extorsions, 15 incendies et de nombreux autres délits : la Cour le condamne à mort le 11 septembre 1872. Un décret royal du 13 septembre 1874, pris dans des circonstances demeurées obscures, commue sa peine en travaux forcés à perpétuité. Incarcéré successivement au bagne de l'île de Santo Stefano puis à la prison de Portoferraio, il passe les 35 dernières années de sa vie en détention.
La figure de Carmine Crocco a fait l'objet d'un débat historiographique persistant. Dans son autobiographie rédigée en prison, il présente sa carrière criminelle comme la conséquence d'un "crime d'honneur" commis pour défendre sa soeur. Le capitaine Eugenio Massa, qui l'assista dans la rédaction, mena une enquête sur place et établit, avec le concours du médecin Basilide Del Zio, qu'aucun délit correspondant à ce récit n'avait été enregistré à Rionero dans les années 1850. Del Zio conclut que la version du crime d'honneur était une invention du brigand destinée à légitimer a posteriori sa trajectoire criminelle. L'historien Ettore Cinnella a confirmé que cette version avait longtemps été accréditée parce que les rééditions successives de l'autobiographie ne reproduisaient pas l'appareil critique de Massa. Parallèlement, le traitement des villages occupés par la bande, incluant assassinats de notables, pillages et incendies documentés par de multiples sources contemporaines, a nourri un débat entre les tenants d'une lecture sociale du brigandage et ceux qui soulignent la dimension criminelle des faits. Benedetto Croce, dans ses écrits, estimait les mémoires de Crocco "mensongers". L'historien Indro Montanelli les jugeait "viciés par l'emphase et les réticences, mais assez sincères".
1830 : naissance le 5 juin à Rionero in Vulture (royaume des Deux-Siciles)
1836 : incident du chien de don Vincenzo, qui entraîne l'emprisonnement du père et l'internement de la mère
1845 : sauvetage de Giovanni Aquilecchia dans l'Aufide en crue ; récompense de 50 ducats
1848 : enrôlement dans l'artillerie de Ferdinand II des Deux-Siciles après la mort de don Ferdinando
1855 : arrestation et condamnation à 19 ans de bagne à Brindisi pour vols et violences
1859 : évasion du bagne de Brindisi le 13 décembre
1860 : ralliement à l'Expédition des Mille de Giuseppe Garibaldi le 17 août ; combats à Santa Maria Capua Vetere et à la bataille du Volturno
1861 : prise du commandement de l'insurrection anti-savoyarde en Basilicate ; occupation de Lagopesole, Venosa et Melfi au printemps
1861-1864 : "Grand brigandage" en Basilicate à la tête d'une bande allant jusqu'à 2 000 hommes
1863 : trahison du lieutenant Giuseppe Caruso, qui se rend au général Emilio Pallavicini et livre les positions de la bande
1864 : arrestation le 25 août à Veroli par la gendarmerie pontificale après une fuite à travers les États pontificaux
1872 : condamnation à mort par la Grande cour criminelle de Potenza (11 septembre) pour 67 homicides et de nombreux autres chefs d'accusation
1874 : commutation de la peine de mort en travaux forcés à perpétuité par décret royal du 13 septembre
1903 : publication de son autobiographie, rédigée avec l'aide du capitaine Eugenio Massa, sous le titre Gli ultimi briganti della Basilicata
1905 : mort le 18 juin à 8h20 dans la prison de Portoferraio (île d'Elbe), de vieillesse et d'affaiblissement sénile, à l'âge de 75 ans
Carmine Crocco est le second d'une fratrie de cinq enfants : trois frères, Donato, Antonio et Marco, et une soeur, Rosina. Son père Francesco était berger au service de la famille Santangelo, sa mère Maria Gerarda Santomauro cultivait un lopin de terre. L'oncle maternel de Carmine, Martino, était un ancien sergent-major de l'artillerie napoléonienne ayant perdu une jambe au siège de Saragosse : Crocco lui doit l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, ainsi que les récits militaires qui nourriront sa fascination pour la stratégie. Crocco ne s'est jamais marié. Il eut successivement trois compagnes : Olimpia, dont le prénom seul est documenté ; Maria Giovanna Tito, qui rejoignit sa bande et le suivit fidèlement jusqu'à son arrestation en 1864 ; et brièvement Filomena Pennacchio, qui devint par la suite la compagne de son lieutenant Giuseppe Schiavone.
Autodidacte formé par son oncle et par l'expérience militaire, Crocco rédigea en détention plusieurs manuscrits autobiographiques : le plus connu fut mis en forme avec le capitaine Eugenio Massa et publié en 1903. Une autre version fut collectée par le docteur Saverio Cannarsa et une troisième, confiée au criminologue Pasquale Penta de l'école de Cesare Lombroso, fut perdue. En prison, le même Penta, qui séjourna dix mois auprès de Crocco, contesta le diagnostic de "délinquant-né" avancé par la direction de l'établissement, estimant que Crocco était "capable de grands délits, mais également de générosité, de sentiments nobles et de belles actions". L'acteur Michele Placido, natif des Pouilles dont le père était originaire de Rionero in Vulture, a publiquement affirmé être un descendant de Carmine Crocco.
Carmine Crocco meurt le 18 juin 1905 à 8h20 dans la prison de Portoferraio, sur l'île d'Elbe, province de Livourne. La cause officielle, enregistrée par le directeur de l'établissement, est l'"astenia senile" (affaiblissement sénile lié à l'âge avancé). Il avait 75 ans et avait passé plus de 35 ans en détention. Au moment de sa mort, il ne possédait, selon l'inventaire établi par l'administration pénitentiaire, que six paires de chaussettes de coton, un tricot de coton, un tricot de laine et deux bonnets de nuit. Aucune cérémonie publique ni hommage officiel d'institutions italiennes n'est documenté au moment de son décès. Sa réhabilitation posthume, progressive à partir des années 1950 sous l'impulsion de l'école révisionniste du Risorgimento, s'est traduite par l'ouverture d'un musée consacré à sa mémoire à Rionero in Vulture en novembre 2008, par l'apposition d'une plaque sur sa maison natale, ainsi que par de nombreux colloques académiques.
Carmine Crocco est décédé et a été inhumé à Portoferraio (île d'Elbe), dans l'enceinte de l'établissement pénitentiaire. Son lieu de sépulture exact n'a pas été documenté dans les sources consultées. À Rionero in Vulture, sa ville natale en Basilicate, un musée lui est consacré depuis novembre 2008 sous le nom de "La Tavern r' Crocco", et une plaque commémorative est apposée sur sa maison natale. La ville de Brindisi Montagna lui consacre chaque année une représentation en plein air intitulée La Storia Bandita, dans l'amphithéâtre naturel de la Grancia.
1 - Au moment de sa mort dans la prison de Portoferraio, l'inventaire de ses biens établi par l'administration pénitentiaire révèle qu'il ne possédait strictement rien : six paires de chaussettes de coton, un tricot de coton, un tricot de laine et deux bonnets de nuit. Celui qui avait commandé 2 000 hommes mourut sans le moindre bien matériel.
2 - Son surnom "Donatello" n'était pas le sien : il appartenait à son grand-père paternel, Donato Crocco, et lui fut attribué par erreur ou par tradition familiale. L'acte de naissance conservé à l'état civil de Rionero in Vulture confirme que son vrai nom de famille est bien Crocco, sans autre qualification.
3 - En 1902, alors que Crocco purge son ergastolo à Portoferraio, le professeur Salvatore Ottolenghi de l'Université de Sienne lui rend visite avec un groupe d'étudiants en médecine légale. Ottolenghi surnomme Crocco le "Napoléon Ier des brigands" et publie l'entretien l'année suivante dans l'ouvrage Voci dall'ergastolo, rédigé par son étudiant Romolo Ribolla.
4 - Lorsque son autobiographie est traduite pour la première fois en français et publiée en 2016 par les éditions Anacharsis de Toulouse, le tirage initial est de 1 500 exemplaires seulement : ces mémoires rédigées au XIXe siècle n'avaient jamais été rendues disponibles en français auparavant.
5 - La société ferroviaire italienne Firema a baptisé une rame automotrice du nom de "Donatello" en hommage au brigand, aux côtés d'une rame baptisée "Brigante", témoignage de l'intégration de Crocco dans le patrimoine culturel de l'Italie méridionale.
- Métier(s) : hors-la-loi, chef de bande armée, mémorialiste
- Résidence principale : Rionero in Vulture (Basilicate, Italie)
- Relations de couple : Olimpia (prénom seul documenté) ; Maria Giovanna Tito ; Filomena Pennacchio (brève liaison)
- Enfants : aucun enfant documenté dans les sources
- Distinctions : aucune distinction officielle ; condamnation à mort commuée en travaux forcés à vie (1874)
« Le brigand est comme un serpent : si on ne le taquine pas, il ne mordra pas. »
— Come divenni brigante, autobiographie de Carmine Crocco, p. 61, publié in Il brigante Crocco e la sua autobiografia (traduit de l'italien)
« J'ai fait du mal à la société, mais je le faisais pour défendre ma vie ; pour elle, j'aurais mis le feu au monde entier. »
— Come divenni brigante, autobiographie de Carmine Crocco, p. 62 (traduit de l'italien)
« N'espère pas trouver dans ces écrits de quoi réjouir l'âme humaine, mais bien plutôt de quoi l'affliger et l'épouvanter. »
— Come divenni brigante, préambule de l'autobiographie de Carmine Crocco, cité par Livres Hebdo, 2016 (traduit de l'italien)
« C'est toujours au nom de la patrie et de la loi qu'ils viennent nous chercher, en nous enrôlant de force à la défense de leurs privilèges et de leurs jeux cruels. »
— Come divenni brigante, autobiographie de Carmine Crocco, cité par Passione-italiana.fr (traduit de l'italien)