Résumé biographique

Célèbre pour avoir orchestré le « casse du siècle » à Nice en 1976, Albert Spaggiari est une figure emblématique du banditisme français. Ancien photographe devenu criminel, il a marqué les esprits par son audace logistique et son évasion spectaculaire en plein palais de justice.


Parcours

Né à Laragne-Montéglin, il grandit à Hyères où sa mère tient une mercerie. À l'adolescence, il s'engage prématurément dans les parachutistes et participe à la guerre d'Indochine. Son parcours militaire est marqué par des actes de bravoure mais aussi par une condamnation pour le vol d'une caisse de bordel militaire à Hanoï. Après son retour à la vie civile, il s'installe à Nice et ouvre un studio de photographie, Studio Renoir, situé dans le quartier chic de l'avenue de la Victoire. Sous cette couverture de commerçant respecté et intégré à la bourgeoisie locale, il commence à planifier clandestinement des opérations criminelles d'envergure, recrutant des complices issus du milieu marseillais et d'anciennes connaissances de l'OAS pour réaliser son projet le plus ambitieux.

Le 18 juillet 1976, après des mois de creusement dans les égouts de Nice, son équipe pénètre dans la salle des coffres de la Société Générale. Le butin est colossal, estimé à quarante-six millions de francs, et le coffre-fort est retrouvé avec l'inscription célèbre : « Sans armes, ni haine, ni violence ». Arrêté quelques mois plus tard, il réalise une évasion incroyable le 10 mars 1977 en sautant par la fenêtre du bureau du juge d'instruction. Sa cavale dure douze ans, durant laquelle il publie ses mémoires intitulées Faut pas rire avec les barbares et Le Journal d'une cavale. Malgré les efforts de la police française pour le localiser, il reste insaisissable jusqu'à sa mort des suites d'un cancer de la gorge dans les montagnes italiennes.


Repères chronologiques

1932 : Naissance le 14 décembre à Laragne-Montéglin
1950 : Engagement volontaire dans le 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux
1954 : Condamnation à cinq ans de travaux forcés après un braquage en Indochine
1962 : Implication dans les activités de l'OAS et arrestation pour possession d'armes
1968 : Installation définitive à Nice comme photographe de quartier
1976 : Casse de la Société Générale de Nice durant le week-end du 17 au 18 juillet
1976 : Arrestation à l'aéroport de Nice le 27 octobre
1977 : Évasion spectaculaire du palais de justice de Nice le 10 mars
1979 : Condamnation par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité
1989 : Décès le 8 juin à Belluno en Italie durant sa cavale


Vie personnelle et engagements

Fils de Richard Spaggiari et d'Alice-Antoinette Moretti, il entretient une relation complexe avec son milieu d'origine. Il se marie une première fois avec Marcelle Clément en 1959, une infirmière qui le soutiendra durant ses premières incarcérations. Bien qu'il n'ait pas eu d'enfants, il considérait ses complices de guerre et de crime comme une famille d'adoption. Ses engagements politiques étaient ancrés à l'extrême droite, ayant milité activement pour l'Algérie française au sein de l'OAS, ce qui a forgé sa vision du monde et son mépris pour les institutions étatiques républicaines.


Durant sa longue cavale internationale, il parcourt l'Amérique du Sud, notamment l'Argentine et le Brésil, avant de se fixer clandestinement en Europe. Il vit sous plusieurs identités, utilisant des faux passeports pour échapper aux notices rouges d'Interpol. Malgré son statut de fugitif, il conserve des liens avec certains journalistes et amis, organisant parfois des rencontres secrètes pour entretenir sa légende médiatique. Sa fin de vie est marquée par la maladie, mais il refuse de se livrer à la justice française, préférant l'exil définitif jusqu'à son dernier souffle en territoire italien.


Lieux de référence

La ville de Nice demeure le théâtre de ses plus grands exploits, du Studio Renoir aux égouts de la promenade des Anglais. Hyères représente son ancrage familial de jeunesse. Durant sa cavale, il a fréquemment séjourné en Amérique latine, puis dans une ferme isolée près de Belluno, en Italie. Le palais de justice de Nice reste un lieu symbolique où s'est déroulée son évasion par la fenêtre du premier étage.


Contexte du décès

Albert Spaggiari décède d'un carcinome de la gorge le 8 juin 1989. Il s'éteint dans l'anonymat d'une demeure située en Italie, après une longue agonie dissimulée aux autorités. Son corps est transporté clandestinement à travers la frontière par ses amis les plus fidèles pour être remis à sa famille. Ce transfert post-mortem parachève son défi ultime à la justice française, sa dépouille ayant été déposée devant le domicile de sa mère à Hyères, mettant ainsi fin à une traque de douze années consécutives.


Où se recueillir ?

La dépouille d'Albert Spaggiari repose au cimetière de Laragne-Montéglin, dans les Hautes-Alpes. Sa tombe, simple et discrète, attire encore aujourd'hui quelques curieux fascinés par l'histoire du banditisme français et par la personnalité singulière de celui qui se surnommait « Bert ». Aucun monument officiel n'a été érigé en sa mémoire, mais sa sépulture familiale reste son lieu d'inhumation définitif.


Anecdotes

1 - Lors du casse de Nice, Spaggiari et ses complices ont déjeuné de vin et de charcuterie à l'intérieur de la salle des coffres. Ils ont laissé derrière eux des restes de repas et des photos érotiques trouvées dans les coffres.
2 - Pour son évasion, il a bénéficié de la complicité d'un motard qui l'attendait sous la fenêtre du juge. Cette fuite, minutieusement préparée, a ridiculisé l'administration pénitentiaire et la police nationale de l'époque.
3 - Avant de devenir le cerveau du casse du siècle, il était le photographe attitré de plusieurs notables niçois. Il a même réalisé des portraits officiels pour certains membres de la mairie, utilisant son studio pour observer discrètement ses futures cibles.


Points clés

- Métier(s) : Photographe, braqueur, auteur
- Résidence principale : Nice (avant 1977), Cavale internationale ensuite
- Relations : Marcelle Clément (épouse), Emilia de Sacco (compagne de cavale)
- Enfants : Aucun
- Distinctions : Décorations militaires (guerre d'Indochine)