Avocat corse et homme de robe, Charles Bonaparte (Carlo Maria Buonaparte) est l'architecte de l'ascension sociale de sa lignée. Par son habileté diplomatique et son ralliement stratégique à la France après la défaite de Paoli, il a permis à ses enfants de bénéficier des bourses royales et d'intégrer l'élite de l'Ancien Régime.
Issu d'une famille de petite noblesse génoise installée à Ajaccio, il étudie le droit à l'Université de Pise avant de s'engager dans la lutte pour l'indépendance de la Corse aux côtés de Pasquale Paoli. Secrétaire de ce dernier, il participe activement à la rédaction de la Constitution corse. Cependant, après la défaite des troupes paolistes à Ponte-Novo en 1769, il choisit la voie du réalisme politique en se soumettant à l'autorité du roi Louis XV. Ce revirement lui permet d'obtenir la reconnaissance de sa noblesse par le Conseil supérieur de la Corse en 1771.
Devenu assesseur au tribunal d'Ajaccio et représentant de la noblesse corse à la cour de Versailles, il profite de son influence pour introduire ses fils aînés dans les meilleures écoles militaires et religieuses du continent. Il meurt prématurément d'un cancer de l'estomac à Montpellier, laissant une famille nombreuse et une situation financière précaire, mais ayant ouvert la voie à la destinée impériale de son deuxième fils, Napoléon. Sa ténacité à prouver ses quartiers de noblesse reste le pivot de la transformation des Bonaparte en une dynastie européenne.
Charles Bonaparte était décrit comme un homme élégant, aimant le faste et les plaisirs de la vie sociale, ce qui le menait souvent à vivre au-dessus de ses moyens. Son union avec Letizia Ramolino, bien que décidée par leurs familles, fut solide malgré leurs tempéraments opposés : lui était diplomate et prodigue, elle était austère et économe. Sa santé fragile et ses problèmes gastriques récurrents ont marqué ses dernières années, le forçant à entreprendre des voyages médicaux coûteux sur le continent, où il s'éteindra loin de sa terre natale.
La Maison Bonaparte à Ajaccio reste le lieu le plus emblématique de sa vie familiale et le berceau de sa descendance. Montpellier, où il est décédé et fut initialement enterré dans le caveau des Cordeliers, demeure un lieu de mémoire important. Versailles et Paris représentent les centres de son activité politique et diplomatique, où il a lutté pour les intérêts de la noblesse corse.
Pour faire admettre Napoléon à l'école de Brienne, Charles dut fournir des preuves de quatre degrés de noblesse. Il passa des années à fouiller les archives de Toscane pour lier sa famille aux Buonaparte de San Miniato, une quête bureaucratique qui sauva l'avenir de son fils.
Bien qu'il ait combattu la France avec acharnement, il finit par devenir un ami proche du comte de Marbeuf, le gouverneur français de la Corse. Cette amitié fut si étroite qu'elle alimenta des rumeurs persistantes sur la protection particulière accordée aux enfants Bonaparte.